Les drapeaux flamands : un cas unique au monde !

LAMENSCH,MICHELLE; DUBUISSON,MARTINE

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Vendredi 22 août 2008

Willy De Waele persiste et signe. Dans un entretien au Soir, le bourgmestre Open-VLD de Lennik justifie à nouveau le retrait du drapeau belge dans sa commune au profit du lion flamand : « Jamais je ne me suis senti Belge. Aucune règle ne m’oblige à hisser le drapeau belge. » Le premier citoyen de la commune flamande a raison. Mieux : une circulaire flamande autorise la préséance du drapeau fédéré sur le drapeau fédéral. Et c’est un exemple pratiquement unique au monde !

P.2 & 3 temps fort

P.18 l’édito

« Jamais je ne me suis senti Belge… »

Politique Le drapeau national banni de Lennik

Le bourgmestre Open VLD de Lennik estime que la Belgique « a vécu », par la faute de la francophonie « de Bruxelles et autour »…

entretien

Willy De Waele expose les raisons qui l’ont poussé à retirer les drapeaux belges des édifices publics de sa commune de Lennik

Alors, on ne se sent plus Belge ?

Pourvu que je l’aie jamais été

Vous ne vous êtes jamais senti Belge ?

Jamais. C’est quoi, ce sentiment belge ? Parlez-moi belge… Où est la langue belge ? La langue, par définition trait d’union entre les peuples, il n’y en a pas en Belgique. La Belgique a vécu. Elle a vécu parce que la francophonie ne veut pas apprendre notre langue et ne veut pas respecter notre territoire.

Beaucoup de francophones font l’effort d’apprendre le néerlandais et beaucoup le parlent…

J’ai beaucoup d’amis francophones. Mon collègue de Wezembeek-Oppem, François van Hoobrouck, est un ami. Nous n’épousons pas les mêmes idées mais nous nous entendons parfaitement. La barrière linguistique n’existe pas. La langue n’a pas d’importance, aussi longtemps qu’elle ne devient pas un instrument pour nous défavoriser. Et là est le problème belge.

Expliquez…

La francophonie – je ne parle pas des Wallons mais bien de « Bruxelles et autour » – a des privilèges en Flandre, en Brabant wallon et dans la périphérie. Et ça doit cesser. Des dizaines de milliers de Flamands ont immigré en Wallonie, sans facilités, ni culturelles, ni économiques ; ils se sont adaptés. On respecte la langue là où on va s’installer. Il ne me viendrait pas à l’idée de demander des facilités en Wallonie. C’est une question de politesse.

Plusieurs communes wallonnes, officiellement comme à Jodoigne, officieusement ailleurs, accueillent les néerlandophones dans leur langue

En Wallonie, il n’y a aucun problème avec l’accueil des Flamands. A Lennik aussi, les francophones, et tous les autres, sont les bienvenus. Et même si la loi me le défend, je parle français à des francophones, après une cérémonie de mariage, par exemple. Chacun parle sa langue quand il veut, où il veut. Mais à l’administration, on parle néerlandais, par respect pour notre langue et notre culture.

Les francophones manqueraient de respect à l’égard des néerlandophones

Pendant 40 ans, j’ai été fonctionnaire à Bruxelles. J’y ai été humilié. On m’appelait « le flamand de service ». Il y a des gens qui habitent ma commune depuis 40 ans et qui ne connaissent pas un mot de néerlandais.

Des exceptions, non ?

D’accord. Mais à Linkebeek, Crainhem, Wezembeek-Oppem, cela a commencé ainsi. 1 %, 2 % puis 20 % de francophones. Et maintenant, on voudrait rattacher ces communes à Bruxelles. Pourquoi ? Les Flamands n’ont jamais réclamé un cm2 de territoire wallon ni bruxellois. Ils ne le feront jamais. Là est le problème. Car, dans ce cas, avec les Marocains et les Turcs, à Molenbeek, on se rattacherait à ces pays ?

Parler le néerlandais suffit-il pour être accepté par les Flamands ?

