2012, le brasier social
MOUTON,OLIVIER
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Samedi 7 janvier 2012
Jean-Pierre Delwart (UWE) et Thierry Bodson (FGTB) analysent très différemment l’année, chaude. Le premier réclame la paix sociale. Impossible, dit le second.
Bras de fer autour de la paix sociale
M. Delwart, votre conviction patronale pour 2012 ?
Jean-Pierre Delwart. On ne construit pas un paradis social sur un désert économique. La richesse est créée par les entreprises. On constate qu’en Wallonie, les entreprises sont plus petites que la moyenne nationale, elles emploient moins de personnes. Si on fait la différence, cela fait exactement le nombre du chômage wallon. C’est un peu un raccourci, mais il suffit de faire croître nos entreprises et nous avons une capacité d’absorption du chômage.
M. Bodson, c’est un discours que vous partagez ?
Thierry Bodson. Le fait que l’on ne construit pas un paradis social sur un désert économique, bien sûr. Dans une autre vie, il y a une vingtaine d’années, j’ai mis sur pied une activité économique qui a fonctionné pendant dix ans. Je sais de quoi il s’agit.
Vu l’accord institutionnel, la Wallonie a maximum 10 ans devant elle – maximum, j’insiste, cela pourrait être moins… – pour réussir son redressement économique.
A l’horizon 2019, il y aura certainement de nouvelles demandes venant de Flandre auxquelles il faudra que l’on réponde. Le grand défi, c’est de savoir comment mettre à profit cette période. M. Delwart le sait, en dehors de ce délai de 10 ans, on en a un autre de deux ans. Les réformes institutionnelles se mettront en place au 1er janvier 2014. Or, quasi l’entière des matières qui seront transférées concernent les partenaires sociaux. Il nous reste deux ans pour organiser la concertation sociale au niveau wallon. C’est essentiel si l’on veut réussir ce défi. Ce n’est pas mince. On va avoir au niveau des Régions un package complet pour ce qui concerne l’emploi, la formation, l’économie… Il faut que l’on se mette rapidement autour de la table pour dire ce que l’on fait avec cette enveloppe financière à venir – qui sera insuffisante !
Cela vous semble compliqué ?
Th.B. Il y aura des divergences de vues, mais les lieux de concertation sont là pour ça. Ce qui est compliqué, c’est qu’au niveau wallon, on n’a pas l’habitude de discuter de ces matières. On doit se mettre vite d’accord.
J.-P.D. Je suis assez heureux d’entendre M. Bodson dire qu’il y a urgence. Alors que l’on sent un frémissement de reprise économique en Wallonie, il est en effet grand temps de faire un bond en avant. On ne pourra le faire que sur la base d’un consensus social. D’une paix sociale !
Moi, je suis prêt à me mettre autour de la table, mais je veux que mes interlocuteurs prennent de vrais engagements. On va discuter de choses très sérieuses : si on ne réagit pas rapidement, on va aller vers un appauvrissement de la Wallonie. Ces derniers temps, les accords étaient paraphés par les syndicats mais, tout de suite après, la base de la FGTB désavouait sa hiérarchie. Cela démontre la limite de la concertation sociale. Je pourrais vous citer des tas d’exemples d’investissements qui ne viendront pas en Wallonie à cause du climat social.
Ce sont des pierres dans votre jardin, M. Bodson.
Th.B. Ce ne sont pas ces matières transférées aux Régions qui créeront ou non la paix sociale. Les leviers importants restent au fédéral.
Une grève nationale est déjà annoncée pour la fin janvier.
Th.B. Voilà, cela reste en dehors de notre rayon d’activité. Quand je parle d’urgence, c’est pour dire que nous devons savoir dans quel jeu on joue. Y a-t-il un outil de prospective économique en Wallonie, une sorte de bureau du plan ? Non. on doit se mettre d’accord à ce sujet. On ne va pas continuer à naviguer à vue. Y a-t-il un outil wallon qui analyse les effets des décisions européennes ? Non. Nous avons des responsabilités à prendre.
Pour autant que votre base suive, dit M. Delwart. Nous sommes dans une période de forte indignation. Le budget fédéral représente déjà un effort historique de 11,3 milliards et ce n’est pas fini… Indigné, vous aussi ?
