Les dessins d'Ensor sont des faux

SURMONT,EDDY

Page 37

Jeudi 7 décembre 2006

Arts plastiques Le comité est formel

Le « Comité Ensor » est formel : on s'apprêtait à vendre aux enchères de faux Ensor ! Quarante-quatre dessins et une petite peinture « retrouvés miraculeusement » dans un grenier à Ichtegem, à quelques kilomètres d'Ostende (Le Soir du 5 décembre). C'est ce que nous a confirmé mercredi Xavier Tricot (auteur de James Ensor, catalogue raisonné des peintures) qui constitue, avec Robert Hoozee (Musée des beaux-arts de Gand), Herwig Todts (Musée royal des beaux-arts d'Anvers) et Sabine Taevernier (experte en dessins et graphologie), le comité Ensor.

Et pourtant... Consultés la semaine dernière par un commissaire-priseur d'Ichtegem, Willy Vanden Bussche (directeur du Musée provincial d'art moderne d'Ostende) et Norbert Hostyn (conservateur du Musée des beaux-arts d'Ostende) avaient cru pouvoir attribuer l'ensemble de ces dessins à Ensor. Alors ?

« Ces dessins me semblaient intéressants, mais jamais je ne les ai certifiés être de la main de James Ensor », réagissait mercredi Willy Vanden Bussche.

Si Norbert Hostyn était aux abonnés absents mercredi, une de ses collaboratrices directes estimait que cet expert notoire d'Ensor a été victime d'un commissaire-priseur qui s'est présenté comme le propriétaire des dessins, demandant un avis et non une expertise. Un avis qui ne pouvait être plus normand. « Ensor ? Peut-être bien que oui, peut-être bien que non... »

Il n'en fallait pas plus, selon nos interlocuteurs, pour que le commissaire-priseur tourne ces réponses en sa faveur. Et d'alerter les médias de sa découverte, dont il estimait la valeur à 50.000 euros au moins.

« Nous n'avons pas hésité ! »

« Bien que dessiné sur du papier datant du XIXe siècle, et traitant de variations de thèmes chers à James Ensor - dont l'artiste avait méticuleusement imité le style -, nous n'avons pas hésité une seconde à nous prononcer à l'unanimité : faux ! », déclare aujourd'hui Xavier Tricot.

Mais, en fin de compte, qui aura le dernier mot ? « Le premier expert qui n'a jamais commis de faute n'existe pas », avoue, grand seigneur, Xavier Tricot. Lui qui, pas plus tard qu'hier, a dû décevoir un Belge, résidant à Monaco, qui croyait posséder un dessin d'Ensor certifié par un des experts les plus réputés - décédé aujourd'hui. Pour le comité Ensor, il s'agit également d'un faux.

Et que dire de cette huile de James Ensor avec laquelle le peintre avait payé des dettes à une famille ostendaise ? Mais qui, inconnue au bataillon, n'avait pas été certifiée par les experts lorsque, au début des années 80, les héritiers de cette famille avaient voulu mettre la peinture en vente. Vendue aux enchères au Japon, la peinture, aujourd'hui reconnue comme un « vrai Ensor », a rapporté 300.000 euros...