L’effort pour apprendre le néerlandais ne suffit plus. Il faut penser dans la langue. Penser en néerlandais veut dire comprendre ce qui se passe en Flandre. Ne pas s’isoler dans sa culture française, très riche. Tous les jours, je lis Le Soir et La Libre, je regarde la RTBF et France 2. Et j’en suis fier. Au moins, je comprends ce qui se passe chez vous. Je déplore d’ailleurs que mes petits-enfants portent peu d’intérêt au français. Mais combien de francophones font l’équivalent ? La francophonie, de Bruxelles et autour, ne comprend pas ce qui se passe en Flandre. Cette francophonie-là va faire sauter la Belgique car elle est incapable de se défaire de ses privilèges.

Des privilèges, les facilités ?

Absolument. Il faut les abroger.

Les Flamands en bénéficient aussi, à Comines, à Mouscron, etc.

Oui, mais elles ne sont pas appliquées ! La Communauté française refuse de subventionner l’école flamande de Comines. (Il n’y a jamais eu de demande de la Flandre, NDLR).

A Bruxelles, les Flamands vantent les mérites du multiculturalisme. En périphérie, ils ne tolèrent que le néerlandais

Bruxelles n’est ni une ville francophone ni une ville néerlandophone. Elle abrite plus de 200 nationalités. En périphérie, l’unilinguisme ne concerne que l’administration, pas la vie privée.

Pourquoi avez-vous décroché le drapeau belge de vos façades ?

Parce qu’après 50 ans de manipulations constitutionnelles, ce pays est devenu ingouvernable. Tout le monde bloque tout le monde. La solution ? Le confédéralisme : tous pouvoirs aux Régions et Communautés, fiscalité y compris. En 1932, les Wallons ont refusé le bilinguisme intégral et maintenant, on paie la facture, les communes surtout. Aucun règlement ne m’oblige à hisser le drapeau belge. La Constitution organise la Belgique en Régions aux territoires bien délimités.

Remettrez-vous, un jour, le drapeau tricolore aux façades ?

Oui, quand le néerlandais et le territoire flamand, avec Hal-Vilvorde, scindé de Bruxelles, seront à nouveau respectés en Belgique.

Le maintien de BHV a été obtenu en contrepartie de la fixation de la frontière linguistique

Faux ! Il n’y a pas eu ce type de compromis. Le territoire de BHV ne respecte pas la Constitution. Il faut le scinder sans négociation ni concession. Quand l’Etat fédéral ne respecte pas la Constitution, les pouvoirs subordonnés ne peuvent pas le faire non plus.

Votre geste est isolé

En effet. C’est une protestation contre un système qui ne fonctionne plus. J’ai recueilli une majorité de réactions favorables. Un correspondant anonyme m’a traité de « fils de pute ». On m’a envoyé ma photo avec le sigle SS et la croix gammée…

Des Flamands de Lennik ont-ils désapprouvé votre acte ?

Certains, oui, oralement. D’autres ont réagi de manière mitigée. Je voudrais que ceux qui ont hissé le drapeau belge se manifestent, qu’on puisse confronter nos idées. Je peux aussi avoir tort, hein… En confrontant nos idées, on pourra peut-être en sortir.

Comment doit évoluer la Belgique, selon vous ?

Plus aucun élu francophone ne devrait plus pouvoir arrêter un élu flamand dans ses projets économiques et sociaux. La francophonie bloque le réaménagement ferroviaire d’Anvers. Chacun doit gérer son territoire avec ses moyens. Et je ne suis pas opposé aux transferts entre Régions, efficaces, contrôlables et effectués en toute transparence. On finance l’Afrique noire, pourquoi pas nos compatriotes francophones…

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repères

L’acte. La semaine dernière, Willy De Waele, le bourgmestre Open VLD de Lennik, une commune du Brabant flamand, située dans l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, a fait ôter le drapeau belge de tous les édifices publics. La justification. Il expliquait cet acte, licite et personnel, par le fait qu’il ne croyait plus en l’Etat belge, « victime de blocage complet ». En se disant prêt à remettre le drapeau belge « le jour où la Belgique aura été transformée en Etat confédéral ».

La réaction. Des anonymes ont rétabli, de nuit, le drapeau belge devant la maison communale, aussitôt retiré. Le maïeur a reçu du courrier injurieux mais aussi « plusieurs manifestations de soutien ».

