Le succès de l'Américain est aussi la victoire du Belge Bruyneel a cru le premier en Armstrong Un autre état d'esprit pour le maillot jaune

n.c.

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Mardi 27 juillet 1999

Le succès de l'Américain est aussi la victoire du Belge Bruyneel a cru le premier en Armstrong

Le dernier Belge à avoir porté le maillot jaune a su convaincre son coureur qu'il pouvait conquérir la France.

Avant d'avoir rencontré Johan Bruyneel, Lance Armstrong avait autant de chances de remporter le Tour de France que de marcher sur la lune. Comme avant lui Miguel Indurain, le Texan n'est devenu une figure de proue du cyclisme qu'après être passé entre les mains d'un pygmalion.

Car le Belge Johan Bruyneel, comme l'Espagnol Jose-Miguel Echavarri, est un ancien coureur mais surtout un homme qui aime façonner les autres. Johan a été la première personne qui a cru en Lance Armstrong au Tour de France, raconte l'Américain, plein de reconnaissance.

Bruyneel fut celui qui ne perdit jamais de vue le talent exceptionnel d'Armstrong, même lorsque celui-ci, relevant de maladie, vit se fermer une à une les portes des équipes cyclistes européennes. Après ma quatrième place à la Vuelta l'an dernier, Johan m'a envoyé un mail dans lequel était écrite cette phrase : «Je suis impatient de te voir sur le podium des Champs-Elysées l'année prochaine.»

Johan Bruyneel est un homme passionné , poursuit Armstrong. Il a communiqué sa passion de façon contagieuse à toute l'équipe. C'est lui qui fixe mes objectifs. C'est lui qui a fixé la barre aussi haut.

Lorsque Bruyneel décide de prendre sa retraite sportive après la Vuelta 1998, il trouve facilement à employer son intelligence. US Postal, le sponsor qui a succédé à Motorola, cherche un mentor possédant une solide connaissance du milieu. Bruyneel accepte la proposition et contacte Armstrong.

Lance m'a répondu qu'il était un coureur de classiques d'un jour , se souvient-il. Je lui ai répondu qu'il n'avait plus rien à prouver dans les courses d'un jour. Lorsque je lui ai dit qu'il devait consacrer son énergie à s'entraîner pour le Tour, il m'a répondu qu'il devait y réfléchir. Deux semaines plus tard, il est revenu et il a dit que c'était d'accord.

L'admiration entre le nouveau directeur sportif et le nouveau Armstrong est réciproque. Lance est unique, admet Bruyneel. Il ne ressemble à aucun autre grand champion que j'ai connu. Sa force mentale fait la différence. Il n'est pas toujours facile à convaincre. Et j'ai vite compris qu'être manager exige d'abord de faire des compromis.

Pour avoir connu Armstrong comme adversaire dans le peloton, Bruyneel a eu le temps de l'évaluer, de le juger et de reconnaître qu'il possédait les qualités pour remporter le Tour de France. J'étais là-bas, à Oslo, quand il a gagné le championnat du monde à 21 ans. Vous saviez d'emblée qu'il sortait de l'ordinaire. Et lors de ses deux Tours de France (en 1993 et 1995), il y avait toujours des jours où il était là, à se glisser parmi nous, au milieu des meilleurs. Je me disais que s'il réussissait à se hisser au plus haut niveau certains jours, il pouvait y rester trois semaines avec un bon entraînement. Les deux hommes mettent tout en oeuvre pour que le 25 juillet Armstrong illumine les Champs-Elysées de son sourire. (Reuters.)

Un autre état d'esprit pour le maillot jaune

Lance Armstrongest revenu sur son Tour de France et sur son retour au premier plan, l'un des plus spectaculaires de l'histoire du sport, après avoir été touché par un cancer.

Ecart. Je ne pensais pas gagner le Tour de France comme cela. L'avantage sur Zulle aurait été différent s'il n'avait pas perdu six minutes au passage du Gois (2 e étape).

Maillot. Je vais encadrer le maillot jaune et l'accrocher à un mur de ma maison, à Austin. Ce sera le seul maillot qui sera accroché. Celui du Championnat du monde d'Oslo est chez ma mère.

Approche. En 1996, j'étais très professionnel, mais ce n'était pas à cent pour cent. Maintenant, je travaille plus, je fais plus attention au régime, aux à-côtés du vélo. J'ai appris la patience, je sais attendre, ce que je ne savais pas faire auparavant. Je suis toujours combatif sur le vélo, mais je sais aussi me contrôler.

Rumeurs. Elles sont toutes derrière moi. Et c'est quelque chose de minuscule. Manolo Saiz l'a bien dit en visant les journalistes français: Vous écrivez des choses qui vont impressionner un million de personnes. Mais le fait que Lance Arm- strong gagne le Tour, ça va impressionner vingt à trente millions de personnes dans le monde.

Cancer. Cette maladie m'a peut-être été bénéfique. Mais, si j'avais pu l'éviter, je l'aurais fait. Elle m'a permis de m'éloigner du vélo, de voir ailleurs, de réfléchir. D'approcher ce sport avec une autre mentalité. J'ai un autre état d'esprit.

Revanche. J'ai beaucoup réfléchi pendant trois semaines. Quand j'étais à l'hôpital, des gens disaient qu'ils allaient m'aider, mais ils étaient là pour rompre le contrat. Je n'ai pas besoin de citer de noms. Le seul nom que je veux citer, c'est celui d'US Postal qui m'a fait confiance.

Cinéma. Mon histoire est incroyable, mais c'est une histoire vraie. Ici, on n'est pas à Hollywood. Ce qu'il faut retenir, c'est que nous avons beaucoup travaillé. On a fait beaucoup de sacrifices en vue du Tour de France, moi et mon équipe. Après tout ce que j'ai vécu depuis trois ou quatre ans, j'étais obligé d'y aller à fond.

Espoir. Je termine ce Tour de France heureux. Cela va donner de l'espoir à des millions de personnes dans le monde.

Futur. Je ne vais pas faire beaucoup de courses d'ici à la fin de l'année. Mon prochain objectif, c'est le Tour de France 2000. Le second, ce sont les JO de Sydney. (AFP.)