LES COULEURS DE LA COMPETENCE A LA COMMISSION COMMUNAUTAIRE FRANCAISE LES NOUVEAUX CHEFS DE L'ARMEE MEXICAINE

SCHOUNE,CHRISTOPHE

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Mardi 2 septembre 1997

Les couleurs de la compétence à la Commission communautaire française

Les nouveaux chefs de «l'armée mexicaine»

Un PS, un PRL, resterait à dénicher... un FDF. Dans son journal de rentrée, la Cocof a calligraphié avec soin les noms de deux des trois nouveaux patrons de son administration. Ils officieront dès le 15 septembre. La décision vient d'être entérinée par le collège de cette Commission communautaire française, qui gère les matières sociales et culturelles à Bruxelles.

Lancé sans tapage à l'aube des vacances, l'appel aux candidats visait à pourvoir les places laissées vacantes à la tête de la Cocof depuis fin mars. Le Conseil d'Etat avait alors décapité la direction pistonnée de l'administration bruxelloise. Ministre de la Fonction publique, Eric Tomas a joué la «prudence». Des «chargés de mission» remplaceront les évincés afin de restructurer une administration en attente d'un statut définitif.

Deux noms sont connus : primo, Christian Bayi, PRL, remplacera l'ex-directrice générale. Chef de cabinet-adjoint auprès du ministre Hervé Hasquin, ce fonctionnaire de rang 15 a le profil parfaitement indiqué, souligne Eric Tomas. Tellement indiqué, que son nom de favori était dans tous les calepins avant même l'appel aux candidats. Il devance six concurrents.

Deuxième élu, le socialiste Philippe De Backer. Ce fonctionnaire dirigeant au Fonds francophone pour l'intégration sociale et professionnelle des handicapés dirigera le service du personnel. Pour exercer cette nouvelle fonction, Philippe De Backer s'est révélé meilleur que neuf autres candidats.

Le troisième larron ? Aucun des neuf candidats en lice ne semble avoir les «compétences requises» ! Raison officielle pour laquelle un nouvel appel est lancé. Verra-t-on émerger, ô hasard, un FDF, parti où l'on ne semble pas avoir déniché un fonctionnaire consentant ?

Eric Tomas se défend à nouveau de nominations politiques.

- C'est la compétence qui a primé dans le choix de ces candidats, souligne-t-il. Mais que voulez-vous, tous avaient une couleur ! Il n'est pas prévu que les chargés de mission soient intégrés au cadre. Ils seront engagés pour deux ans avec pour objectif de restructurer l'administration. Dans cette optique, nous avons décidé d'élargir le conseil de direction à d'autres fonctionnaires dirigeants.

Du côté du Gerfa (Groupe d'études et de réforme de la fonction administrative), on dénonce à ces nouveaux costumes taillés aux couleurs bleue, rose et amarante.

- Le recours aux chargés de mission, durée oblige, est le meilleur truc que le collège de la Cocof a trouvé pour éviter de nouveaux recours au Conseil d'Etat, déplore Michel Legrand, président du Gerfa. C'est un bricolage qui jette le discrédit sur la politique de la fonction publique à Bruxelles. L'administration y est une annexe des cabinets ministériels et la Cocof ressemble à une armée mexicaine !

Pour le Gerfa, rien ne pressait puisque la Cocof tourne bien actuellement avec un seul directeur ! Suffisait-il de lancer les procédures ordinaires de vacance d'emploi en faisant appel aux agents de la Cocof et à des fonctionnaires extérieurs, après modification des statuts.

- Or, souligne Legrand, on remet en question la permanence des fonctions de direction générale. C'est contraire aux principes généraux de la fonction publique. Certains candidats pourraient, à ce titre, introduire des recours en suspension. Devant le Conseil d'Etat, évidemment...

CHRISTOPHE SCHOUNE