WYNANTS,JEAN-MARIE; VANTROYEN,JEAN-CLAUDE; DE DECKER,JACQUES; CAUWE,LUCIE; MAURY,PIERRE
Samedi 1er août 2009
Vous aimez ça ? Tant mieux : vous aimez lire. Alors osez sortir de ces sentiers battus et rebattus et aventurez-vous dans des chemins moins fréquentés et, souvent, plus riches. Et puis, un livre de l’été, c’est d’abord un bon livre.
« Je pars du principe qu’un bouquin qui vaut le coup, on le lit partout, chez soi, sur la plage, aux toilettes, dans les bois », lance Olivier Verschueren de Livre aux trésors, à Liège. Marianne Pêtre, de Filigranes à Bruxelles, surenchérit : « Un livre de vacances, c’est un livre réussi, c’est tout. Il n’y a pas pour moi de livre réservé aux vacances. »
Comment les gens choisissent-ils leurs livres ? Les libraires que nous avons interrogés sont unanimes : la rumeur, le bouche à oreille. « Le phénomène est assez nouveau, dit Brigitte de Meeûs, de Tropismes à Bruxelles. Les gens se conseillent entre eux. D’où le succès inattendu de L’élégance du hérisson de Muriel Barbéry par exemple. Mais aussi d’autres romans, comme Terre de promesses, de Joseph Pearce. Les éditeurs eux-mêmes sont parfois surpris : les livres leur échappent. Et les gens choisissent avec plus de circonspection. Je me demande si le lectorat ne s’élargit pas. Si les lecteurs de Danielle Steel ne passent pas maintenant à une autre littérature. »
Choisir avec attention, c’est aussi demander conseil à son libraire. « On demande aux clients
ce qu’ils ont lu, ce qu’ils aiment, répond Brigitte de Meeûs. Et ce que nous conseillons dépendra de ce dialogue. »
« Il y a beaucoup de dialogue, insiste Colette Mainguet, de la Fnac. Mais parfois les gens ne sont pas prêts à écouter nos réponses. Ils disent : j’ai lu un livre extraordinaire, j’en voudrais un comme ça. Quel livre extraordinaire ? on demande. Un Marc Levy ! On a du mal à leur faire changer d’avis. Mais on y arrive parfois. »
Mais alors qu’est-ce que les libraires proposent ? Tour de piste.
Tropismes. D’autres vies que la mienne, d’Emmanuel Carrère. Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, Le cœur cousu qui vient de sortir en poche, Terre de promesses, de Jospeh Pearce. Et S. ou l’espérance de vie, du fils de Romain Gary et Jean Seberg, Alexandre Diego Gary.
Filigranes. Le cercle littéraire etc. (« C’est drôle et très profond », dit Marianne Pêtre), La peur du paradis de Vincent Engel (« Un coup de cœur pour moi, une réflexion sur le fascisme très intéressante ») et D’autres vies que la mienne (« Pour moi, c’est le livre de l’année. Mais je n’en parle qu’à la fin, parce que c’est un livre dur et je ne le propose pas à ceux qui ne lisent qu’en vacances. »)
La Fnac. « Je conseille de bons poche, pas nécessairement de cette année, répond Colette Mainguet. Et puis, pour le plaisir j’aime bien conseiller La ville des veuves intrépides, pour le plaisir. »
Livre aux trésors. Le Carrère, qui est décidément le gagnant toutes catégories chez les libraires. « On en a vendu une centaine depuis qu’il est sorti et seulement sept du dernier Levy, précise Olivier Verschueren. Voilà qui me fait plaisir. » Mais aussi la nouvelle traduction de Berlin Alexanderplatz de Döblin, la Ballade de l’impossible de Murakami. Et La route, de Cormac McCarthy, sorti en poche : « Un des grands auteurs américains, sinon mondiaux. On le défend. »
« Bien sûr, ajoute Olivier Verschueren, on vend des livres qu’on ne défend pas particulièrement, comme les Gavalda, Pancol, Gallay : c’est une lecture pas trop idiote, qui détend. On n’est pas des terroristes de nos goûts. Mais comme on discute, on propose souvent autre chose que ce qu’ils sont venus chercher. »
Et ça marche souvent. Conséquence : chez Tropismes, Filigranes et Livres aux trésors, ce sont les bouquins que les libraires aiment qui se vendent le mieux.
