Le vaccin contre la grippe ne sera pas obligatoire

SOUMOIS,FREDERIC

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Mardi 18 août 2009

P.3 Des soupçons de « génocide par le vaccin » empoisonnent le Net. De quoi inquiéter, à tort, ceux qui en bénéficieront. En tout libre arbitre.

A la mi-octobre au plus tôt, des milliers de vaccins contre le nouveau virus de la grippe A/H1N1 arriveront en Belgique. Notre pays en a commandé plus de 12 millions, de quoi vacciner tous les habitants. Mais il faudra déterminer des priorités, sur lesquelles les experts planchent. « Nous ne devrions pas nous écarter des recommandations de l’OMS », explique le professeur Yves Van Laethem, qui préside ce comité scientifique. En tête, le personnel de santé et les femmes enceintes, exposées à un risque quadruplé.

Mais, simultanément, des pétitions fleurissent sur internet et des plaintes sont déposées en Autriche et en France, qui affirment que ces plans généraux de vaccination n’auraient comme ambition qu’un génocide mondial, sous couvert de pandémie. Ces manipulations grossières et malfaisantes dissimulent un fait essentiel : les autorités belges n’ont jamais envisagé d’obliger quiconque à se vacciner. « Cela restera une décision individuelle. Seule la polio est une vaccination légalement obligatoire », garantit le docteur Daniel Reynders, de la cellule de crise Influenza. « Chacun devra peser avantage et inconvénient en fonction de sa propre situation et des personnes éventuellement affaiblies qui vous sont proches. Par ailleurs, la vaccination est aujourd’hui un geste sûr et sans contre-indications majeures. »

P.2 L’édito

Grippe : « Vaccin non obligatoire »

Santé Seul le vaccin infantile contre la polio est légalement imposé

Malgré la virulence réduite de la nouvelle grippe, l’inquiétude est parfois importante, alimentée par la prévention. Au point d’alimenter les pires dérives. Ainsi, depuis plusieurs jours circulent des plaintes déposées, en Autriche et en France, par des gens convaincus que la pandémie est un complot visant rien de moins qu’à dépeupler soit l’humanité, soit les Etats-Unis. Soit en injectant le futur vaccin, soit… en en privant certaines populations et pays, certains auteurs affirmant l’un ou l’autre de ces scénarios catastrophe. Faut-il le préciser ? Ces plaintes ne sont soutenues par aucune preuve factuelle, mais elles ont provoqué l’efflorescence de blogs qui invitent « à refuser la vaccination obligatoire prévue dans les prochains jours ».

Vaccination obligatoire ? Du côté des autorités belges, il n’en a jamais été question : « Il n’y a qu’une vaccination obligatoire en Belgique, c’est celle de la poliomyélite, à cause des conséquences que son absence provoquerait. Tous les autres vaccins infantiles du calendrier vaccinal (1) sont certes chaudement recommandés et pris en charge par les autorités publiques, mais ils ne sont pas obligatoires », explique le docteur Daniel Reynders, responsable de la cellule interministérielle de crise Influenza.

Une crèche, une école ou une entreprise peuvent-elles néanmoins l’imposer sous peine de ne pas ouvrir leurs portes ? « C’est de leur responsabilité en fonction du risque de contagion. La vaccination, c’est se protéger de la contamination soi-même, mais aussi tous les autres. Sous réserve d’une contre-indication, très rare pour les vaccins. Il y a toujours un très faible risque de choc anaphylactique (réaction allergique exacerbée), ce qui explique qu’on ne vaccine qu’en présence d’un médecin qui peut réagir. »

Pas plus grave

que la grippe saisonnière

Et pour la grippe ? « Jamais on ne forcera quiconque dans notre pays à se vacciner contre la grippe. Peut-être le demandera-t-on à certaines catégories professionnelles dans certaines circonstances exceptionnelles. Quelqu’un dont le métier est de faire des prélèvements sanguins doit se vacciner contre l’hépatite B, par exemple. Pour ne pas être contaminé et pour ne pas contaminer. Soyons sérieux : cette grippe n’est actuellement pas plus grave qu’une saisonnière, or, on n’exige pas le vaccin pour celle-ci. »

D’aucuns invoquent le droit à l’intégrité du corps et le droit au refus de traitement. « C’est vrai qu’une loi peut néanmoins forcer à se vacciner, explique Yves Van Laethem, spécialiste en maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Pierre de Bruxelles. Quand la variole faisait ses ravages, on ne disposait pas de traitement. La seule manière de l’éradiquer a été le vaccin général. Vacciner tout le monde diminue effectivement la circulation d’un virus. Si on a 77 ans et une maladie respiratoire chronique, il faudra mieux n’être entouré que de personnes déjà vaccinées. Mais les effets de cette grippe-ci n’imposent pas du tout une vaccination générale. Si, par contre, comme le H5N1, il tuait de 30 à 40 % des malades infectés, je crois que la question ne se poserait pas. Et que les gens donneraient leur bras. Ceci dit, même dans ce cas-ci, notre problème sera davantage de gérer une certaine pénurie, car les douze millions de doses n’arriveront pas simultanément, que de forcer quiconque. »

(1) Diphtérie, tétanos, coqueluche, hépatite B, haemophilus influenzae, rougeole, rubéole, oreillons, méningocoque, pneumocoque et rotavirus. Plus le HPV pour les filles.

P.2 L’édito

REPÈRES

Pour qui en priorité ?

La Belgique a commandé plus de 12 millions de doses de vaccin. De quoi vacciner tous les habitants. Mais les doses n’arriveront pas nécessairement d’un coup à la mi-octobre. Quels seront les premiers à pouvoir en bénéficier ?

« Nous devons encore trancher, explique le prof. Yves Van Laethem, qui préside le comité scientifique qui fera les recommandations en cette matière. Mais il y a peu de chances que nous nous écartions des recommandations de l’OMS. »

L’organisation énumère, après la nécessaire vaccination des professionnels de la santé, les groupes des femmes enceintes, des patients atteints d’une maladie chronique sévère (dont asthme et obésité morbide) de plus de 6 mois, les adultes entre 15 et 49 ans en bonne santé, les enfants en bonne santé afin de réduire la transmission (mais il y a controverse sur l’effet attendu), puis le groupe des 50 – 65 ans en bonne santé et enfin les plus de 65 ans en bonne santé. Ce modèle se fonde sans doute sur la circulation plus importante des 15 – 49 ans que les groupes d’âge plus élevés. Mais il reste discrètement muet sur le fait qu’il intègre une éventuelle différence de « valeur économique » résiduelle en fonction de l’âge. (Fr.So)