Le système solaire a perdu une planète

DETAILLE,STEPHANE

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Vendredi 25 août 2006

Astronomie Pluton n'est plus qu'une « naine »

Les astronomes réunis à Prague provoquent un big bang sémantique : les planètes se retrouvent désormais à huit.

Exit Pluton : depuis jeudi, le système solaire n'héberge plus que huit planètes. Ce big bang est strictement sémantique. Ce grand chambardement cosmique tient en effet tout entier dans la définition officielle du terme « planète » sur laquelle 2.500 astronomes se sont laborieusement accordés hier, à Prague, lors de la 26e assemblée générale de l'Union astronomique internationale (UAI).

L'adoption, jeudi après-midi, de la résolution 5A (lire ci-dessous) aura mis fin à dix jours de débats passionnés dans la capitale tchèque. Et, probablement, à la controverse qui divise les astronomes depuis 1930, après la découverte de Pluton par l'Américain Clyde Tombaugh.

C'est qu'en effet, l'atypisme de la lointaine Pluton n'a cessé depuis de tarauder les astronomes : pour une partie d'entre eux, ni sa taille, ni sa composition, ni son rang dans son environnement céleste, ni son orbite très longue et excentrée - sa révolution autour du Soleil dure 247 ans - n'autorisaient Pluton à prendre rang parmi les planètes du système solaire. Pas plus, en tout cas, que d'autres astéroïdes de plus grosse taille découverts après elle. Au nombre desquels « l'objet céleste » 2003 UB313 - provisoirement baptisé « Xena » par son inventeur, l'astronome californien Michael Brown - dont la découverte en 2003 avait ravivé la polémique : fallait-il refuser à Xena ce statut officiel de planète qu'on avait accordé à Pluton, située comme elle aux confins du système solaire, dans cette mystérieuse Ceinture de Kuiper qui, au-delà de Neptune, recèlerait des milliers de comètes et autres objets célestes ?

La réponse à cette question cruciale exigeait des scientifiques qu'ils s'entendent, une fois pour toutes, sur une définition du mot « planète » - et, à terme, sur une nomenclature universellement admise des quelque 200.000 astéroïdes déjà identifiés.

Dix jours durant, les congressistes de Prague se seront escrimés à peser les termes de la définition la plus susceptible d'emporter la nécessaire adhésion d'une majorité de participants.

Votant à main levée, les scientifiques ont finalement refusé ce jeudi un amendement proposé par l'exécutif de l'UAI qui aurait permis aux planètes dites « naines » - catégorie à laquelle appartiennent Pluton, Cérès et Xena - d'accéder au statut de planètes à part entière.

L'assemblée générale de l'UAI aura ainsi opté pour une conception plus classique du système solaire alors que son comité exécutif avait fait sensation, la semaine dernière, en préconisant une définition octroyant le titre de planète à onze ou douze objets célestes du système solaire : Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune, mais aussi Pluton, Xena, Cérès, voire Charon, la plus grande lune de Pluton. Et encore ce cercle aurait-il été susceptible de s'arrondir à mesure qu'auraient été découvertes les « planètes naines » encore tapies aux confins du système solaire.

Aux termes de la définition adoptée hier à Prague, une planète « est un corps céleste qui orbite autour du Soleil, a suffisamment de masse pour que sa gravité l'emporte sur les forces internes de manière à ce que l'objet parvienne à une forme régie par l'équilibre hydrostatique - en gros, c'est plus ou moins rond - et qui a nettoyé son voisinage », explique Yaël Nazé, chercheuse à l'Institut d'astrophysique de l'ULg.

Bref : à l'inverse des « naines », ces planètes en bonne et due forme ont éliminé tout corps susceptible de se déplacer sur une orbite proche. « Ce qui ne signifie pas qu'elles ne peuvent pas avoir de satellites, à l'instar de Jupiter ou de Saturne, qui possèdent chacune plusieurs dizaines de lunes », poursuit Yaël Nazé. « La différence, c'est que les planètes dominent leur propre système, au contraire des planètes naines. Pour user d'une image, l'orbite d'une planète est une autoroute sur laquelle un véhicule circule seul, entraînant éventuellement avec lui une ou plusieurs remorques. L'orbite d'une planète naine, elle, est une autoroute dont plusieurs véhicules empruntent les différentes bandes de circulation. »

Les planètes, les « naines » et « les petits corps »

Texto

Voici le texte de la résolution 5A adopté jeudi après-midi à Prague par l'assemblée générale de l'Union astronomique internationale (UAI).

Une planète est un corps céleste, qui (a) est en orbite autour du Soleil, (b) a une masse suffisante pour que sa gravité l'emporte sur les forces de cohésion du corps solide et le maintienne en équilibre hydrostatique, sous une forme presque sphérique, (c) a éliminé tout corps susceptible de se déplacer sur une orbite proche.

Une « planète naine » est un corps céleste, qui (a) est en orbite autour du Soleil, (b) a une masse suffisante pour que sa gravité l'emporte sur les forces de cohésion du corps solide et le maintienne en équilibre hydrostatique, sous une forme presque sphérique, (c) n'a pas éliminé tout corps susceptible de se déplacer sur une orbite proche, (d) n'est pas un satellite.

Tous les autres objets en orbite autour du Soleil, à l'exception des satellites, sont appelés « petits corps du Système solaire ».