Les dangers de l’amiante sont encore trop sous-estimés

DE MUELENAERE,MICHEL

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Mardi 31 juillet 2012

Santé Quatre députés demandent à la Wallonie de prendre des mesures supplémentaires

Naguère matériau miracle abondamment utilisé pour ses vertus isolantes, l’amiante n’en finit plus d’alimenter les cauchemars. Et ce n’est pas fini. Créé le 1er avril 2007, le Fonds amiante avait, fin mars dernier, déjà indemnisé 1.505 personnes victimes d’une maladie liée à la fibre honnie. Pendant les dix prochaines années, plusieurs milliers d’autres personnes devraient développer des symptômes, indique le Fonds. Pour le parlementaire Ecolo wallon Xavier Desgain, la « première vague des personnes touchées était constituée de travailleurs de la production d’amiante. La deuxième touchera les métiers de la construction ». Or, si l’on sait que l’utilisation de l’amiante a été totalement interdite à partir du 1er janvier 2002 en Belgique (mais déjà largement bannie dès 1998), on ignore avec exactitude où elle se trouve.

Tous les employeurs privés sont tenus de dresser un inventaire de la présence d’amiante sur les lieux de travail. En Wallonie, les bâtiments publics, les écoles, les immeubles de logements sociaux y sont également soumis, confirme-t-on au cabinet du ministre du Logement et de la Fonction publique, Jean-Marc Nollet ; environ 40 % des bâtiments – les plus anciens – contiennent de l’amiante. En cas de présence, des mesures de confinement, voire de décontamination sont prises. Mais la situation est beaucoup plus floue pour les logements privés. Aucun inventaire n’existe. Et seuls les travaux de démolition sont soumis à un examen de la présence d’amiante, afin de protéger les travailleurs concernés.

Contrôler les immeubles

Insuffisants, jugent Desgain et trois de ses coreligionnaires qui demandent à la Wallonie d’aller plus loin. En élargissant à tous les propriétaires d’immeubles (hormis les maisons individuelles) l’audit imposé aux bâtiments publics. De même que l’obligation d’intervention en cas de souci. « Les grands immeubles, c’est la priorité, insiste Desgain. Il y a une forte présomption que l’amiante ait été abondamment utilisé avant 1998. Dans les toitures, les gaines de chauffage, les dalles de sol, même certaines ardoises… ».

Pour tous les immeubles, y compris les maisons individuelles, les députés suggèrent d’étendre le diagnostic amiante obligatoire à tous les travaux de rénovation soumis à un permis d’urbanisme. Par ailleurs, suggèrent-ils, tout constat de présence d’amiante posé par un professionnel – électricien, plombier… – devrait être consigné dans le « dossier d’intervention ultérieur » qui accompagne le bâtiment tout au long de son existence.

Mais il faut aussi mieux informer le public, disent les parlementaires. « Les gens ignorent les dangers de l’amiante pour leur santé. Trop de bricoleurs, parfois même des petits entrepreneurs du secteur effectuent des travaux dans des conditions dangereuses. Et parfois ne savent pas comment se débarrasser de leurs déchets d’amiante : ce qu’on voit dans les parcs à conteneurs le prouve. Il y a un vrai risque ». Les sacs à double paroi qui doivent recevoir les déchets d’amiante qui partent à destination des décharges wallonnes (Braine-le-Château et Monceau-sur-Sambre) sont « régulièrement endommagés ». Parfois au parc à conteneur. Parfois à la décharge elle-même.

REPèRES

La fibre qui tue

Silicate cristallin, prisé pour ses vertus d’isolation thermique, électrique et phonique, l’amiante provoque l’asbestose, le cancer du poumon, et le mésothéliome (cancer de la plèvre et du péritoine). Il est interdit en Belgique depuis 1998.

Enfouir La mise en décharge est le principal mode d’élimination. Plaques ou blocs sont placés dans des sacs à double enveloppe. A ne pas déchirer… En décharge, ils sont recouverts de terre et ne peuvent être manipulés. Il s’agit d’un simple confinement. Le « danger potentiel » subsiste.

Brûler Les déchets d’amiante (surtout les plus volatils) sont vitrifiés à haute température (3.500º). Une solution coûteuse en argent (environ 1.500 euros la tonne) et en énergie.

Dissoudre Un projet mené en France porte sur une neutralisation de l’amiante dans un bain d’acide sulfurique. Après un mois d’immersion, l’amiante est transformé en un matériau intermédiaire inoffensif transformable par la suite en zéolithes, des petits minéraux microporeux.