Le vieillissement plombe Leterme Ier

LAMQUIN,VERONIQUE

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Jeudi 3 juillet 2008

Budget Pensions et soins de santé devraient peser plus lourd que prévu les cinq prochaines années

Les chiffres s’amoncellent sur le bureau de Melchior Wathelet, secrétaire d’Etat (CDH) au Budget. Après les estimations de recettes fiscales (pas terrible), les réévaluations du taux d’inflation (catastrophique), juste avant le budget de la Sécu (vendredi), voici les chiffres du vieillissement… Tout droit sortis des cartons du Comité d’étude sur le vieillissement CEV.

Son président, Guy Quaden, commence par une bonne nouvelle : la situation n’a pas empiré. Du moins sur le long terme. Le par ailleurs gouverneur de la Banque nationale le prouve : le coût du vieillissement – autrement dit les dépenses supplémentaires que cela représente pour le budget de l’Etat, essentiellement en pensions et soins de santé – est estimé à 4,3 % du PIB pour la période 2007 – 2030 et à 6,3 % du PIB pour la tranche 2007 – 2050. Des estimations quasi identiques à celles calculées en 2007.

Pourtant, de bonnes nouvelles, puisées dans les prévisions démographiques revues et actualisées par l’Institut national de statistique et le Bureau du Plan, laissaient augurer un vent meilleur. La population belge est en effet en voie de rajeunissement, sous le double effet de l’augmentation du taux de fécondité (1,81 contre 1,74 en 2000) et de la hausse du nombre de migrants en pleine force de l’âge. Autrement dit, le nombre d’actifs cotisant au régime de pensions est en augmentation. Moins, toutefois, que le nombre de baby boomers reconvertis en papy boomers à la retraite ou sur le point de l’être.

39 % d’octogénaires en 2050

De plus en plus nombreux, ils vivent (et vivront) par ailleurs de plus en plus vieux : l’espérance de vie est aujourd’hui de 88,3 ans pour les femmes, 77,3 pour les hommes. En 2050, on devrait atteindre respectivement 89,7 et 84 ans de moyenne. « Aussi le coefficient de dépendance des âgés, soit le nombre de plus de 65 ans par rapport à la population active, est en forte augmentation, insiste Guy Quaden. Il est aujourd’hui de 25,9 %, il devrait atteindre 43,9 % en 2050. »

Par ailleurs, au sein des seniors, la part des plus de 80 ans ne cesse de croître : 27,1 % aujourd’hui, 39,4 % en 2050. « Or, on sait que les plus de 80 ans sont les plus grands consommateurs de soins de santé », souligne le président du CEV. Comme pour rappeler aux autorités fédérales l’importance de l’enjeu.

Message reçu par le secrétaire d’Etat au Budget… Qui a relevé la mauvaise nouvelle : à court terme, le vieillissement coûtera plus que prévu. En 2007, le CEV estimait que, d’ici 2013, l’Etat verrait son budget grevé par la hausse des pensions et soins de santé de l’équivalent de 0,7 % du PIB, aujourd’hui, on parle de 1,5 %. Une solide différence, à encaisser en cinq ans ! « Cela aura un impact sensible sur les finances publiques », concède le CEV. Un dérapage qui s’explique par la réduction de la croissance, l’augmentation des dépenses de pensions et l’évolution de l’indice santé. « Cela doit nous encourager à respecter nos objectifs, dit Melchior Wathelet. A savoir l’équilibre en 2008 et des surplus les années suivantes. » Histoire d’alimenter le fonds de vieillissement, destiné à supporter une partie des charges, et de réduire la dette publique. Le décor est planté pour le contrôle budgétaire, qui pourrait débuter ce vendredi.