Les combattants de l'amiante

SAINTGHISLAIN,VALERY

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Mardi 17 avril 2007

Mons Le collectif des anciens de Coverit ne baisse pas les bras

Le 27 avril à Harmignies, ils inaugureront une stèle au cimetière. Déjà 129 morts sur 250 ex-travailleurs.

L'amiante est sans doute le meilleur matériau au monde. Sans doute aussi le plus dangereux pour l'Homme. » Vivian Lescot sait de quoi il parle. Cet ancien employé de Coverit est l'un des 250 survivants de cette usine liée au groupe Eternit où, jusqu'en 1987, on a transformé la fibre minérale naturelle.

Avec Brigitte De Clercq, qui a perdu son mari, et Michel Verniers, celui qui, le premier, a établi un lien statistique de causalité entre les cancers et la mortalité des anciens de Coverit, il s'est engagé dans une lutte de longue haleine pour la reconnaissance des victimes de l'amiante. Ensemble, voici quatre ans, ils ont fondé le collectif « Amiante-Produits dangereux », au sein de la CSC Mons-La Louvière. D'abord, pour défendre les intérêts des anciens travailleurs et de leurs proches.

Chez Coverit, ils sont 129 à avoir péri aujourd'hui. Épaulé par la CSC, le collectif est vigilant. « Le fonds Amiante, censé indemniser les victimes, devrait être opérationnel depuis le 1er avril. Mais il ne l'est pas cas car l'arrêté royal n'a pas été signé », déplore Eric Caudron, permanent CSC et coordinateur du collectif. Les victimes ou leurs proches ne peuvent toujours pas obtenir de dédommagement.

20.000 décès en vingt ans

« Si l'arrêté n'est pas signé avant fin avril, il ne le sera plus, élections législatives obligent, avant la fin de l'année. Ce n'est pas acceptable », martèle le syndicaliste. D'autant que le nombre de décès ou de nouveaux cas (asbestose, épaississements pleuraux diffus, mésothéliome, etc.) ne cesse de croître, chez les anciens de Coverit mais aussi ailleurs. « On estime que dans les vingt prochaines années, plus ou moins 20.000 décès en Belgique seront encore liés à l'amiante », insiste Vivian. Le collectif se bagarre donc aussi pour la sensibilisation aux méfaits de l'amiante, toujours présente dans de nombreuses habitations privées anciennes mais aussi dans des bâtiments publics comme les écoles, les hôpitaux, les crèches, les magasins. « Depuis mars 2006, un cadastre amiante est normalement obligatoire. Mais une étude a révélé que deux tiers des entreprises n'étaient pas en règle sur ce point », note M. Caudron.

Le collectif porte aussi des suggestions comme l'instauration d'une prime au désamiantage pour les particuliers. Ses membres revendiquent aussi la création d'un parc à conteneurs spécialement équipé dans la région de Mons-Borinage. Le 27 avril, jour de la Journée internationale des victimes de l'amiante, le collectif inaugurera une stèle à Harmignies. Là-bas, longtemps, Coverit a enfoui des déchets d'amiante dans le sol. Les résultats des prélèvements effectués l'an passé par la Spaque y sont attendus avec impatience. Depuis hier matin, sur le mur d'enceinte du petit cimetière, une plaque de pierre bleue, offerte par les carrières du Hainaut a été placée par la Ville. Elle pèse 220 kilos. Soit 1,705 kilo par mort de l'amiante. Certaines vies ne pèsent pas lourd.