LES BELGES À la libération, des milliers de jeunes Belges se mettent au service des Alliés. D'autres combattent aux côtés des Britanniques sous l'uniforme SAS. D'aucuns se retrouvent bientôt sous le feu ennemi en Ardenne. ÉRIC BURGRAFF

BURGRAFF,ERIC

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Jeudi 16 décembre 2004

LES BELGES

À la libération, des milliers de jeunes Belges se mettent au service des Alliés. D'autres combattent aux côtés des Britanniques sous l'uniforme SAS. D'aucuns se retrouvent bientôt sous le feu ennemi en Ardenne. ÉRIC BURGRAFF

L'histoire militaire montre que dans la plupart des conflits, les droits qu'un pays membre d'une alliance peut avoir aux avantages de la victoire sont généralement fonction des efforts militaires que cette nation a consenti pour atteindre la victoire finale. Ces propos du colonel d'aviation Jamart, historien du 4e Bataillon de Fusiliers, mettent en lumière les efforts du gouvernement belge de Londres pour faire entrer coûte que coûte la Belgique dans les opérations militaires de libération de l'Europe aux côtés des Alliés.

C'est dans ce contexte que fut d'ailleurs constituée, bien avant la libération, la célèbre Brigade Piron. Aux ordres des Britanniques, elle était en phase de reconstitution et d'entraînement lors du déclenchement de la Bataille des Ardennes, à laquelle elle ne participera pas, se réservant pour le front de Hollande où elle n'allait pas tarder à se distinguer.

Dès la fin de l'été 44, les autorités belges multiplient les appels aux volontaires de guerre. Dix-huit mille hommes furent intégrés dans douze bataillons de fusiliers et quatre groupes de pionniers. À l'automne de la même année, les Alliés demandent un nouvel effort à la Belgique. En tout, nous avons eu 53.000 volontaires de guerre, indique le professeur Francis Balace. C'était d'ailleurs un moyen de vider la résistance : « Vous en voulez ? Et bien cessez d'envahir les rues et engagez-vous ! ». Les bataillons de fusiliers seront mis à la disposition des Américains pour réaliser des tâches auxiliaires : garder des points sensibles, les dépôts d'essences, les camps de regroupement.

Confirmation avec Guy Blockmans, « le » spécialiste de la Bataille des Ardennes à l'Office de promotion du tourisme Wallonie-Bruxelles : La Belgique a voulu éviter que se reproduisent ici les problèmes vécus en France peu de temps auparavant : débordements, règlements de compte, oppositions entre forces politiques issues de la résistance. Les bataillons ainsi constitués seront utilisés par les Alliés pour garder ponts, prisonniers et dépôts. Ça permettait aux Américains, débarrassés de ces tâches de « permanence », d'envoyer un maximum d'hommes au front.

Ainsi donc, lors de la contre-offensive allemande la mi-décembre, quelques centaines de militaires belges se retrouvent pris dans la tourmente, notamment ceux du Ve Bataillon. Ils avaient reçu pour mission la garde d'un important dépôt d'essence près de Stavelot. Il s'agit d'une énorme réserve de dizaines de milliers de jerrycans alignés sur six kilomètres. Un point stratégique en fait, dont Peiper, à la tête d'une colonne de chars, rêvait secrètement. Rusés, les militaires belges entreprennent de mettre le feu... aux premières rangées de jerrycans, provoquant un gigantesque mur de flammes.

D'autres unités des IIe, Ve et VIe Bataillons de fusiliers participeront aux missions d'arrière-garde de l'armée US ou de protection de postes de communication à Eupen ou Steinebrück.

Discrètement mais sûrement, une autre unité s'engouffrera dans la bataille : les SAS - Special Air Service - du major Édouard Blondeel, intégrés dans la VIe Armée britannique. Ces paras, formés deux années durant en Écosse, seront largués derrière les lignes ennemies en France à plusieurs reprises à partir de juillet 44. En mission de reconnaissance, ils rapporteront de précieuses informations aux Alliés.

En novembre 44, réorganisés en escadrons de reconnaissance dotés de jeeps blindées, les hommes du major Blondeel ne tarderont pas à rejoindre l'Ardenne. Leur job : effectuer des patrouilles de reconnaissance offensive, protéger le flanc droit de l'armée britannique, établir la liaison avec les SAS français... Des missions à haut risque, au coeur de régions minées, encore aux mains des Allemands. Du 27 décembre au 12 janvier, ils titilleront l'ennemi à la pointe de son avancée : Wavreille, Mirwart, Awenne, Champlon, Bure.

Bure... l'histoire retiendra que trois militaires belges y perdront la vie. Ayant reçu l'ordre d'occuper la colline de Bure, le lieutenant Paul Renkin se met en devoir de réduire au silence un canon antichar. Mission accomplie... non sans essuyer, au moment de vider les lieux, le feu d'une autre pièce d'artillerie. Paul Renkin et les soldats Claude de Villermont et Émile Lorphèvre, y perdront la vie. C'était le 31 décembre 44, à quelques heures de l'année nouvelle.