Le télédistributeur Coditel va-t-il être vendu ?

JENNOTTE,ALAIN

Page 11

Mercredi 22 juin 2005

Télécoms Son président dément, mais avec de sérieuses nuances

ALAIN JENNOTTE

Ces derniers mois, des rumeurs circulent avec insistance sur la possible vente de Coditel, tout aussitôt démenties par l'entreprise. Pourtant, isolé sur son territoire bruxellois (où il dessert 145.000 ménages), le télédistributeur, filiale du groupe français Altice et présent également à Luxembourg et à Strasbourg, balance entre volonté de s'arrimer sur le marché belge ou au contraire monnayer un réseau qui s'est valorisé en se modernisant rapidement.

Il est exact que nous avons été approchés, affirme le président du conseil d'administration, Philippe Lhomme, mais je démens toute négociation en vue d'une cession. Au contraire, nous restons intéressés à nous étendre en Belgique. Une tentative de racheter la participation d'Electrabel dans les intercommunales mixtes wallonnes avait déjà échoué l'an dernier. Mais il est évident, ajoute Philippe Lhomme, que si l'on nous fait une offre alléchante, nous pourrions l'accepter.

La question se pose en effet de la pérennité d'un câblo coincé entre Telenet, en Flandre, et des câblos wallons qui peinent à s'unir. Nous sommes candidats à réaliser quelque chose avec les câblos wallons, poursuit le président de Coditel. Mais jusqu'ici, on ne nous a guère ouvert les bras. Rester à long terme sur notre territoire actuel pourrait donc poser question.

Mais la véritable stratégie d'Altice se dessine peut-être loin du microcosme du câble belge. Une autre filiale du groupe, Altice 2, vient, en effet, de s'offrir, avec le fonds d'investissement britannique Cinven, l'activité de télédistribution de France Télécom Câble et de Numéricable, en France. Des actifs réunis au sein d'une nouvelle société, Ypso.

Et il se dit que le financement d'Ypso pousserait certains chez Altice à vendre le « petit » Coditel. Il s'agit d'un canard auquel il faut tordre le cou, réplique Philippe Lhomme. L'acquisition d'Ypso est bouclée. Mais on ne peut jamais empêcher un actionnaire de rêver à prendre sa plus-value. Ce qu'un proche du dossier résume d'une formule lapidaire : Au sein d'Altice One, tout le monde est probablement vendeur. Mais peut-être pas au même prix ni avec le même timing.

Parmi les candidats pressentis à un rachat, on cite Telenet, déjà sur les rangs lorsque Suez a vendu Coditel à Altice en 2003. Mais le prix demandé serait trop élevé pour l'opérateur malinois - on parle de 400 millions d'euros pour l'ensemble des actifs de Coditel. Une candidature qui n'est pas confirmée par le porte-parole de Telenet. Mais si demain un dossier est sur la table, il est certain que nous nous y intéresserons.

Les communes bruxelloises ne verraient guère d'un bon oeil l'arrivée de Telenet, qui ouvrirait la porte d'une intercommunale bruxelloise aux communes flamandes qui figurent parmi ses actionnaires. A tel point que certaines communes ont pris contact avec la SRIB (Société régionale d'investissement bruxelloise) pour plancher sur une offre alternative afin d'éviter un « contrôle flamand », avant d'étudier une fusion avec Brutélé. Dans les milieux politiques bruxellois, certains s'inquiètent cependant de la perspective d'investissements publics dans le câble, au moment même où Belgacom se lance dans la télé numérique. A moins que d'autres candidats ne sortent du bois comme les groupes anglo-saxons, pour qui la baisse de l'euro par rapport au dollar depuis quelque temps rend de telles transactions plus attractives.