Th.B. Et ce que l’on ne dit pas, c’est qu’il reste à définir l’effort budgétaire à réaliser au niveau des Régions et Communautés : quatre milliards…
Pourquoi aura-t-on une forte agitation sociale pendant un mois ou deux ? Les gens nous disent que les décisions prises sont déséquilibrées. Personne n’est dupe, tout le monde sait que les défis budgétaires sont importants. Mais nous avons déjà critiqué la note d’Elio Di Rupo en disant qu’il y avait beaucoup trop d’économies et pas assez d’augmentations de recettes. Ces dernières semaines, toutes les décisions d’austérité ont été prises avec une rapidité phénoménale : diminutions de pension, de prépension, les gens voient qu’il y aura 50.000 exclusions de chômeurs dans les trois ans qui viennent… Tout négatif ! Et les décisions d’augmentation de recettes ? Aucune. On commence à ergoter sur l’augmentation du précompte de 4 % pour les revenus mobiliers supérieurs à 20.000 euros par an.
Vous comprenez donc l’exaspération de votre base ?
Th.B. Bien sûr. Et je renvoie quand même une pierre dans le jardin de M. Delwart. On nous a demandé d’être responsables. J’essaye de l’être. Mais je n’ai jamais entendu une fédération patronale dire au monde bancaire : vous êtes responsables de la crise. A la FEB, à l’UWE, tout le monde se tait. On a les pépettes évidemment… La mise à contribution des banques, jamais vous ne la demanderez ! Les bonus que se sont attribués les patrons de Dexia et qui choquent beaucoup de gens : y a-t-il une fédération patronale qui a condamné ça ? Non.
Un dernier exemple qui m’a indigné. En octobre, on constate que des entreprises ont mis en place un mécanisme frauduleux pour éluder l’impôt des sociétés grâce aux entreprises au G-D de Luxembourg. Que dit la FEB ? Qu’il s’agit là de la preuve que l’impôt des sociétés est trop élevé en Belgique. C’est odieux ! Si on veut la paix sociale, il faut arrêter. Tout d’abord, parce que ce n’est pas vrai : il est autour de 15 % en moyenne, soit un peu moins que la moyenne européenne. Bien sûr, grâce aux intérêts notionnels, Electrabel ou Inbev ne payent pas d’impôts, ce qui est injuste alors que d’autres entreprises payent 33 %. Mais surtout, imaginez un seul instant que je répondrais devant les médias au sujet d’un chômeur qui travaille au noir : c’est normal parce que les allocations de chômage sont trop basses. Le jour où je dis ça, c’est un tollé. Il ne faut pas nous demander la paix sociale tant que le patronat aura de tels comportements immoraux.
Rassuré, M. Delwart ?
J.-P.D. Non, nous avons besoin de paix sociale ! C’est vrai, nous traversons une période difficile qui va durer quelques années. Mais il ne faut pas partir en grève, il faut se retrousser les manches. C’est la seule façon de s’en sortir. Il faut garder raison.
Un institut de prospective, bon… Moi, je suis un pragmatique et je répète qu’il y a urgence.
Th.B. Quand je dis prospectif, c’est à cinq ou dix ans, hein ! Il s’agit par exemple de constater que des secteurs économiques souffrent et de songer à leur reconversion.
J-.P.D. OK ! C’est d’un plan stratégique dans certains secteurs à court terme dont vous parlez. Je préfère cela.
M. Bodson dit que les accords sont déséquilibrés. Je ne partage pas ce point de vue. La grosse lacune pour le monde de l’entreprise, c’est que l’on n’aborde absolument pas l’aspect de la compétitivité. Certains disent que l’indexation salariale est positive, qu’elle maintient le pouvoir d’achat. C’est vrai, et nous ne sommes pas contre une indexation mais nous sommes contre son caractère automatique qui nous fait perdre des positions compétitives. Il faut pouvoir y réfléchir sérieusement alors que la situation n’est pas encore trop grave.
Il faut rendre notre Région attractive. On mène des grèves de riches en Région wallonne, pour avoir quelques prépensions en plus. Ce ne sont pas des grèves désespérées. J’entends des patrons qui ne veulent plus investir parce qu’ils ont peur d’être pris à la gorge par des grèves syndicales. Il faut la paix sociale ! Je peux accepter d’entendre qu’il y a des lacunes dans le monde patronal, mais travaillons ensemble. Van Hool va produire 500 bus pour les Etats-Unis à l’étranger parce que nos coûts salariaux sont trop élevés. Renault a demandé à Arcelor Mittal de déplacer ses stocks stratégiques de tôles parce qu’il a peur des blocages et des mouvements sociaux. On ne se rend pas compte de leur effet négatif.
