LES ATELIERS PROTEGES LIEGEOIS REFUSENT L'EXCLUSION DELOYALE

DEPAS,GUY

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Mardi 27 septembre 1994

La dignité par le travail et l'intégration de la différence

Les ateliers protégés liégeois

refusent l'exclusion déloyale

En province de Liège, 17 ateliers protégés occupent 1.400 handicapés: un maillon - contesté - dans la chaîne de la solidarité sociale...

Sept cent dix millions: c'est le montant annuel de la masse salariale globalement payée par l'ensemble de ces dix-sept «unités industrielles» (1). Ces 710 millions et 1.400 travailleurs protégés ont généré, l'an dernier, un chiffre d'affaires de 485 millions, représentant de la sous-traitance (2) pour l'esssentiel. Qu'est-ce que la différence entre la masse salariale et le montant facturé? Sinon la rançon de la primauté à la dignité humaine sur l'impératif économique...

Nets d'impôt et charges sociales (régime général), les salaires promérités par l'ensemble des 1.400 ouvriers protégés liégeois (minimum légal de 139,94 F de l'heure) sont d'un peu moins de 400 millions par an, soit une moyenne de 265.000 F par personne, s'ajoutant aux allocations de handicap. Quant aux subsides sur salaires - variables selon la nature du handicap: 123.500 F par handicapé physique, 262.605 F par handicapé sensoriel et 328.790 F par handicapé mental -, ils se monteraient, pour l'ensemble de la province (90 % de déficients mentaux en ateliers) à un peu plus de 390 millions par an.

De toutes les formes d'exclusion - problème dont débattaient publiquement hier, à Liège, l'abbé Pierre, Martine Aubry, Jean Gandois et Philippe Maystadt, à l'invitation de Louis Smal, président de la CSC -, le rejet pour cause de handicap physique ou mental est sans doute la plus perfide. La réintégration des victimes est d'autant plus délicate qu'opérant par l'affirmation du droit au travail, ses artisans s'insèrent dans un rapport économique et social en voie de dérapage. Bref, mal connus, les ateliers protégés se plaignent d'être mal perçus, voire accusés de déloyauté commerciale par la contrepropagande que leur font certains milieux industriels. Sont-ils concurrentiels parce que subsidiés ou... subsidiés parce que structurellement hors marché comme en dispose la loi de 1963 sur l'emploi protégé? Le problème est complexe, ce qu'ils produisent étant, dans la plupart des cas, proprement «impayable» pour une entreprise normale.

C'est l'argumentaire que leur fédération, en province de Liège, a décidé de développer, de toute manière, notamment en participant, à la fin du mois prochain, au salon Initiatives. L'objectif poursuivi s'entend comme un défi: après l'avoir intégrée dans le tissu productif du bassin, y faire admettre la différence comme un acteur du débat économique, concertation sociale comprise.

GUY DEPAS

(1) Eupen, New Moresnet, Malmédy, Verviers, Liège, Huy, Seraing, Battice, Bassenge, Medell et Waremme.

(2) Gravure, imprimerie, mailing, reliure, ébénisterie, caisserie, menuiserie, décoration, conditionnements, tirage-comptage, électricité, électronique, informatique, restauration, jardinage, matériel médical, fabrications métalliques, auto, couture, etc.