Le temps des pourparlers

THOMAS,PIERRE-HENRI

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Mardi 17 février 2009

Banques Fortis : actionnaires et administrateurs se parlent, enfin

Le gouvernement et BNP Paribas ont rouvert le dossier Fortis ce lundi. Les ponts ne sont pas rompus.

Restera, restera pas ? Ce lundi à 16 heures, au Lambermont, la résidence du Premier ministre, les représentants de BNP Paribas, conduits par le numéro deux du groupe, Jean-Laurent Bonnafé, ont rencontré le premier ministre Herman Van Rompuy et le ministre des Finances Didier Reynders. Le but officiel : faire le point après le vote perturbateur intervenu mercredi à Bruxelles. Vote qui a vu les actionnaires de Fortis Holding rejeter l’accord « amélioré » qui adossait Fortis Banque à BNP Paribas.

Le communiqué qui est tombé un peu avant 18 heures est laconique : le gouvernement a en effet fait le point avec le groupe français, et se tient également à disposition pour une discussion avec Fortis Holding.

Mais officieusement, il s’agissait sans doute de tester la volonté réelle de BNP Paribas d’aller encore de l’avant, malgré le rejet des actionnaires. Les marges de négociations, néanmoins, sont faibles. Du côté belge, l’Etat ne désire sans doute plus effectuer un effort financier supplémentaire. Et du côté de BNP Paribas, qui a toujours été réticent à donner beaucoup aux actionnaires de Fortis Holding, on se tâte. Mais il n’est pas question de rompre les ponts. « Le protocole d’accord signé entre le gouvernement belge et BNP court jusqu’au 28 février » dit-on à la banque, où l’on ajoute que « les relations entre la banque, Fortis Holding et le gouvernement ont toujours été très bonnes. »

Le VLD pour une Fortis indépendante

Le gouvernement pour sa part paraît toujours divisé, avec d’un côté, le libéral flamand Karel De Gucht qui a poussé, vendredi encore en conseil des ministres, la solution de l’indépendance de Fortis Banque, un point de vue qu’il défend depuis septembre dernier.

Et les autres partenaires qui sont plus réservés : les sociaux-chrétiens et les socialistes étant semble-t-il davantage en faveur d’un adossement à BNP Paribas.

Un élément réconfortant : le vote de mercredi n’a pas déstabilisé Fortis. Il y a eu certes des retraits épidermiques de la part de quelques clients particuliers, mais les professionnels, eux, après un peu d’hésitation le jeudi, étaient déjà revenus le vendredi.

Enfin, il n’y a pas que le gouvernement et BNP à avoir rouvert le dossier Fortis. Ce lundi matin, le nouveau conseil d’administration de Fortis, présidé par Jozef De Mey entouré de Jan Zegering Hadders (ancien banquier d’affaires d’ING, présenté par Deminor) et Karel De Boeck, actuel administrateur délégué de la Holding, a parlé pour la première fois aux représentants des actionnaires : la VEB néerlandaise (représentée par son directeur Jan Martin Slagter), Deminor (Pierre Nothomb) et le cabinet Modrikamen (représenté par Mischael Modrikamen et Olivier Bonhivers).

Une rencontre dont rien n’a filtré non plus, mais qui a été qualifiée de « très constructive » par les représentants des actionnaires.

Le conseil de Fortis

ne s’élargira pas

Le retrait de Georges Ugeux (Le Soir du 14 février), administrateur pourtant élu sous la bannière de Deminor, laisse-t-il une place de libre ? « Nous sommes en mesure de trouver des remplaçants, si les règles de cooptation le permettent, » rappelle Pierre Nothomb, de Deminor. Mais pour Fortis, elles ne le permettent pas. « Un représentant de Deminor a été désigné, il s’agit de Jan Zegering Hadders », dit un porte-parole de Fortis Holding qui ajoute : « Le conseil compte trois membres, ce qui est le minimum pour être valablement constitué. »