Dénonceriez-vous la responsabilité des banques ou l’octroi de bonus importants ?
J.P-.D. Je voudrais remettre les pendules à l’heure. Oui, le problème des banques est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase du déficit de l’Etat. Mais les banques payent très cher la garantie de l’Etat. C’est l’ensemble de notre système qui est en question. Nous vivons au-dessus de nos moyens. Nous avons un des meilleurs systèmes de soins de santé…
Th.B. Attendez… Je peux entendre beaucoup de choses mais M. Delwart, encore heureux que les banques payent quelque chose pour leur garantie. Ne pas condamner leur attitude, c’est inadmissible. Si la dette belge repasse les 100 % du PIB, c’est en grande partie à cause du sauvetage des banques, pas à cause de l’explosion du chômage. Et vous devriez condamner les revenus extraordinaires de Mariani (Dexia) ou de Britto (Inbev). En termes de crédibilité du monde patronal, c’est incompréhensible.
J.P-D. J’ai dit que le problème bancaire était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. J’aurais pu dire le seau. Et les banques payent pour, je reste sur cette position. Quant aux bonus… Certains patrons ont des revenus considérables, mais il y a une concurrence internationale et si l’on veut avoir les meilleurs pour les très grandes entreprises, il faut passer par là.
Th.B. Un demi-million par mois.
J.-P.D. C’est excessif. mais aux Etats-unis, c’est monnaie courante.
M. Delwart parle de « grève de riches »… Vous accrochez-vous à des acquis ?
Th.B. Des grèves de riches ? Je ne trouve pas. Nous avons aujourd’hui 15 % de la population belge qui vit en dessous du seuil de pauvreté.
J-.P.D. Ces grèves ne concernent quelques personnes qui veulent une prépension.
Th.B. Avec les réformes, quand une entreprise restructurera ou fermera, on ne pourra plus prépensionner à 50 ou 52 ans, mais à 55 ans. Que se passera-t-il à la place ? On n’aura plus de prépensionnés, mais des chômeurs. L’Etat n’aura rien gagné.
M. Delwart, vous demandez-vous parfois dans quelle galère vous vous êtes engagé ? Qu’il y a trop de lourdeurs en Wallonie, comme l’affirme un De Wever ?
J-.P.D. Pas du tout. C’est une période d’opportunités. Depuis douze ans, il y a une évolution positive en Wallonie. Il faut accélérer l’évolution. C’est possible si on a un syndicalisme fort mais responsable. C’est le cas en Allemagne où ils ont accepté à temps une modération salariale et où ils respectent les accords signés. Nous critiquons que les syndicalistes, chez nous, ne maîtrisent pas leur base.
Th.B. Je ne claque pas dans les doigts pour amener 100.000 personnes à Bruxelles.
J-.P.D. Ah non ?
Th.B. Non ! prenez la manifestation du 2 décembre. A quatre ou cinq jours de ce rendez-vous, je ne pouvais pas dire si ce serait une réussite ou pas. Mais peu avant, le texte de l’accord socio-économique a été connu. En trois jours, on est passé d’un potentiel de 30.000 personnes à 90.000, une des plus grandes manifestations sociale depuis la fin de la guerre. C’était un mouvement spontané, on n’a pas dû pousser les gens dans la rue.
« La Wallonie doit être prête pour 2019 »
M. Delwart, vous vous dites attaché à la Belgique. Dans quoi ce sentiment s’enracine-t-il ?
J.-P.D. Par mes racines personnelles, je suis un zinneke belge. Je ne suis qu’à moitié wallon, un quart bruxellois, un quart flamand si je remonte à mes arrière-grands-parents. Pour moi, la Belgique représente quelque chose. Au niveau international, c’est une marque qui a une réputation très forte, ce qui est vital : nous sommes petits, nous devons exporter.
Je ne suis pas contre le contexte régional demandé par le nord du pays, qui pense qu’il s’en sortira mieux et je le laisse à ses illusions. Il est logique que le marché du travail ou le culturel soient transférés au niveau des Régions et Communautés, les différences sont importantes. Mais il est vital que nous gardions une stratégie commune entre Wallonie et Bruxelles, que nous évitions un repli sur soi.
Avez-vous eu peur au cours de cette crise de 541 jours ?
