LE WEEK-END DES MAGICIENS SE TIENT A SAINT-GILLES A BUREAUX FERMES IL FAIT PARLER LES CRANES DEPUIS 50 ANS

VANTROYEN,JEAN-CLAUDE

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Mercredi 18 mars 1992

Le week-end des magiciens se tient à Saint-Gilles à bureaux fermés

Il fait parler les crânes depuis 50 ans

Prestidigitateur, illusionniste, escamoteur? Klingsor préfère le mot magicien. C'est le plus fascinant.

Parsifal est sur ses genoux. Son nom complet, c'est Parsifal de Castagnac. Il ronronne, le persan crème, enfouit sa tête sous le veston noir de son maître. Juju, lui, ne se fait pas câliner. Le félin noir de jais est plus sauvage. D'ailleurs, Klingsor- n'a jamais pu l'intégrer dans un de ses numéros de magie. Ce n'est pas comme Parsifal, qui s'est longuement prêté au jeu des illusions de son maître.

Klingsor, vous le connaissez, bien sûr. Vous l'avez déjà vu, dans un de ses numéros de prestidigitation. Ou dans un de ses numéros contre les charlatans, qu'ils s'appellent Uri Geller, guérisseurs philippins ou parapsychologues.

Nous, les illusionnistes, nous sommes honnêtes, dit-il. La prestidigitation, c'est un spectacle destiné à divertir le public. Le but n'est pas de tromper les spectateurs, mais de les amuser en les menant dans un royaume enchanté où tout est possible.

DEUX HEURES DE SPECTACLE

AU VAUDEVILLE

Klingsor fête ses cinquante ans de magie ce week-end des 21 et 22 mars, à l'occasion du 19e congrès international de la magie qui se tiendra à Saint-Gilles (1). Le grand illusionniste est-il si âgé? Non: il a commencé jeune! À 12 ans, Klingsor faisait déjà des tours devant sa famille et ses copains de l'athénée Blum de Schaerbeek.

Souvent, un magicien naît parce qu'il a été fasciné par un autre magicien. C'est mon cas. C'était la guerre en 1942. On avait organisé une fancy-fair au parc Josaphat, pour recueillir des fonds pour les soldats prisonniers en Allemagne. Il y avait un petit chapiteau, avec un magicien.

Et voilà le jeune Claude Isbecque - c'est son vrai nom - enthousiasmé. Il lit et pratique les tours de carte du «Journal de Mickey», reçoit une boîte du «Petit Magicien», découvre «Cent tours de cartes faciles» dans la bibliothèque paternelle.

J'ai été fouiller chez les bouquinistes de la galerie Hirsch et j'ai découvert «Tours de foulards» et j'ai fait des tours avec des foulards. L'année suivante, j'ai trouvé «Hydromagie» et j'ai fait des tours avec des liquides.

Son premier spectacle, c'est chez lui. Il phagocyte la maison familiale de Schaerbeek. Des représentations au rez, au second, dans les combles. Son premier spectacle à l'extérieur, c'est à l'athénée Blum de Schaerbeek.

J'avais des petits succès parmi les copains et la famille. C'est vrai, parfois mes tours rataient: je n'avais pas vraiment le matériel ad hoc, tout était bricolé. J'étais habile de mes mains. D'ailleurs, un bon prestidigitateur est d'abord un bon bricoleur.

Malgré tout, Claude Isbecque devient ingénieur agronome. Mais, avoue-t-il lui-même, ce n'était pas très drôle. Si bien qu'en 1968, il ne pratique plus que la magie.

Tout cela grâce à une élocution. Retour à l'athénée. Le jeune Claude décide de parler de Robert Houdin devant la classe, en présentant quelques tours. Succès. Et interpellation d'un camarade de classe qui allait devenir Jacques Joël, l'homme de théâtre: mon père est prestidigitateur amateur, il voudrait te rencontrer. Et Claude Isbecque entre dans le Cercle des prestidigitateurs de Belgique.

Dès l'année 1960, je faisais des spectacles de deux heures au Vaudeville.

À ce moment-là, Bruxelles regorge de lieux de spectacles. Le Vaudeville, l'Ancienne Belgique (dont il fait la dernière avec Jacques Brel et Annie Cordy), la Taverne du Palace, le Terminus Nord, le Métropole, le Vieux Bruxelles, la Capitale, le Parisiana, le Boeuf sur le toit...

LA QU ETE DU GRAAL

EST UN LONG VOYAGE

Et Klingsor - c'est le nom du magicien qui tente de contrer Parsifal dans la recherche du Graal - voyage. L'Europe, les États-Unis, le Japon, Taïpeh, le Mexique, le Zaïre, le Maroc. Aujourd'hui, il bouge encore: Bologne et Honolulu cet été, Juan-les-Pins l'année prochaine. Cinquante ans de métier, ça lasse?

Non, parce que la magie est très variée. On trouve de nouveaux effets, on applique de nouveaux procédés, on invente, on améliore, on voyage et on se fait des amis partout.

Aujourd'hui, Klingsor fait plutôt dans le spiritisme et la télépathie. Il montre un reliquaire qui a appartenu à Cagliostro, un crâne apparaît et parle. Il place un verre sous une pyramide transparente et le verre casse, à sa seule volonté.

C'est ça, la magie. Ça transgresse la logique, ce qui étonne le public et l'amuse parce que je présente les tours avec humour.

Smoking, chapeau haut-de-forme, moustaches lucifériennes, Klingsor- a cependant un côté Méphisto.

D'accord, avoue-t-il, mais je suis un Méphisto démystificateur...

JEAN-CLAUDE VANTROYEN

(1) Le 19e Congrès international de la magie se tient les 21 et 22 mars au Centre Jacques Franck, chaussée de Waterloo, 94, à Saint-Gilles. Plus de 25 concurrents, dont certains du Kazakhstan, du Canada, de Lituanie. Mais, hélas pour tous les amateurs, il n'y a déjà plus de place: le Congrès et son gala se tiennent à bureaux fermés. À moins de se cacher dans le chapeau du maître? Ne réveillez pas le lapin...