Les Liégeois aux urnes le 22 février

WAUTERS,LAURENCE

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Mercredi 24 décembre 2008

Liège Le conseil communal unanime décide d’organiser la consultation populaire

Coup de théâtre : Liège organisera la consultation populaire sur sa candidature au titre de capitale culturelle.

A 18 h 30, lundi, ils sont une quarantaine de membres du collectif « Liège 2015 » à attendre le début du conseil communal. C’est trop tôt : le bourgmestre réunit en urgence les chefs de groupe et le collège pour débattre de cette fameuse candidature sur laquelle il doit être interpellé en séance. Le conseil démarre enfin avec une heure de retard, mais est suspendu à 20 h 30 alors que les 130 points de l’ordre du jour n’ont pas encore été abordés. Le mayeur réunit encore les chefs de groupe et le collège. Puis encore les chefs de groupe, et encore le collège.

Certains prévoient que ça risque de durer et vont chercher des victuailles au marché de Noël. Il est 23 h 30 lorsque le collège réapparaît. La séance publique reprend par une communication du bourgmestre, histoire de ne pas laisser durer le suspense durant le vote des 130 points restants. « Le collège propose d’organiser la consultation populaire d’initiative communale s’il obtient l’unanimité des groupes politiques. En concertation avec le secrétaire communal, nous proposons de l’organiser le 22 février. » Dans la salle annexe, le Collectif retient son souffle, accroché à l’écran qui retransmet les débats.

Didier Reynders est le premier à intervenir : « On fait table rase de tout ce qui a été dit pour arriver à une proposition concrète, on se tourne vers 2015. Tout le monde est convaincu que l’élan populaire est là, donc la moindre chose était que le collège communal transforme en initiative communale cette initiative citoyenne. Cette solution honore la Ville de Liège ». Avant d’appeler à une mobilisation massive : « Pour que le nombre de votes soit suffisant, il faut informer les Liégeois, il faut que tous les groupes politiques participent à cette campagne. Il faut associer le Collectif, mais aussi la plupart des acteurs de la vie culturelle. » Dans la salle annexe, le Collectif applaudit.

Bénédicte Heindrichs poursuit : « Il fallait dépasser ce bras de fer entre le bourgmestre et quelques bénévoles, sortir par le haut de cet imbroglio. » Applaudissements à nouveau, même si Demeyer reprend l’élue Écolo : « Ce n’est pas quelques bénévoles, ce sont 22.000 signatures ! » Pour le CDH, Michel de Lamotte précise que cette initiative ne doit pas en effacer d’autres : « Il faut aussi travailler sur le partenariat avec Maastricht pour 2018 et sur d’autres dossiers, se tourner vers les communes voisines et les jumelées pour leur expliquer notre démarche. Il faut que ce soit le déclic pour fédérer les énergies. »

L’échevin Michel Firket est quant à lui toujours hospitalisé. Mais il ajoutait mardi : « J’avais dit que c’était stupide de ne pas le faire, je suis donc ravi que cela se fasse. La force des événements réunifie les volontés de tout le monde, ce sera une belle période d’effervescence. »

Et c’est à Jean-Claude Marcourt qu’il revient de conclure : « Aujourd’hui, un acte important de la démocratie populaire est posé. » Puis il s’interrompt et se tourner vers Reynders : « Oui, démocratie et populaire, pour vous ça ne va pas ensemble ! » Et de poursuivre : « Le souhait du PS est qu’on n’attende pas 2015 pour bouger ; au contraire de certains, tel le MR, nous n’attendons pas de gros trucs pour arriver à faire de grands débats politiques. » Didier Reynders attrape son micro : « Vous essayez d’expliquer que vous changez d’avis en étant injurieux ! » Dommage. Ces joutes verbales futiles portent un coup à la solennité du moment.

Le vote relance l’ambiance : unanimité. Dans la salle annexe, on entend des cris de joie et des verres qui cassent. Il est minuit pile. Les sympathisants de « Liège 2015 » sont invités à quitter les lieux pour que le reste l’ordre du jour du conseil soit examiné dans la sérénité. Alain De Clerck n’en revient pas et scande : « On a gagné ! »

Les Liégeois sont donc appelés à s’exprimer sur la candidature de leur ville au titre de capitale culturelle européenne. À se demander ce que la majorité, qui devra assumer cette lourde organisation et porter l’ensemble des projets, a gagné en laissant rebondir ce dossier : « Avant, c’était Liège la déloyale, qui voulait absolument sa capitale culturelle alors qu’elle avait déjà eu la capitale économique. Aujourd’hui, c’est l’unanimité du conseil qui suit un mouvement populaire », résume un de ceux qui ont travaillé sur le sujet.

Plus qu’un titre, c’est la mise en valeur de la ville aux yeux de l’Europe qui va se jouer. Mais d’ici là, il faut composer un dossier de candidature solide pour le 1er mars. Il faudra canaliser les énergies pour montrer ce que Liège a dans les tripes. À l’extérieur, Raphaël Pilette, un des membres du collectif, résume : « Un enjeu démocratique vient d’être gagné. Maintenant, il faut gagner l’enjeu culturel. » C’est aujourd’hui que le travail peut réellement commencer.

REPÈRES

Consultation. Le bourgmestre a proposé au collège et aux chefs de groupe que la consultation populaire soit communale. La Ville ne recomptera donc pas les signatures déposées par le Collectif.

22 février. « Il faut tenir compte que nous sommes à la veille des vacances et qu’un mois franc doit s’écouler entre le moment où les citoyens reçoivent leur convocation et le moment de la consultation », a expliqué Willy Demeyer. La question posée sera celle qui a fait l’objet de la pétition, les modalités seront celles du code de la démocratie locale. Des bureaux de vote seront ouverts en de nombreux endroits de la ville. L’échevin de la culture Jean-Pierre Hupkens a été désigné responsable du dossier.

1er mars. Plus de 10 % des Liégeois doivent avoir voté en faveur du dépôt de candidature pour que la Ville dépose sa candidature auprès de l’Europe avant le 1er mars. Mons est déjà candidate, Malines en parle mais n’a pas entamé de démarches.