LE TEXTILE WALLON FILE UN MEILLEUR COTON TOUTE UNE ANNEE SANS FAILLITE

DETAILLE,STEPHANE

Page 4

Jeudi 19 février 1998

Le textile wallon

file un meilleur coton

Plus de cent PME ont trouvé le bon filon, dans un secteur malmené par la concurrence internationale.

La société mouscronnoise Louis De Poortere (800 personnes) passe pour un mastodonte dans le microcosme textile wallon : un univers hétérogène peuplé de PME souvent orientées vers des niches technologiques ou commerciales porteuses. La Wallonie n'a pas à rougir de la qualité de ses produits textiles, expliquait récemment André Cochaux, le secrétaire général de Febeltex Wallonie-Bruxelles, qui représente les textiliens wallons : 120 entreprises - dont 70 en Hainaut et 23 en province de Liège - qui, en 1997, occupaient 5.700 personnes et réalisaient un chiffre d'affaires de 23 milliards, dont 70 % à l'exportation.

Alors que les gros bras du textile flamand continuent de ferrailler avec des bonheurs divers sur les marchés ultraconcurrentiels de l'ameublement et de l'habillement, les PME wallonnes du secteur ont souvent trouvé refuge dans des créneaux dont la confidentialité leur garantit parfois une hégémonie mondiale : comme Wameter, à Dison, qui exporte à travers le monde l'essentiel de ses draps de billard «Simonis ».

Au total, 40 % des textiliens wallons travaillent ainsi «le fil technique» : un sous-secteur en pleine expansion qui a des accointances inattendues dans les domaines les plus variés, de l'horticulture au génie civil en passant par le transport ou les soins de santé. Ce fil technique est ainsi le fil rouge d'une kyrielle d'entreprises aux activités apparemment fort éloignées : les laboratoires Stella qui produisent des compresses à Liège, la société Dunlop-CCT qui tisse à Tournai des bandes transporteuses pour l'industrie cimentière, Bonduel Industries qui zippe à Comines 110 millions de fermetures à glissière par an, CS-Interglas qui fabrique à Battice des tissus en fibres de verre pour circuits imprimés, ou encore Nordifa (Sclessin), connue pour ses filtres de dépoussiérage.

Avec 29 % des entreprises, les textiles d'intérieur constituent l'autre pôle majeur du secteur en Wallonie. Mais, ici encore, les Wallons se singularisent souvent par cette « stratégie de niche». La SA André Vernier Fils (78 personnes) qu'il dirige à Mouscron produit sous la marque «Le Tisserand» des moquettes très haut de gamme pour une clientèle moins soucieuse du prix que de la qualité : la maison ne travaille que des matières nobles dont le coût représente en moyenne 46 % du prix de revient du produit fini. C'est, dit-il, un marché excessivement étroit mais peu couru. Sa société prospecte en priorité les zones mirobolantes de la planète (Californie, Emirats,...) et celles où le luxe participe traditionnellement d'un certain art de vivre : Vernier réalise ainsi 65 % de son chiffre d'affaires en France, dont l'essentiel (60 %) à Paris, où la firme mouscronnoise a renouvelé la moquette de l'Assemblée nationale, du Ritz ou du bijoutier Cartier. Le genre de clientèle qui garnit pareillement le carnet de commandes du Tissage Alfred Flamme : une autre société mouscronnoise pour laquelle il n'est de bon bec que Paris, où son textile de maison comme son linge de table ont séduit le Georges V et la Tour d'Argent.

A l'inverse, ceux qui faisaient le métier du voisin ont disparu du paysage textile wallon : les bonnetiers ont fini par rendre leurs tabliers - l'habillement ne représente plus que 8 % du secteur - et beaucoup de filatures sont parties en quenouille. Malgré quoi l'arrondissement de Mouscron-Comines, qui concentre à lui seul 60 % de l'activité wallonne, a pu retricoter son pôle textile longtemps mis à mal par les faillites et les restructurations. Dans ce seul secteur, les aides du programme européen Objectif 1 ont favorisé en cinq ans plus de 4 milliards d'investissements et la création de 560 emplois en région mouscronnoise. Des firmes se sont installées : Signatiss, Art Color, Oriental Weavers, Belgalin, Screentex, Sioen, Deslée-Vanhoutte,... Venues de Flandre pour la plupart, elles requinquent aujourd'hui les statistiques du textile wallon : Mais il faut être de bon compte, objecte André Cochaux. L'histoire est là pour montrer que le textile mouscronnois a toujours été l'affaire des Français et des Flamands...

STEPHANE DETAILLE

Toute une année sans faillite...

Les responsables de Febeltex Wallonie-Bruxelles touchent du bois : depuis janvier 1997 et la faillite à Herseaux de la S.A. Sowatex, on n'a plus déploré aucune fermeture dans le textile wallon. Ici, on parle même d'une année 1997 positive. L'an passé, le volume de production du secteur a augmenté de 7 % en Wallonie. Avec une hausse de plus de... 100 % dans le sous-secteur de l'ennoblissement - activité qui consiste à travailler les matières pour leur donner les caractéristiques recherchées par le consommateur - qui ne représente toutefois que 5 % du textile wallon : ici, le boom est d'ailleurs imputable à l'implantation à Mouscron de quelques entreprises (flamandes) spécialisées, dont Sioen Industries, l'un des leaders mondiaux du tissu enduit. Infiniment mieux représenté, le fil technique (voir par ailleurs) a connu pour sa part une augmentation de 15 %. Les autres sous-secteurs sont moins bien lotis : état stationnaire dans les tapis et moquettes, légère diminution pour les filatures, déprime dans la bonneterie.

Le chiffre d'affaires (23 milliards) est en augmentation de 6 % : Une première depuis 1992, annonce la fédération patronale. Idem pour les exportations qui grimpent selon le même pourcentage : une amélioration liée pour une bonne part à la position moins concurrentielle de certaines devises par rapport au franc belge. Quant aux investissements, après une année 1996 historique - plus de 2 milliards, soit une hausse de 57 % par rapport à l'année précédente -, ils ont accusé l'an passé un léger tassement de l'ordre de 2,6 %. L'emploi, lui, est enfin stabilisé : le secteur occupe en Wallonie 5.700 travailleurs.

S.D.