Le spectre de la boule de neige

DEMONTY,BERNARD

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Samedi 14 juin 2008

Budget La dette publique augmente

Dans son rapport, le Conseil supérieur des finances critique le laxisme budgétaire du gouvernement.

Si rien ne change, nous allons nous trouver devant un nouveau problème de dette publique et un nouveau problème d’effet boule de neige de la charge d’intérêts. » Ce n’est pas un parti d’opposition qui lance cette admonestation, c’est le Conseil supérieur des finances.

Ce vendredi, lors d’une conférence de presse, Luc Coene, le président de la section des besoins de financement a livré une analyse sévère sur la manière dont les budgets 2007 et 2008 ont été ficelés. Il a également annoncé une situation financière très difficile en 2009.

Budget 2007. Le budget 2007 s’annonçait pour le mieux : la croissance économique était plus forte que prévu et 2006 avait laissé un surplus. Et pourtant, le gouvernement a terminé l’année avec un déficit de 0,2 % du PIB, alors qu’il avait prévu un surplus de 0,3 %, qui devait contribuer à éponger le coût du vieillissement de la population. Au total, on arrive donc à un retard de 0,5 % par rapport aux objectifs. « Nous voyons essentiellement deux causes à ce retard, dit Luc Coene. Les recettes fiscales ont été trop généreusement estimées, et l’augmentation des dépenses publiques a été supérieure au potentiel de croissance de l’économie. » Les effets néfastes de la longue période d’affaires courantes ont également pesé de tout leur poids. D’après le Conseil supérieur des finances, cette période de léthargie forcée a empêché le gouvernement de prendre des mesures inscrites au budget.

Budget 2008. Luc Coene n’est pas plus optimiste pour le budget 2008. « On ne constate aucune amélioration, dit-il. Le gouvernement s’est certes abstenu de prendre des mesures non récurrentes, ce qui est plutôt positif, mais l’estimation des recettes fiscales est irréaliste. En outre, les dépenses publiques continuent à croître au-delà du potentiel de l’économie. »

Le Conseil supérieur des finances s’inquiète également du fait que le déficit accusé en 2007 n’a pas été compensé en 2008. « Pour que ce soit le cas, il aurait fallu dégager un surplus de 0,5 % du PIB en 2008. Or, le gouvernement a prévu un budget à l’équilibre. »

Si l’on additionne les 0,5 % de retard de 2007 et les 0,5 % de surplus qui n’interviendront pas en 2008, le budget accuse à présent un écart cumulé de 1 % du PIB.

Il s’agit d’une très mauvaise nouvelle pour l’endettement du pays. « La Belgique doit à présent faire face à une hausse des charges d’intérêts de 250 millions d’euros. Ce sont autant de moyens qui ne pourront être consacrés à des politiques. »

Budgets futurs. Les prochaines années se présenteront-elles mieux ? Le Conseil supérieur des finances n’en est pas convaincu. « En 2009, le choc inflationniste va peser sur le budget, annonce le Conseil. Sans mesure nouvelle, le déficit atteindra 0,9 %, alors que nous recommandions un solde positif de 0,3 %. » Bref, conclut Coene, « on voit mal comment le gouvernement pourra s’en sortir sans une inversion de la politique budgétaire et sans un contrôle beaucoup plus rigoureux des dépenses. »

Du côté du gouvernement, on reste zen. Le cabinet du secrétaire d’Etat au Budget, Melchior Wathelet (CDH), répond que le gouvernement a fait un choix. « Certes, il n’y aura pas de surplus en 2008. Mais nous n’avons procédé à aucune mesure non récurrente, comme la vente de biens de l’Etat. C’est un choix. » Didier Reynders (MR), le ministre des Finances, prend, de son côté « bonne note » du rapport. Il admet qu’il faut revoir l’évaluation des rentrées fiscales, et plaide pour une maîtrise des dépenses publiques et une meilleure répartition (entre le fédéral, les Régions et les Communautés) de l’effort de financement du vieillissement.

Dans ce contexte, le gouvernement parviendra-t-il à prendre des mesures pour doper le pouvoir d’achat ? Ce sera très difficile…