Les candidats d'origine étrangère sont-ils des attrape-voix ou des militants du renouveau démocratique? Le jeu de la citoyenneté, version turque

VAES,BENEDICTE

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Jeudi 5 octobre 2000

Les candidats d'origine étrangère sont-ils des attrape-voix ou des militants du renouveau démocratique? Le jeu de la citoyenneté, version turque

Pour la première fois, des «nouveaux Belges» d'origine turque se présentent en force, aux communales. Cette semaine, un débat était organisé entre candidats d'origine turque de St-Josse et Schaerbeek. En français: Les Belges doivent savoir, explique le sociologue Ural Manço (St-Louis) pourquoi vous avez décidé de jouer le jeu de la citoyenneté. Un seul choisit de ne parler qu'en turc: un candidat écolo, M. Özdemir. Une étudiante turco-belge s'offusque: S'il est élu, quelle langue parlera-t-il au conseil communal?

Epreuve n o 1: comment ont-ils choisi la liste pour laquelle ils concourent? Emir Kir et Osman Saglan (Liste du bourgmestre), invoquent l'ouverture aux étrangers manifestée par le PS à Saint-Josse et veulent poursuivre l'oeuvre de Guy Cudell.

Côté PSC, un des candidats, Faki Celik, est délégué syndical CSC dans le nettoyage, il a franchi le pas politique pour s'occuper des intérêts de tous. Ibrahim Erkan, philosophe et polyglotte, privilégiele centre et veut être utile à son prochain.

Nurinissa Balci, tête de liste écolo à Saint-Josse, sympathise depuis longtemps avec les verts. Dont elle a le profil: engagement dans le non-marchand, la formation des femmes,les comités de quartier.

Sevket Temis a choisi le FDF parce qu'il s'adresse à toutes les classes sociales. Mustafa Öztürk préfère le PRL parce qu'il est à droite du centre et que son président, Daniel Ducarme, a déménagé à Schaerbeek pour faire bouger les choses.

Un monsieur âgé très digne se lève et décline une complainte sur les ennuis que lui a valus la loi Gol. La politique du PRL a-t-elle vraiment changé?

La salle s'échauffe. Le PRL a changé lentement mais sûrement , réplique un Turc «bleu». Un partisan de la Liste du bourgmestre (Francis Duriau) s'énerve: Le PRL n'a changé que l'étiquette. Contre-feu libéral: C'est la Liste du bourgmestre qui a accepté des échevins nolsistes! Un des candidats veut calmer le jeu: Schaerbeek a toujours été à droite, et St-Josse, à gauche. On s'est mis du côté du plus fort. Un autre fait remarquer: C'est normal qu'on se rapproche de la droite. En Turquie, 80 % des partis sont à droite.

Ce discours ne plaît pas à Nefvel Morcimen, seul conseiller communal turc élu à ce jour (à Fleron): Vous ne serez pas seulement des élus des Turcs mais de toute la population. La salle approuve bruyamment.

Epreuve n o 2: les candidats se sentent-ils des attrape-voix? Mme Balci pose crûment le problème: On vient recruter jusque dans les cours d'éducation permanente. Tous les partis veulent avoir leur «nouveau Belge». Après quoi, on les force à se démener comme des fous pour faire des voix. Pour moi, mettre des gens à la 19e ou à la 20e place, ce n'est pas de la participation politique. D'autres se réfugient dans un discours plus convenu: pour avoir droit à laparole, il faut s'affilier dans un parti, y militer, il faut le temps, etc.

M me Baci insiste: Pour une femme, c'est très difficile de faire campagne. On est prise à partie personnellement, d'une manière assez écoeurante . Le professeur Manço tente de donner la parole aux femmes. En vain. Les hommes la monopolisent.

De la salle part une question perfide sur la «double appartenance»: certains militent-ils à la fois pour un parti belge et un parti turc? Elle vise les liens qu'un candidat pourrait avoir avec les «Loups gris» (fascistes) ou Mili Gorus (association proche du parti islamiste). La plupart des candidats s'en indignent. Ils ne sont enracinés, disent-ils, que dans un parti belge. Mais l'un ou l'autre donne des réponses ambiguës: Ce que vous citez fait partie des richesses de la communauté turque, dit M. Kökten. Toutes ces associations sont légales , dit un autre. L'interpellateur s'énerve: Le Vlaams Blok est légal, lui aussi .

Dans la salle, un observateur fait remarquer qu'en dressant leurs listes, les partis devraient être un peu plus attentifs à la complexité des communautés d'origine étrangère. La pêche aux voix ne peut aboutir à mettre sur le même pied le «Turc de service» et des candidats dont l'engagement, dépassant les intérêts de sa seule communauté, élargit la démocratie.

BÉNÉDICTE VAES