L’exemple flamand, sans doute unique au monde...

La décision (légale) de Lennik d’enlever le drapeau belge de la façade de sa maison communale et, plus largement, celle de la Communauté flamande de décréter la préséance du drapeau flamand sur le tricolore, sont-elles exceptionnelles ? Ou au contraire communes à bien d’autres entités fédérées d’Etats fédéraux ?

« C’est assez exceptionnel, répond Christian Behrendt, professeur de droit constitutionnel comparé à l’ULg. Je n’ai trouvé, dans aucun pays, une législation ou une circulaire analogue à celles de la Communauté flamande, où le drapeau fédéré a la préséance sur le drapeau fédéral. Le seul exemple que je connaisse, mais qui ne va pas aussi loin que le modèle flamand, c’est l’Ecosse, où le drapeau écossais doit flotter sur les bâtiments officiels fédérés (lire ci-contre). Mais on n’y parle pas de préséance du drapeau écossais sur le drapeau britannique – sauf le jour de la fête écossaise… s’il n’y a qu’un mât ; et l’obligation de hisser l’étendard écossais ne concerne que les bâtiments fédérés, et non les édifices locaux comme en Flandre. L’exemple flamand va donc le plus loin. »

Dès 1995 en effet, la Communauté flamande décide, par circulaire (1), que le drapeau flamand a, 350 jours par an, la préséance sur le drapeau belge lorsqu’ils se côtoient – en dehors, donc, des 15 jours où, par décision fédérale, le drapeau national doit être arboré sur les édifices publics. « C’est une précision importante, note Christian Behrendt. La Communauté flamande n’est compétente que pour les [350] jours qui ne sont pas sur la liste de l’arrêté royal de 1974 ; pour les 15 jours réglementés au niveau fédéral, elle ne peut imposer sa préséance. » L’année suivante, le 13 juin 1996, le gouvernement flamand complète sa circulaire d’un décret. Qui impose, chaque fois que l’on hisse le drapeau national sur un bâtiment officiel flamand, de hisser aussi le Lion flamand. « On ne peut donc plus arborer, en Flandre, le seul drapeau belge, résume le Pr Behrendt, sauf sur les rares édifices fédéraux – qui ne sont pas de la compétence flamande – et dans les casernes – soumises à d’autres règles. Par contre, on peut voir au Nord le seul drapeau flamand. Sur les centaines de bâtiments régionaux, communautaires, provinciaux et communaux. »

Avec le Pr Behrendt, entamons donc un petit tour comparatif de différents pays. Où il apparaît effectivement, qu’outre la Flandre, seule l’Ecosse prend, depuis l’an dernier, une (petite) liberté avec la règle générale de préséance du drapeau national. Une « guerre des drapeaux » qui apparaît lorsqu’il y a délitement de l’Etat fédéral

(1) Circulaire flamande VR-95/37 du 24 mai 1995, publiée au Moniteur belge du 22 août 1995, point 4, page 23.991.

Allemagne

Cet Etat fédéral européen compte 16 entités fédérées. Qui règlent elles-mêmes, par arrêté administratif, la question du pavoisement des drapeaux. Règle générale, illustrée par trois Landers : la préséance va au drapeau national.

Rhénanie-du-Nord – Westphalie : son arrêté du 15 décembre 2005 prévoit que, devant les administrations fédérées, doivent flotter le drapeau national ET le drapeau fédéré. Pas question de n’arborer, comme à Lennik, lque e seul drapeau « local ». Le point IV-6 de l’arrêté ajoute d’ailleurs que la place privilégiée revient au drapeau fédéral. La seule exception à cette préséance du drapeau allemand n’est pas accordée au drapeau fédéré, mais au drapeau… européen.

Berlin : l’arrêté du 24 février 2003 du gouvernement berlinois, en son paragraphe 4, prévoit lui aussi la préséance du drapeau fédéral. Qui sera placé au centre, si trois drapeaux sont hissés. Et si seuls deux mâts sont disponibles ? Le fédéral et le fédéré flotteront, on pourra retirer l’européen.