J.-P.D. Je n’ai pas eu plus peur ni moins peur qu’aujourd’hui. Une lame de fond est en marche, que nous devons tenter de freiner en redéveloppant l’économie wallonne. Je ne pense pas qu’une séparation aurait pu se passer maintenant. Je ne dis pas que cela ne pourrait pas arriver dans un avenir proche, c’est pourquoi nous devons aller vers une autonomie plus grande. Soyons clairs : un divorce est irréaliste. Vous avez vu la longueur des discussions ? Je ne vous dis pas si l’on devait répartir la dette belge.
M. Bodson, faut-il désormais préparer le plan B ?
Th.B. Oui, un échec des négociations aurait été plus difficile à gérer qu’un accord, quel qu’il soit. Aller vers un divorce suite à un échec nous aurait entraînés dans des problème insolubles avant plus de dix ans. Mais je n’ai pas eu peur : il n’y avait pas d’autre voie que d’aller vers une solution.
Personnellement, je défends un Etat basé sur quatre Régions. Le fait germanophone est là, même si ce n’est qu’une communauté de 75-80.000 habitants. Une Belgique à quatre ! Sans fédération Wallonie-Bruxelles : il faut que l’on arrête avec ça.
Ce ne serait pas du tout un repli sur soi, mais plutôt un renforcement des liens entre Régions bruxelloise, germanophone et wallonne qui seront sur pied d’égalité, avec une cohérence plus grande. Aujourd’hui, la Communauté française empêche Bruxelles d’être une Région à part entière.
Quand on parle de plan B, cela me fait sourire. L’avenir, ce sont les quatre Régions, pour autant que l’on conserve un socle commun de solidarité. Ce qui m’inquiète, c’est que l’on risque d’avoir nouvelles discussions institutionnelles en 2019. Or, on a déjà touché aux allocations familiales, à une partie des soins de santé. On arrive à l’os. Il ne reste au fédéral que le chômage, les prépensions, les pensions, l’Inami… C’est tout ! Si on remet cela sur la table, que fera-t-on ?
Il faut se préparer à autre chose ?
Th.B. Nous devons être conscients que l’on va toucher en 2019 à l’essentiel de la mission de l’Etat.
J-.P.D. Cela montre la nécessité urgente de travailler ensemble au redéploiement wallon.
Th.B. Lorsque les Régions auront des compétences claires, cela nous permettra de travailler de façon plus cohérente.
Votre fibre régionaliste est pragmatique. Emotionnelle, aussi ?
Th.B. Moi, si je remonte à une ou deux générations, je n’ai que des Wallons dans ma famille. Cela aide peut-être. Oui, je me sens Wallon et malheureusement, je trouve que ce sentiment n’existe pas assez aujourd’hui.
Jean-Pierre DelwartPatron de la société Eurogentec depuis 1993, actif dans le secteur des biotechnologies,
Jean-Pierre Delwart
Patron de la société Eurogentec depuis 1993, actif dans le secteur des biotechnologies, Jean-Pierre Delwart est devenu président de l’Union wallonne des entreprises à l’automne 2009, succédant à Eric Domb. Figure emblématique de la famille Solvay, né en 1950, il est membre du comité de direction de la FEB et responsable de l’asbl « Jeunes entreprises ».
le patronat
« Redresser
la Wallonie pour sauver la Belgique »
« Ma famille, Solvay, était liée à l’industrie, c’est donc assez logique que j’ai mené un parcours tel que le mien, raconte Jean-Pierre Delwart. Après des études de sciences économiques à l’ULB, j’ai travaillé douze ans dans le secteur bancaire. C’est un point commun avec M. Bodson et nous sommes partis à temps tous les deux. La crise de la quarantaine arrivant, je me suis dit que j’avais fait le tour de ce que je pouvais y faire. Je ne me voyais pas en devenir le patron, mais j’avais de l’ambition. D’où l’idée de prendre mon destin en mains. J’ai fait la connaissance de Joseph Martial qui venait de lancer Eurogentec à l’université de Liège. Je suis rentré dans un secteur passionnant, celui des biotechnologies avec toutes ses potentialités pour l’amélioration de notre santé. Je suis devenu le directeur financier de l’entreprise il y a vingt-deux ans. Je l’ai stabilisée et développée, nous sommes devenus une spin-off de croissance en Région wallonne. C’est comme cela que l’on m’a demandé si je ne voulais pas reprendre la présidence de la section liégeoise de l’Union wallonne des entreprises. J’étais déjà dans le comité de direction de la FEB. Puis, il y a trois ans, on m’a demandé si je ne voulais pas reprendre la présidence d’Eric Domb à l’UWE. J’ai un peu réfléchi parce que c’est un engagement lourd en plus de continuer à diriger mon entreprise.
