LES DOUZE REJETTENT LE VERDICT DU GATT LA GUERRE DU SOJA AURA BIEN LIEU

DERMINE,MELODY

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Mercredi 1er avril 1992

Les Douze rejettent le verdict du Gatt

La guerre du soja

aura bien lieu

Tension extrême entre les deux géants économiques de part et d'autre de l'Atlantique. Les Américains ne vont pas manquer de déclencher à nouveau la guerre commerciale avec l'Europe. Ce qui les chagrine, ce sont les aides directes que la CEE accorde à ses producteurs de soja et de colza. Ils ont donc déposé plainte devant l'instance d'arbitrage du Gatt (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce). Qui a condamné purement et simplement le système européen d'aide aux producteurs d'oléagineux, susceptible de créer des distorsions de concurrence au niveau mondial.

La France, offusquée, a directement crié à l'agression. Mais elle n'a pas prêché seule dans le désert puisque, hier, les Douze de l'Agriculture ont rejeté en bloc le verdict du Gatt. Les Américains ont déjà préparé leurs munitions: si la CEE ne change pas son système, ils lanceront le boycott des importations de cognac, roquefort, pizza et spaghetti.

La guerre du soja ne va certes pas réchauffer l'atmosphère des négociations de l'Uruguay Round destinées à libéraliser le commerce mondial. Là aussi, c'est la guerre ouverte entre Américains et Européens sur la question des subventions à l'agriculture. La CEE estime avoir déjà fait suffisamment de concessions. Après fin avril, il ne sera plus possible d'arriver à un compromis global à cause des élections américaines, estime Robert Urbain, ministre du Commerce extérieur. Nous voulons pourtant cet accord, surtout un pays exportateur comme la Belgique, poursuit-il. Le Gatt, c'est notre bouclier contre le protectionnisme et l'unilatéralisme.

Entre-temps, les Douze continuent péniblement à creuser le sillon de la réforme de leur politique agricole. Léger sursis pour les agriculteurs: les ministres ont décidé de proroger pour un an le système des quotas laitiers qui limitent la production par pays. Mais la Commission préconise de réduire les quotas de 1 % par an durant trois ans. Ajoutez à cela des diminutions de prix compensées par des aides directes au revenu. Le nouveau ministre de l'Agriculture André Bourgeois est très inquiet à l'idée d'une renationalisation de l'agriculture en période d'austérité budgétaire.

My. D.