LE SON EVOLUTIONNAIRE DE WHARFEDALE

SOKAL,CHRISTOPHE

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Mardi 13 février 1990

CONNUE depuis sa fondation, du public britannique, la marque Wharfedale a connu quelques déboires commerciaux, avant de se redresser assez spectaculairement sur le marché national de l'enceinte acoustique, et d'étendre ce phénomène jusque dans notre petite Belgique, où ses distributeurs disent lui avoir donné une troisième place enviée derrière les marques B W et Bose.

Wharfedale, une enceinte née en 1932 sur les bords de la rivière Wharfe au coeur du Yorkshire, occupe aujourd'hui 28 % du marché anglais, très spécifique et passionné par l'acoustique. Un succès dû à plusieurs facteurs conjugués: l'excellent positionnement de la marque dans la mémoire collective, et ce malgré les déboires commerciaux qu'elle a connus dans les années 70, une politique de production spécialisée dans les enceintes de faible volume mais de bon rendement, et surtout la vente dans un réseau de distribution solide et à un prix très accessible.

C'est un nommé Gilbert Briggs qui a fondé Wharfedale dans sa cave puis créé une petite usine à Bradford. Dès 1936, l'usine produisait 9.000 haut-parleurs par an. Mais c'est surtout après la seconde guerre mondiale que Briggs a développé ses systèmes acoustiques et surtout les a promus à travers le monde, dans des espaces aussi prestigieux que le Carnegie Hall de New York.

Grandeur, décadence

et vie en rose

En 1959, le fondateur de la marque décide de se retirer des affaires et vend ses créations à la compagnie Rank, qui financera l'extension du département important de la recherche.

En 1962 sera ainsi développée l'utilisation d'aimants en céramique pour la réalisation des haut-parleurs. Six ans plus tard, la nouvelle propriétaire de Wharfedale rachète un fabricant de systèmes d'amplification prestigieux outre-Manche, Leak, et porte le nombre d'employés de la firme à plus de mille.

Mais les années 70 amènent le déclin de l'empire audiovisuel britannique (comme des autres européens). L'invasion asiatique fait sentir ses effets, et Leak ferme ses portes, tandis que Wharfedale réduit drastiquement ses productions. De rachat en rachat, et même si la marque garde son capital de reconnaissance auprès du public, la situation se dégrade dans les années de crise économique.

En 1982, le dernier propriétaire exsangue revend la société à un groupe de jeunes entrepreneurs qui avec l'aide de partenaires publics et privés veulent redresser la production d'enceintes acoustiques. Wharfedale devient à cette occasion un holding regroupant différentes activités dans le domaine de l'audio et de l'électronique générale. On y trouve par exemple une société d'édition musicale et une fabrique de petits appareils électroniques.

La restructuration de la société conduit ses gestionnaires à regrouper la fabrication et la recherche dans le même lieu, une nouvelle usine qui est inaugurée à Leeds, en 1985, et qui produit aujourd'hui quelque 200.000 enceintes par an.

Les 150 employés de la firme travaillent également à la production de pièces et l'assemblage sous licence pour Yamaha (dont le système AST), Fisher, Aiwa, Hitachi et Akaï.

Des lendemains

qui résonnent

Wharfedale aujourd'hui comme hier a concentré la majeure partie de sa production sur la réalisation d'enceintes acoustiques de petite dimension et à deux voies, une technologie éprouvée et relativement aisée à réaliser, ce qui permet de développer plus facilement des améliorations. Cette volonté obéit également à une stratégie commerciale.

Puisque la marque était connue du grand public pour ces mêmes qualités (plus de 60 % des personnes interrogées se souvenaient du nom Wharfedale, qu'ils possèdent ou non des enceintes chez eux), il était préférable de continuer à produire ce qui avait fait le succès de l'entreprise, quitte à l'étendre à des secteurs jusque là peu touchés, comme l'acoustique dans les lieux publics (sonorisation de restaurants, halls, cafés, développement de haut-parleurs pour juke-boxes), et même les moniteurs pour studios.

C'est chose faite avec des modèles comme l'Active Diamond, une petite enceinte active et polyvalente à la sonorité très sensible, ou la série Programme dont le modèle 2180 a été spécifiquement conçu pour l'ambiance acoustique dans les lieux publics, par son renforcement de grande précision des hautes fréquences et sa large couverture stéréophonique quelque que soit la dimension du local.

Bonnes enceintes

à bon prix

Côté grand public, on pourra toujours certifier que Wharfedale ne fait pas dans l'absolu, dans les meilleures enceintes du monde. Mais les ingénieurs ont plutôt pris le parti de réaliser un son optimal pour le prix le plus concurrentiel.

Ceci explique sans doute le choix de concevoir des deux voies, et de garder l'image d'une enceinte domestique au spectre très ouvert et aux tonalités plutôt feutrées, dans un volume réduit, bien à sa place dans tous les types d'intérieur. Des éléments populaires donc, dans le sens propre du terme, qui permettent à Wharfedale de réimplanter en profondeur et par du concret l'image dont la firme a toujours bénéficié.

Ashley Ward, le directeur général de la firme, est très clair à cet égard: «Wharfedale est évolutionnaire! Nous voulons d'abord occuper le plus largement possible le créneau des petites enceintes de salon, et aller par étapes vers des réalisations plus sophistiquées à destination d'un public plus sélectif.»

Une politique assurément payante, autant par l'investissement technologique et la connaissance de la fabrication actuelle, qui permet tous les perfectionnements des modèles de base comme la Delta où la Diamond, que par les récompenses qui couronnent les produits, pour leur rapport qualité/prix. La Delta 50 a obtenu le prix des critiques anglais et néerlandais en 1988, l'an dernier le modèle 505.2 lui a succédé sur le podium.

Actuellement, et grâce à une technologie exclusive basée sur l'analyse par laser holographique des déformations subies par les membranes des haut-parleurs, Wharfedale s'engage avec confiance dans l'élaboration d'enceintes de plus en plus performantes et à haut rendement dynamique et musical.

Une des dernières applications de cette politique de continuité technique dans le changement, est l'enceinte Coleridge. Sa philosophie est d'allier dans le même élément la chaleur d'une enceinte britannique et la dynamique des concepts américains. Option commerciale sans doute, pour battre les succès d'un Bose, mais aussi volonté manifeste de s'adapter à une perception plus internationale de la musique.

La Coleridge allie donc les structures propres à une enceinte haut de gamme, tout en préservant une faible dimension (48 cm de haut), grâce à l'utilisation de matériaux de haute densité pour le cabinet, d'un transducteur en titane pour les aigus, et une membrane en polypropylène amorphe pour le transducteur des graves. Le résultat donne une sensibilité de 89 dB et une réponse en fréquence de 45 à 20.000 Hz, pour une puissance de 100 watts, à l'égal par exemple d'une enceinte colonne. Une des applications d'un savoir évolutif, dont Wharfedale partage désormais le secret avec les amateurs de musique de quarante-trois pays du monde.

CHRISTOPHE SOKAL.

NOS ILLUSTRATIONS.

1. Gilbert Briggs, fondateur de la société en 1932, et père de la première enceinte Wharfedale... dans sa cave. Sous sa direction la firme a connu une extension mondiale et une réputation de qualité à prix économique.

2. La Programme 2180, une enceinte plus particulièrement destinée à la sonorisation des lieux publics, grâce à un renforcement de la rstitution des hautes fréquences.

3. La Coleridge, première réalisation de Wharfedale new look dans le monde des haut-de-gamme élaborés. Les performances d'une enceinte colonne restituées dans un volume réduit. Prix: 40.000 F.