Les leçons belges de Tchernobyl

DU BRULLE,CHRISTIAN

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Samedi 16 décembre 2000

Les leçons belges de Tchernobyl CHRISTIAN DU BRULLE

A près que le nuage radioactif eut traversé la Belgique en 1986, puis encore pendant toute l'année qui suivit, nous avons remarqué une hausse de la radioactivité ambiante de l'ordre de 20% par rapport à la radioactivité naturelle dans notre pays. Mais je suis formel, cette hausse temporaire n'a eu aucun effet négatif sur la santé publique chez nous.

Le professeur Janos Frühling, médecin directeur de la clinique Bordet à Bruxelles, dresse un bilan sans ambages des effets sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl en Belgique.

Au contraire, reprend-il, et c'est paradoxal, on pourrait presque parler d'un effet «bénéfique». Au lendemain de la catastrophe en Ukraine, la société a soudain été conscientisée et les autorités belges, dont le ministre de l'Intérieur de l'époque Louis Tobback, ont mis le turbo pour toute une série de mesures. Résultats: depuis 1991 nous disposons en Belgique d'un plan catastrophe spécifique et dans les zones situées à proximité des installations nucléaires belges, des comprimés d'iode ont été distribués à la population.

De plus, des projets de décrets européens qui étaient dans les tiroirs ont soudain connu un coup d'accélérateur. Dès 1987 par exemple, un cours spécifique sur les radioéléments a été dispensé aux médecins et aux dentistes européens.

En termes de santé publique, reprend le professeur Frühling, il y a encore un acquis indirect tiré de la catastrophe ukrainienne.

Avec la multiplication des cas de cancers de la thyroïde dans les régions situées autour de Tchernobyl, nous avons remarqué une plus grande sensibilité de la population belge à ce type de cancers.

Surtout Three miles Island

De leur côté, les électriciens qui exploitent les centrales belges ont également retiré quelques enseignements de Tchernobyl.

Mais c'est surtout à la suite de l'accident survenu en 1979 à la centrale américaine de Three miles Island (TMI) que nous avons beaucoup appris, confie Philippe Massart, porte-parole d'Electrabel. La technologie et la conception des centrales américaines sont plus proches des nôtres.

Dès le départ, les centrales belges ont été dotées d'enceintes protectrices. En Russie, elles sont inexistantes. Aux Etats-Unis, les réacteurs sont protégés par une enceinte en béton, reprend l'électricien. Chez nous, il y en a deux plus une chemise de sécurité en plaques d'acier soudées.

Toutefois, ce que ces deux catastrophes nous ont appris c'est que l'erreur humaine est à chaque fois importante dans l'enchaînement des événements. C'est pourquoi en Belgique nous avons mis en place des formations pour le personnel, afin qu'il ait une absolue confiance dans les instruments de mesure, de surveillance et de pilotage des réacteurs. De plus, nous avons dédoublé les systèmes de contrôles qui fonctionnent selon deux principes différents, deux types de sondes différents... Cette redondance est également un facteur de sécurité accrue , conclut-il.*