LES BERETS ROUGES CONTRE LA GUERRE DE LA COMPETITIVITE

VAES,BENEDICTE

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Lundi 10 juin 1996

Les bérets rouges contre la guerre de la compétitivité

Télescopage des dates : la centrale des métallos de la FGTB a bouclé, samedi, son 57e congrès statutaire, au lendemain des violents incidents de Namur. Sous le slogan «Clabecq vivra», les métallos ont voté le soutien intégral à ce combat et la demande de toutes les aides nécessaires, publiques et industrielles, pour la survie des Forges.

Au-delà du drame qui se joue dans le Brabant wallon, les débats des métallos - dont certains se surnomment : «les bérets rouges du mouvement ouvrier» - ont porté sur la guerre économique que se livrent les grands groupes financiers au nom de la compétitivité. Et sur ses conséquences : effondrement de pans entiers de l'industie ou restructuration continue, dans la sidérurgie, les chantiers navals, les non-ferreux.

Dénonçant la «logique de mort de la compétitivité», certains délégués, surtout flamands, avaient des accents identiques à ceux de Riccardo Petrella. Les rouges métallos ont dénoncé le libéralisme politique mondial et sa stratégie de recherche absolue de coûts de production les plus bas possibles.

Quel remède au laminage de l'emploi ? La réduction du temps de travail, sans perte de salaire ou de revenus, a été martelée dans la plupart des interventions. Les métallos invoquent plusieurs recettes : réduction des cotisations de Sécu, recyclage des allocations de chômage ou utilisation des gains de productivité. L'important, c'est que la dynamique s'installe. Ils appellent les autorités publiques à dépasser les blocages doctrinaux du patronat.

Invités à plancher sur le thème «La concertation sociale à la dérive», les métallos se félicitentdu rejet par la FGTB d'un «contrat d'avenir» qui aurait ligoté délégués et travailleurs pour longtemps. Ils en concluent que leur syndicat a conservé sa capacité de résistance et de contestation face aux multiples périls qui s'annoncent.

Arrêtons, ont dit certains, de pleurer sur la fin de la concertation. Quand les travailleurs refusent de faux pactes sociaux, en Allemagne ou en Belgique, la concertation n'est pas morte pour autant. Dans les entreprises, nous sommes appelés plus souvent qu'hier à la table de négociations. Ce qui a changé, c'est l'intrusion du pouvoir politique, qui pèse sur la concertation. Il nous dit : avec vous si c'est possible, sans vous si c'est nécessaire.

D'autres ont insisté sur l'éclatement du monde du travail : nous risquons d'évoluer vers un syndicat qui se concentrera sur les travailleurs de grosses entreprises avec des gros salaires, qui sera environné d'un réseau flexible d'intérimaires, de précaires, de sous-traitants. Gare aux ruptures de solidarité !

REFORME DES PENSIONS

Sur le plan plus politique, les métallos affûtent leurs armes avant la réforme de la Sécurité sociale. Ils refusent Le compromis élaboré par le sommet de la FGTB visant à calculer la pension de tous, hommes-femmes, sur base de 43 ans de carrière. Rappelons que l'Europe impose l'égalité entre les pensions des femmes (calculées aujourd'hui en 40e) et celles des hommes (en 45e) Redoutant un alignement vers le bas, qui réduirait la pension des femmes, la FGTB propose de «couper la poire en deux», en calculant toutes les pensions en 43e. Pour les métallos, c'est non. Ils veulent pour les hommes le calcul en 40e.

Sans quoi, dit un délégué de VW-Forest, les ouvriers se retrouveront chômeurs âgés. Sur la chaîne, on est usé à 50 ans. Avant, les plus âgés étaient dirigés vers des travaux de finition. Aujourd'hui, ces départements sont passés à la sous-traitance.

La centrale du métal FGTB pèsera-t-elle sur le congrès du PS, le 29 juin ? Certains ont appelé leurs camarades, non à politiser le syndicat, mais à syndicaliser la politique. Avec prudence : si nous intensifions nos critiques, le risque est grand que notre base se détourne du PS et du SP pour aller non plus à gauche, mais vers l'extrême droite. PS et SP restent-ils les relais privilégiés ? Réponse au congrès politique, que les métallos tiendront dans les deux ans.

BÉNÉDICTE VAES