les acteurs Jeunes croisés de la démocratie

MOUTON,OLIVIER

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Mercredi 9 novembre 2011

C’est ce qui s’appelle une belle histoire. Glamour et pleine de sens. Jan-Emmanuel De Neve est flamand, gantois pour être précis, et professeur d’économie dans une université de Londres. Sa fiancée, Aude-Line Dulière, est wallonne, namuroise pour être précis, et travaille dans un cabinet d’architectes de haut niveau dans la capitale anglaise. Ils s’aiment. Et ils sont soucieux de la situation politique en Belgique, de notre crise perpétuelle, de ces impasses et de ces opinions publiques qui s’affrontent.

« Après cinq cents jours sans un gouvernement démocratique, nous trouvions que trop si te veel, raconte Jan-Emmanuel De Neve. Et nous estimions que notre responsabilité à nous, jeune génération, consistait à réfléchir à des solutions à long terme pour éviter que de telles situations ne se reproduisent. » Il y a quelques mois, en juin, les amoureux citoyens se décident à agir.

Une pétition ambitieuse

S’emparant d’une idée qui circule sans se concrétiser, la mise en place d’une circonscription électorale fédérale permettant aux citoyens de voter pour des candidats de toute la Belgique, ils contactent les représentants des initiatives citoyennes qui ont fleuri au long de cette longue crise. Shame, qui a rassemblé trente-cinq mille personnes dans les rues de Bruxelles. Camping 16, qui a invité virtuellement les internautes à se rassembler devant le 16, rue de la Loi. Et plan B, qui réunit une trentaine de personnes « impliquées » pour chercher des alternatives à la crise. Dont Quentin Martens est le porte-parole. « Des groupes non politiques », insiste-t-il.

Ensemble, ils décident de lancer un appel le plus large possible. Une pétition via la Toile appelant à la mise en place de cette fameuse circonscription. « Nous savons qu’il y a de nombreux partisans de cette idée, y compris ans les milieux politiques, prolonge le jeune Gantois. Il manque une pression citoyenne pour la faire aboutir. »

« Nous, au sein de plan B, voulons faire en sorte que la nouvelle génération réapprenne à se parler et à se connaître, souligne Quentin Martens. Nous organisons des rencontres entre les jeunes des partis par-delà la frontière linguistique, par exemple. Il faut à tout prix éviter qu’une telle crise ne se reproduise. Never again ! »

Tous deux insistent sur le caractère pragmatique de leur initiative. Il ne s’agit pas de sauver la Belgique, ni d’aller à l’encontre du mouvement centrifuge qui renforce l’autonomie des Régions et Communautés. Non, juste de rétablir du dialogue susceptible de faire fonctionner l’Etat fédéral.

« Nous sommes issus de la génération Erasmus, nous avons vécu à l’étranger et nous sommes conscients de ce que représente le modèle belge, prolonge Quentin Martens. Il faut rassembler les forces. Nous espérons faire un raz-de-marée dans ce sens. Les gens semblent désemparés face à la crise politique. Or, il suffit de changer un article dans la Constitution pour instituer cette circonscription fédérale et mettre simplement de l’huile dans les rouages. C’est une question de bon sens. » « Un souci d’efficacité aussi, complète Jan-Emmanuel De Neve. Et une façon de gommer le déficit démocratique actuel. »

Ces « petits jeunes » partent au combat avec leur idéalisme en avant. Parce que « c’est maintenant ou jamais », clament-ils. « Ce n’est pas normal que les Flamands auront sans doute un Premier ministre pour lequel ils n’ont pas voté ! » Or, les citoyens peuvent agir ! Et leur initiative a d’ores et déjà recueilli la signature de personnalités de divers horizons : Axelle Red, Benoît Poelvoorde, Jaco van Dormael, Tom Lanoye, Paul De Grauwe, Gérard Mortier, Etienne de Callataÿ, Philippe Van Parijs, Dave Sinardet…

www.be4democracy.be

Quentin Martens Jan-Emmanuel De NeveIls ont respectivement 28 et 32 ans. Citoyens engagés, ils portent

Quentin Martens

Jan-Emmanuel De Neve

Ils ont respectivement 28 et 32 ans. Citoyens engagés, ils portent à bras-le-corps une pétition appelant à l’instauration en Belgique d’une circonscription fédérale. Avec l’appui de personnalités de tous les horizons – académiques, culturels, économiques… Tous deux estiment que la jeune génération doit faire entendre sa voix. Parce qu’une formation de gouvernement dépassant les 500 jours, c’est inacceptable.