Les Liégeois renoncent, feu vert à « Mons 2015 »

MOREL,PIERRE

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Jeudi 18 décembre 2008

Il n’y aura pas de consultation populaire à Liège afin de déterminer s’il convient que la cité mosane pose sa candidature au titre de capitale européenne de la culture en 2015.

Le collectif qui avait rassemblé 22.000 signatures réclamant cette consultation, est arrivé à un accord avec les autorités communales, qui s’étaient de leur côté ralliées à la candidature de Mons. Une décision prise comme une trahison par de nombreux signataires qui s’étaient pris au jeu.

Ce revirement liégeois laisse en tout cas la voie libre au projet « Mons 2015 » qui peut continuer à construire son dossier à soumettre aux autorités européennes. Sans mauvaise surprise, l’affaire est faite.

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Liège laisse le champ libre à Mons en 2015

Capitale culturelle Le collectif citoyen jette l’éponge

Les 22.000 signatures de la pétition ne seront pas utilisées, au nom d’un accord négocié avec Liège.

Le collectif « Liège 2015 », qui militait pour que Liège dépose sa candidature comme capitale culturelle européenne en 2015, a rassemblé depuis le mois de juin 22.000 signatures pour une consultation populaire sur le sujet. Celle-ci n’aura pas lieu. Le collectif, suite à un accord avec le collège communal, a décidé de ne pas faire usage de ces signatures et préfère « unir les forces liégeoises pour soutenir un projet à long terme ». Une nouvelle qui laissait à beaucoup des signataires un arrière-goût amer ce mercredi.

Les termes de l’accord ? La Ville, comme elle l’avait déjà annoncé, sera candidate au lot de consolation de la « métropole culturelle », récemment lancé. Elle tentera aussi d’accueillir une exposition internationale d’envergure en 2017. Elle entend être le partenaire privilégié de Mons en 2015 et de… Maastricht en 2018. Mais surtout, elle prend l’engagement de mettre en place une structure (une fondation, sans doute) de soutien aux « arts émergents ». Un outil doté de personnel, d’un bâtiment (celui de l’ancienne dentisterie du site de Bavière) et de fonds, via la négociation d’un contrat-programme avec la Communauté française, avec qui des « discussions prononcées » ont déjà eu lieu, selon le bourgmestre Willy Demeyer (PS).

« J’ai perçu le mouvement 2015 comme étant un moyen plutôt qu’une fin, souligne ce dernier. Les arts émergents sont le chaînon manquant de notre offre culturelle, nous le savons. Liège 2015 a été un incitant pour pousser les feux, et donner à ceux-ci des gages et des moyens. Vu les circonstances, je ne vois pas comment ce fait nouveau, cette union des forces vives et politiques liégeoises, pourrait être ignoré à Bruxelles et ailleurs. »

Reste que le renoncement du collectif déchaîne les passions à Liège, où l’on s’était pris au jeu.

« On a dû lâcher la capitale culturelle, et ça me fait mal, soupire Alain De Clerck, initiateur du mouvement. Mais en échange, on a une sorte de programme culturel sur dix ans. On a transformé un mouvement en un lieu, qui sera gratuit, multipolaire, multi-artistique : un vivier. »

« Nous sommes vidés »

Liège 2015 menait son combat sur deux fronts : l’artistique, mais aussi le démocratique. On aura compris que le collectif a choisi d’en sacrifier un pour l’autre. « Nous n’enlevons rien à ce que nous avons toujours dit sur le manque de transparence démocratique du choix de Mons, précise François Schreuer. Mais quand on veut abattre un mur à coups de poing et qu’aucune brique ne bouge, alors qu’on a les poings en sang, continuer s’appelle de la folie. Vous savez, il était très simple pour nous d’aller au clash. Nous aurions eu le beau rôle à la télé, celui du démocrate. Mais notre rêve a bien dû se confronter à certaines réalités, comme l’absence de soutien des institutions culturelles. Et même si nous avions gagné la consultation, à un mois du dépôt des candidatures, comment, ensuite, porter celle-ci ? Nous sommes vidés, exsangues. Nous avons préféré voir à long terme. Une décision très difficile à prendre. »

Mais pour beaucoup à Liège, il s’agit d’un « hold-up » des signatures. Et le collectif se rend coupable de ce contre quoi il s’est toujours battu : l’accord politique entre quelques-uns au détriment d’un débat démocratique transparent. Une impression alimentée par le fait que certains membres ou soutiens du collectif n’approuvent pas la décision.

Et du coup, sur la toile ou dans les journaux, le lynchage des « vendus » a commencé. On sait que dans ces cas-là, ce sont toujours ceux qui n’ont pas bougé le petit doigt qui tirent les premiers sur la corde.