L’histoire de Jésus et surtout celle de son père revisitées. Le menuisier est accusé de meurtre et condamné à mort. Jésus croit son père innocent. Il demande à Pomponius de l’aider à le prouver. L’affaire roule. Contre 20 deniers. Eduardo Mendoza s’infiltre dans les années les moins connues d’une histoire bien connue. Avec une allégresse plaisante à partage.
Explorateur des interstices, Guy Goffette vagabonde une fois encore autour de corps féminins que le vêtement dévoile par fragments, et dont le rêve reconstitue l’intégralité. L’espoir d’une relative nudité peut être engendré par des jambes serrées dans un collant noir sous une jupe bleue d’écolière. Le poète, quand il se prête à la prose, reste par essence l’homme des mots, dans une palette qui est celle d’un peintre qui fait vibrer les phrases au lieu des couleurs.
Cet auteur belge d’expression néerlandaise entreprend une véritable odyssée sur les traces de sa parentèle qui a survécu à l’holocauste. En Bolivie, en Australie, aux Etats-Unis, en Israël. Sens du détail, capacité d’empathie, style d’une superbe vibration dans la sobriété. Un chef-d’œuvre.
Un livre empli de chagrins terribles, qui fait à plusieurs reprises naître des larmes, tant le lecteur se trouve invité dans ces destins (ceux des deux Juliette) par une écriture souple, juste, qui ne s’empêtre pas d’adjectifs. Un mélo mais sans rien de morbide. Carrère dit les choses simplement, en profondeur, prêtant sa belle plume aux uns, aux autres. Ce livre bouleverse parce qu’il dit que l’amour, choisi, investi, plutôt que subi, est plus fort que la mort. L. C.
L’avocat Mickey Haller reprend les affaire d’un collègue. Et se retrouve avec une trentaine de clients dont un magnat de Hollywood soupçonné du meurtre de sa femme et de son amant. Une affaire en or, et en zones d’ombre. Une plongée dans le quotidien de la justice américaine. Loin des polars à effets spéciaux, un bouquin humain et passionnant.
Trois femmes, trois histoires, trois attitudes devant le monde des mythes : la fusion, la méfiance, le combat. Et trois écritures superbes de subtilité, de versatilité et de maîtrise mais aux techniques différentes pour parler des ces femmes confrontées au peuple féerique, l’une en 1913, l’autre en 1930, la dernière en 1986. Toutes trois fulgurantes. Et des personnages proches, vivants. De la fantasy qui est bien loin des clichés et des rabâcheries.
Un titre osé et déconcertant qui cache un formidable roman, touchant, surprenant et très addictif, qui mêle littérature, amour et esprit de résistance à l’envahisseur. C’est à Guernesey, l’île anglaise au milieu de la Manche, sous l’occupation allemande. Plein de douceur, original et percutant, jamais mièvre, cet épatant roman est un des plus réjouissants que nous ayons lus récemment.
C’est l’histoire jolie, tendre, triste et drôle d’un garçon et d’une fille dont on se dit qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Leur rencontre déploie dès lors un horizon d’attente qui fait la trame d’un roman hors du commun. Voilà un roman contemporain décisif qui pourrait bien faire son chemin dans les mémoires. Un de ces romans que l’on se passe comme un talisman. Il consolera bien des âmes en peine. Parce qu’il glisse à son lecteur le réconfortant message : « Mais non, t’es pas tout seul. »
Le premier jour, Marc Levy, Robert Laffont.
Tentation, Stephenie Meyer, Hachette Jeunesse.
Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, Stieg Larsson, Actes Sud.
Que serais-je sans toi ?, Guillaume Musso, XO.
Le sumo qui ne pouvait pas grossir, Eric-Emmanuel Schmidt, Albin Michel.
Tout est sous contrôle, Hugh Laurie, Sonatine.
Guide Fnac Polar 2009, Fnac.
Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, Shaffer et Barrows, Nil.
Twilight - le tournage, Catherine Hardwicke, Hachette Jeunesse.
Un monde sans fin, Ken Follett, Robert Laffont.
Le premier jour, Marc Levy, Robert Laffont.
Que serais-je sans toi ?, Guillaume Musso, XO.
La quatrième forme de Satan, Pieter Aspe, Albin Michel.
Je t’ai donné mon cœur, Mary Higgins Clark, Albin Michel.
Fascination, Stephenie Meyer, Hachette Jeunesse.
La promesse des ténèbres, Maxime Chattam, Albin Michel.
Une grâce infinie, Danielle Steel, Presse de la Cité.
Quitter le monde, Douglas Kennedy, Belfond.
L’infiltré, John Grisham, Robert Laffont.
Duma Key, Stephen King, Albin Michel.