Bavière : même règle. Son arrêté du 16 février 1971 prévoit aussi que la place d’honneur, au centre, revient au drapeau allemand. Sauf le Jour de l’Europe, le 5 mai, où l’européen reçoit la préséance. Ce qui n’est jamais le cas du bavarois…

Suisse

Parmi les 26 cantons, prenons-en deux : Genève et Neufchâtel. Dans les deux cas, la même règle : le drapeau suisse et le drapeau cantonal doivent être arborés concomitamment sur les édifices officiels cantonaux. Sans que l’on ne pousse le détail jusqu’à parler de préséance. Mais, contrairement à la Flandre, l’un (le fédéré) ne peut être hissé sans l’autre (le national).

Etats-Unis

C’est une loi fédérale – rien que ça… –, le Federal Flag Code, qui réglemente l’usage des drapeaux sur le sol américain. Sa section III, points C, D, E, F, G, est très précise.

Point C, pour la règle générale, sans équivoque : aucun autre drapeau ne sera placé au-dessus ni au même niveau que le drapeau fédéral. Point D, pour les détails géographiques : si plusieurs drapeaux sont hissés, la place de droite, celle d’honneur, est réservée au drapeau américain… dont le mât devra être placé légèrement en avant des autres. Points E et F pour les détails métriques : le drapeau américain devra flotter au mât central et au mât le plus haut.

Point G, pour ménager les susceptibilités internationales : s’il faut hisser les drapeaux de deux pays indépendants, en temps de paix, ils pourront l’être au même niveau. Ce qui n’est donc pas le cas pour les étendards des Etats fédérés américains.

Canada

C’est le Protocole pour le pavoisement des drapeaux qui règle la question des drapeaux sur les édifices publics, dans ce pays anglophone où le Québec tient jalousement à son autonomie. Aux termes de ce protocole, la règle est simple… et précise : la place d’honneur revient toujours au drapeau national ; quand plusieurs sont hissés, cette place d’honneur se situe à l’extrême gauche ; quand ils ne sont que trois, elle est au centre.

Espagne

Si la loi est claire, la pratique l’est moins… Car la loi du 19 décembre 1981 ne souffre pas de doute : le drapeau espagnol doit flotter sur tous les édifices officiels, en permanence, qu’ils soient nationaux, régionaux ou municipaux. Cette loi décrète aussi la préséance du drapeau espagnol, qui, lorsqu’il en côtoie d’autres, ne peut être plus petit, mais doit être placé de façon « proéminente et honorable ». En juillet 2007, le tribunal constitutionnel a jugé utile de rappeler ce principe de pavoisement du drapeau espagnol sur les bâtiments publics. Car – la presse s’en fait régulièrement l’écho – des mairies de Catalogne, du Pays basque ou de Navarre ne hissent plus guère le drapeau national. Remplacé par « leur » étendard : catalan, basque… L’an dernier, des plaintes ont d’ailleurs été déposées contre les maires de Saint-Sébastien, Bilbao ou Tarragone, pour ne pas avoir hissé le drapeau rouge et or à la façade de la mairie.

Ecosse

Depuis peu, l’Ecosse se démarque dans un paysage largement acquis à la prédominance du drapeau national. Depuis le 1er janvier 2007 en effet, le drapeau écossais, « The Saltire », DOIT flotter tous les jours sur les bâtiments officiels écossais. Mais si un bâtiment fédéré ne possède qu’un mât, lors de la fête nationale, c’est l’« Union Jack », le drapeau britannique, qui devra être hissé. Et durant les jours fériés nationaux aussi, l’Union Jack doit être arboré. Par contre, lors de la Saint-André, le 30 novembre, jour de fête écossaise, s’il n’y a qu’un mât, c’est « The Saltire » qui l’emportera.

A la différence de la Flandre, l’Ecosse impose son drapeau sur ses bâtiments officiels ; la Flandre ne l’impose pas, mais impose, si on hisse le drapeau noir, jaune, rouge, de hisser aussi le noir et jaune. Et si l’Ecosse ne parle pas de préséance, la Flandre, elle, a décidé qu’en dehors des quinze jours réglementés par le fédéral où le drapeau belge a la préséance, c’est le Lion flamand qui l’a. 350 jours par an, donc…