LÉO CAMPION

LANCELOT

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Jeudi 19 mars 1992

LÉO CAMPION

On nous permettra de saluer à notre tour le départ de Léo Campion (1905 - 1992). Il était, a-t-on dit, le dernier chansonnier (belge) de la grande époque des cabarets parisiens, mais il fut aussi un remarquable caricaturiste dont on reconnaissait au premier coup d'oeil le trait fin et rond et les personnages burlesques.

Nous étions, au temps de notre jeunesse, un fan de Léo Campion; nous aimions cet antifasciste engagé, cet humoriste qui se voulait subversif et qui avait des moments de poésie. Il confia, en 1982, aux éditions Le Cherche-Midi, un ultime manuscrit «Lexique pour rire illustré» d'une veine demeurée cocasse. Il y déclarait que le mariage était un acte de bravoure, que l'amour platonique ressemblait à l'amour conjugal et que l'anarchie était une belle culotte de l'idéal soutenue par les bretelles de l'utopie.

À propos de l'électricité, il rappelait cette stupéfiante anecdote: «Phénomène magique qui fait marcher paradoxalement les radiateurs et les réfrigérateurs. David Rockwel, qui inventa la chaise électrique, mourut électrocuté en réparant les plombs de sa maison de campagne». Il qualifiait ainsi les débordements: «Les fleuves et les femmes se livrent à des débordements. Les premiers en sortant de leur lit, les secondes en y entrant». Pour lui, la mort était un phénomène biologique dramatisé par les Occidentaux, et il citait ce mot de Shakespeare toujours d'actualité: «Celui qui meurt cette année en est quitte pour l'an prochain».

Il avait ajouté à son lexique un petit chapitre de locutions étrangères particulièrement irrévérencieux. Pour lui, la call-girl était une demoiselle qui répondait au téléphone, et il ajoutait: «Sainte Jeanne d'Arc (qui entendait des voix) est la patronne des call-girls». Enfin, nous lui devons ce bref dialogue entre un aide de camp et Napoléon: «Sire, le général Cambronne demande à vous voir». L'Empereur: «Je n'ai pas le temps». L'aide de camp: «Il n'a qu'un mot à vous dire». Napoléon: «Je le connais». Devinez...

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