Mais je crois en la Belgique. La Wallonie a eu de très sérieux problèmes ces dernières décennies, mais les choses vont légèrement mieux. Si on veut maintenir ce pays, il est important que la Wallonie décolle. »
l’invitation
« En Gaume »
Vous vivez tous les deux dans des mondes très différents. M. Bodson, où inviteriez-vous M. Delwart pour lui faire découvrir votre univers ?
« La question n’est pas facile parce que M. Delwart connaît bien la Région liégeoise.
Si c’est pour lui faire connaître mon milieu socio-économique, je lui ferais visiter quelques entreprises. Par contre, si c’est pour mieux se connaître l’un l’autre, je l’inviterais davantage vers le sud de la Belgique parce que c’est un endroit où j’aime me ressourcer. J’adore la Gaume. »
Réaction de Jean-Pierre Delwart : « La Gaume, je ne demande pas mieux. Je suis étonné que M. Bodson ne m’ait pas donné rendez-vous à 5 h du matin place Saint-Paul pour prendre un bus et aller manifester à Bruxelles. Cela me changerait et cela me rappellerait mon passé étudiant, quand je manifestais à Louvain. »
Thierry BodsonNé à Liège en 1960, Thierry Bodson est employé à la FGTB depuis trente ans. Il est devenu
Thierry
Bodson
Né à Liège en 1960, Thierry Bodson est employé à la FGTB depuis trente ans. Il est devenu secrétaire général de la FGTB wallonne en 2008. C’est la figure qui monte au sein du syndicat socialiste dirigé par Anne Demelenne. Sa voix (très) régionaliste est de plus en plus écoutée dans les milieux progressistes. Il fera partie de ceux appelés les prochains mois à réfléchir à une Wallonie plus autonome.
le syndicat
« Lutter contre
ce désastre social, une évidence »
« La source de mon engagement syndicaliste ? C’est une longue histoire. Je suis comptable de formation. On appelait encore ça un graduat à l’époque. J’ai suivi ensuite toute une série de formations complémentaires en cours du soir sur la fiscalité. C’est un parcours qui ne vous envoie pas vraiment vers l’organisation syndicale.
Quoique… Je suis à la FGTB en tant que tel depuis bientôt trente ans. C’est au début 1982 que j’ai commencé à y travailler. Avant cela, j’ai passé une année dans une banque et j’ai travaillé comme ouvrier boucher. Ce sont des expériences que je ne regrette pas.
Je suis arrivé à la FGTB parce que cela faisait partie des endroits où j’avais postulé. Au départ, ce n’était pas comme responsable politique mais en tant que comptable, employé.
J’avais évidemment des convictions sociales fortes parce que si ce n’est pas le cas, on ne postule pas dans un tel endroit. Quand on est Liégeois, on a forcément de la famille qui travaillait dans les mines. Mais mon passé militant, quand j’étais adolescent, se focalisait davantage sur les causes pacifistes, contre les engins nucléaires et la guerre froide.
Cette préoccupation sociale s’est imposée naturellement en raison du contexte difficile en Wallonie.
C’était il y a trente ans, à la fin des années 1970. Ce fut une décennie où le chômage a explosé en Belgique, et plus particulièrement en Wallonie. Nous sommes passés de 50.000 à 350.000 chômeurs en Belgique. Lutter contre ce désastre social m’est apparu comme une évidence. »
l’invitation
« Une multinationale »
M. Delwart, où inviteriez-vous M. Bodson une journée pour lui faire découvrir votre univers ?
« Je ne l’inviterais pas dans des entreprises, parce que ça, il connaît déjà bien. Peut-être dans un conseil d’administration d’une multinationale, par contre. Pour lui permettre de voir… Cela lui donnerait l’occasion de comprendre comment on raisonne à ce niveau-là, comment on prend une décision d’investir en Wallonie. Le dialogue entre les différents mondes sociaux est très important. Et le réalisme économique est vital.
Ensuite, nous irions peut-être faire un tour sur un beau parcours de golf, celui du Sart-Tilmant par exemple. Mais je n’ai joué qu’une fois en 2011, je n’ai pas eu le temps. »
Réaction de Thierry Bodson : « Le golf du Sart-Tilmant, je vois où il est. Mais je ne joue pas au golf. »