Budget : les coulisses des festivals

COLJON,THIERRY

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Mercredi 13 juillet 2011

Musique Le festival de Glastonbury en perte financière et Dour au top

Demain, jeudi, s’ouvre la 23e édition du festival de Dour. Après les éditions sold-out de 2007, 2008 et 2009, on sait déjà que l’édition 2011 sera celle d’un nouveau record. Le terrain a été élargi de telle façon qu’il pourra accueillir, ce week-end, jusqu’à 160.000 personnes. Rock Werchter, début juillet, annonçait également avoir battu ses records d’affluence, avec plus de 330.000 personnes (83.000 festivaliers par jour !). L’organisation en Belgique de festivals rock est donc une petite entreprise très rentable. Mais, apparemment, il n’en va pas de même partout. C’est ainsi que l’annonce par Michael Eavis, 75 ans, fondateur du plus ancien et plus célèbre des festivals du genre, Glastonbury, a-t-il résonné comme un coup de tonnerre dans un ciel noir.

Selon Michael Eavis, cité par Libération, le festival de Glastonbury n’aurait plus que trois ou quatre éditions à vivre. La quarante et unième édition qui vient de se dérouler du 22 au 26 juin a pourtant fait le plein. U2, Beyoncé et Radiohead ne furent que trois des nombreuses têtes d’affiche. Tous les tickets étaient vendus dès l’ouverture des préventes le 3 octobre. Avant même que la moindre tête d’affiche soit annoncée. Et pourtant : aujourd’hui, Michael Eavis annonce une perte pour 2011 de 22 millions de livres (25 millions d’euros).

D’autres chiffres touchent à la folie : Glastonbury, c’est 4,45 km2, plus de 2.000 performances sur 80 scènes, c’est 800 stands et un impact économique de 73 millions de livres (dont 2 millions reversés à trois ONG : Greenpeace, Oxfam et WaterAid). Tout cela, sur quatre jours, pour 137.500 festivaliers, par jours : un véritable barnum… aux pieds d’argile visiblement. Quand on pense que le festival anglais s’est tenu la première fois en 1970, le lendemain de la mort de Jimi Hendrix, sur un terrain de 150 hectares, pour 15.000 personnes, à l’instigation d’un fermier du Somerset qui est toujours à la tête de l’entreprise, on aura compris que seule la folie des grandeurs aura raison du festival. Michael Eavis annonce qu’il fera l’impasse sur 2012 (en raison des J.O.) mais reviendra en 2013, le 26 juin.

Les raisons invoquées pour son revers financier de 2011 ? Il ne s’en cache pas : la première cause est le cachet pharaonique demandé par U2 et Beyoncé. Les groupes – en pleine crise du disque – font monter les enchères, comptant notamment sur les festivals du sud et de l’est de l’Europe qui cassent les prix, avec des offres indécentes. Le marché des festivals rock, de son propre aveu, est totalement saturé.

Alex Stevens, responsable des relations publiques du festival de Dour, ne craint pas pour le festival créé et dirigé par Carlo Di Antonio : « On ne fonctionne pas avec les mêmes budgets que Glastonbury, nous a-t-il confirmé hier. Nous ne sommes pas dans cette surenchère de méga-têtes d’affiche. On reste toujours raisonnable avec une affiche diversifiée. Il arrive qu’on accepte un cachet de cent mille euros pour un ou deux artistes, pas plus. La majorité des cachets tournent entre 10.000 et 30.000 euros. »

Le budget du festival de Dour est de trois millions d’euros. Les subsides de la Communauté française (en soutien de la programmation d’artistes belges) s’élèvent à 100.000 euros et les sponsors apportent environ 10 % : « Le tiers du budget va à la programmation, un tiers aux salaires et un tiers à l’organisation des scènes et aux fournisseurs. Nous savons que notre public est très jeune, donc nous gardons un prix du ticket raisonnable (100 euros le combi 4 jours). Le parking est gratuit, tout comme les navettes entre la gare et le site du festival. Contrairement à Glastonbury qui sous-traite énormément, nous gérons nous-mêmes les stands de boissons et de nourritures. Nous avons agrandi le site non pas pour faire plus de monde mais pour un plus grand confort du festivalier. Il y aura par exemple un terrain de foot pour se détendre. Cela fait dix ans seulement que le festival est rentable et encore, au regard du bénéfice, le risque encouru par rapport au budget fait peur. »

Un festival qui monte en France, c’est Rock en Seine, avec, du 26 au 28 août, sa neuvième édition. Avec, en tête d’affiche, Arctic Monkeys, Archive et Foo Fighters. François Missonnier, son directeur, est abasourdi quand nous lui parlons de la situation dans laquelle s’est mise Glastonbury : « Ça m’étonne beaucoup, de fait, surtout quand on voit la billetterie qu’ils font. Mais là, on ne joue pas dans la même cour. L’an dernier, on a fait 105.000 personnes sur les trois jours, avec un budget de 6 millions d’euros dont le tiers pour l’artistique. Tout est une question de bonne gestion. On calcule les cachets en fonction d’une enveloppe globale. Mais c’est vrai que depuis cinq ou six ans, c’est une vraie inflation. »

les acteurs

Dour.

Créé par l’actuel député et bourgmestre CDH Carlo Di Antonio, le festival de Dour est une vraie réussite. Il attire un public jeune et transfrontalier, attiré par une affiche alternative. Il réunira cette semaine

autour de 150.000 spectateurs. Il reste quelques tickets mais plus de places dans le camping. Infos : www.dourfestival.be et dans le Mad.

Werchter.

Werchter.

Né en 1954, Herman Schueremans a créé en 1977, le festival rock de Torhout-Werchter. Qui, recentré sur Werchter, est devenu un des leaders du genre en Europe. Député Open-VLD depuis 2004, Schueremans dirige en Belgique l’agence Live Nation et tient à rester discret côté budgets et chiffre d’affaires. Pour vivre heureux...