Les « Cent jours » du recteur

LAMBERT,EDDY

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Vendredi 23 décembre 2005

ULg Bernard Rentier dresse un bilan positif après trois mois d'activités

Davantage d'étudiants, de moyens pour la recherche, de synergies avec les hautes écoles... C'est de bon augure.

Elu en mai, entré en fonction en octobre, le recteur de l'ULg, Bernard Rentier, a invité la presse, jeudi, à Colonster, pour livrer son « bilan des Cent jours ». Enfin presque. « Je ne suis pas tout à fait à cent jours. J'ai encore droit à deux, trois semaines d'état de grâce... »

Que ce soit cent jours ou un peu moins, Bernard Rentier n'a pas vu le temps passer. Le conseil d'administration s'est déjà réuni à quatre reprises depuis qu'il est recteur. La première fois le jour même de sa prise de fonction. La dernière, la semaine passée, pour le vote du budget 2006.

Le recteur n'était pas seul, bien au contraire, pour évoquer ces dernières semaines et l'avenir. L'homme consensuel qu'il est était entouré du vice-recteur, de l'administrateur, de la directrice générale, de ses conseillers (tous professeurs) formant le collège rectoral et des principaux responsables administratifs. Mais il avait assez à dire pour garder la parole.

Il a commencé par revenir sur la restructuration de son institution entreprise par son devancier, Willy Legros. L'ULg a été réorganisée en quarante-deux départements - il espère abaisser ce chiffre à quinze ou vingt en créant des départements polyfacultaires. La « départementalisation » a entraîné la non-titularisation des cours. « Les enseignements n'appartiennent plus aux gens mais aux départements, explique-t-il. Cette souplesse permet un roulement, un rafraîchissement des idées. Le professeur, qui à la base est un chercheur, peut partir faire des recherches : ses enseignements sont redistribués au sein du département. »

Pour ce qui est de la gouvernance et de l'organisation, le recteur signale qu'une nouvelle évaluation va être demandée à l'Association des universités européennes.

Pour le reste, il a passé en revue les dossiers sur lesquels il a avancé et qui seront des priorités au long de son mandat, comme le soutien à la recherche ou la coopération avec les hautes écoles.

Les premiers bacs en forte croissance

La rentrée et les étudiants

Les autorités académiques se réjouissent des chiffres de la rentrée 2005. Avec précaution cependant : il ne s'agit encore que d'inscriptions (et non d'étudiants financés) et les données doivent être affinées. N'empêche, l'ULg a inscrit 15.690 étudiants, dont 3.860 nouveaux (deux cents de plus par rapport à 2004).

La croissance est forte chez les premiers bacs : 2.919 étudiants contre 2.726 en 2004 et 2.164 en 2003. Huit cents supplémentaires en deux ans : l'équivalent de deux gros amphithéâtres ! Ne seront-ils pas à l'étroit dans les auditoires ? « On a les infrastructures pour les premiers bacs, répond Monique Marcourt, directrice générale de l'enseignement et de la formation, mais il faudra voir si les locaux seront toujours adaptés pour eux dans les prochaines années. »

La médecine a la cote malgré le numerus clausus après la première année. A l'inverse, les sciences appliquées sont en baisse : 226 premiers bacs ingénieurs contre 243 en 2004. « Selon le Cref (Conseil des recteurs des universités francophones), il y a une chute dans toutes les écoles d'ingénieurs », précise le recteur.

Celui-ci a annoncé la construction d'un nouveau restaurant universitaire au Sart-Tilman, entre l'institut de chimie et l'arrêt de bus. Et cela en remplacement de l'actuel (le « Bunker ») qu'il souhaite aménager en Maison des étudiants (avec salles d'étude, « book store »...). Le recteur veut « redonner à cette zone une vie étudiante particulière ».

Des incitants pour les chercheurs

le budget et la recherche

Le conseil d'administration de l'ULg a voté le budget, la semaine dernière. Un budget en équilibre de 250 millions d'euros - c'est un peu moins de la moitié du budget de la Ville de Liège.

L'ULg reçoit 116 millions de son pouvoir organisateur, la Communauté française. La différence (134 millions) découle des contrats de recherche que décroche l'ULg, dans le cadre des programmes européens notamment. Le ratio dotation publique-recettes extérieures s'est inversé depuis quelques années. Une moitié du budget est consacrée à l'enseignement, l'autre à la recherche : ce n'est plus seulement une université, mais une entreprise aussi.

Le nouveau recteur a déjà pris des mesures pour soutenir davantage la recherche. Son prédécesseur ayant assaini les finances, l'ULg retrouve une capacité d'investissement. Un budget supplémentaire de 4 millions d'euros est affecté à la recherche, doublant les moyens alloués par la Communauté. « On donnera des incitants financiers aux chercheurs qui veulent venir chez nous, aux nôtres qui veulent aller à l'étranger, aux promoteurs de doctorat... », explique le recteur.

L'ULg, ajoute Bernard Rentier, s'intègre dans le plan de relance de la Wallonie (plan Marshall). C'est la première université à avoir « un panel complet de spécialistes » dans les cinq domaines stratégiques du plan : sciences du vivant ; agroalimentaire ; ingénierie mécanique ; transport, logistique et mobilité ; aéronautique et spatial.

Une formation adaptée en chemin

les fusions et le pôle mosan

L'ULg a digéré la double fusion mitonnée par le précédent recteur Willy Legros et Bernard Rentier, alors vice-recteur. D'une part, avec la haute école de commerce HEC (créant l'école de gestion HEC-ULg), de l'autre, avec la FUL (Fondation universitaire luxembourgeoise), devenue le département des sciences de l'environnement de l'ULg. « Ça fonctionne bien », constate Bernard Rentier.

Le nouveau recteur ne compte pas s'arrêter là. Si la ministre de l'Enseignement supérieur a décrété un moratoire sur les fusions, il négocie alors des associations. Des accords sont annoncés avec les hautes écoles Schuman et Blaise Pascal (province de Luxembourg), et Charlemagne (Liège).

Le Pôle mosan (réunissant l'ULg, la faculté universitaire de Gembloux et une vingtaine d'écoles supérieures) n'est toutefois pas jeté aux oubliettes. « Il est resté dans les tiroirs, admet le recteur. Mon intention est de relancer le processus. »

Mais pas pour y faire n'importe quoi... Le recteur a une idée précise des synergies à développer. Plus que des passerelles entre filières, il voudrait offrir une formation personnalisée. « Un parcours adapté en cours de route, ce qui fait appel à une flexibilité. On commence par des essais pilotes avec Schuman et Charlemagne. Si je relance le Pôle mosan, c'est dans cette optique-là. On verra qui accepte de jouer dans la pièce... » Une réunion est prévue début janvier.