Le Vrak, un jeu de l’oie du spectacle vivant
MAKEREEL,CATHERINE
Mercredi 8 février 2012
Le festival bruxellois plonge au cœur du processus de création des artistes en résidence à l’L.
A une époque qui laisse peu de place au tâtonnement, à la prise de risques, au simple fait de prendre son temps, l’L vogue à contre-courant en exposant ces objets scéniques en évolution, en questionnement, des moments de recherche qui ne deviendront peut-être jamais des pièces à part entière. A ces « objets en train de se faire » s’ajoutent quelques créations. Parmi elles, il faudra découvrir la bande d’Antoine Defoort, l’un des plus anciens artistes parmi ceux accompagnés à l’L.
Quatre créations sont nées de ce cheminement, depuis six ans, dont Cheval ou &, des spectacles qui ont depuis tourné partout, y compris dans le In du Festival d’Avignon, preuve qu’on trouve souvent des perles parmi les artistes sélectionnés par l’L. Entre-temps, Antoine Defoort a été rejoint par Julien Fournet qui se dit « diplômé en bricolage culturel, montant et démontant les ressorts des productions artistiques » et par Halory Goerger, « qui conçoit des spectacles et des installations au lieu de construire des maisons, parce que c’est mieux pour tout le monde ».
Pour dire adieu à l’L et voler de ses propres ailes, le bidouilleur-inventeur Antoine Defoort présente deux projets au Vrak : La la ré, interprétation du leitmotiv du Mépris, par trois voix et une vingtaine de cartons, mais aussi Le jeu de l’oie du spectacle vivant, qui se décline à la fois sous la forme d’une installation et d’un « atelier-jeu ».
A partir de leur propre vécu, Defoort-Goerger-Fournet ont découpé en 14 étapes les vicissitudes et atermoiements qui jalonnent le parcours de ceux qui veulent monter un spectacle. Ce jeu sera l’occasion d’une promenade libre ou accompagnée (et commentée) par Antoine Defoort, Julien Fournet et un invité surprise. Tout en jouant, l’équipe vous livre, à sa manière génialement je-m’en-foutiste, anecdotes, digressions et autres réflexions sur l’économie des arts de la scène.
Cette année, le reste de la programmation du Vrak regorge d’artistes dont nous avons déjà dit le plus grand bien, dont Clément Thirion, Aude Lachaise, Coline Struyf (qui nous a séduite avec Balistique terminale) ou encore Antoine Laubin (metteur en scène des mémorables Langues paternelles). On les retrouve ici dans de nouveaux chantiers forcément prometteurs. Pour le reste, les titres seuls ont de quoi nous faire saliver : le Bristophone de Brice Catherin, un « méga-instrument tentaculaire entre installation et scénographie, tout en étant parfaitement fonctionnel ». Ou encore Will-o’-the-wisp de Kevin Trappeniers, qui met en jeu les comportements subconscients, les excentricités dictées par les pulsions sexuelles et les « diktats obstinés » de l’esprit. Citons encore Übernatürliche Pizza de Natacha Nicora et Maxime Bodson, interrogeant les points communs entre la danse et la pizza, et Si j’apprends à pêcher, je mangerai toute ma vie de Pamina de Coulon, moment d’empirisme existentialiste sur un bout de banquise. Tout un programme, disponible pour un « pass » à 10 euros !
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