LES MILITANTS ANTINUCLEAIRES PRENDRONT "UN CERTAIN NOMBRE DE RISQUES MATERIELS"... MURUROA:LA PRESSE EN GUEST STAR
ASSOCIATED PRESS; REUTER
Page 7
Jeudi 31 août 1995
Les militants antinucléaires prendront «un certain nombre de risques matériels»...
Mururoa : la presse, en «guest star»
Un point rapproche Paris et Greenpeace. Tout de même. L'art d'utiliser les médias. Avant le combat naval.
A l'approche de la reprise - «à partir du 1er septembre» (demain), selon Paris, jusqu'en mai prochain - des essais français depuis l'atoll polynésien de Mururoa, Greenpeace annonce la couleur. Il y aura des actions communes entre les navires de Greenpeace et ceux de la «Flottille de la paix» (une trentaine de voiliers, yachts, ferries...) et des actions exclusives de Greenpeace, a affirmé le porte-parole de l'organisation écologiste à Papeete (Tahiti). Greenpeace entend protester de façon pacifique mais ferme et est prêt à prendre un certain nombre de risques matériels que les autres ne voudront peut-être pas prendre...
En attendant le gouvernement français et les militants antinucléaires restent engagés dans un bras de fer médiatique sous l'oeil de dizaines d'équipes de télévision accourues à Tahiti pour assister à un nouveau duel entre Greenpeace et la marine.
Nous essayons de répondre à Greenpeace avec les mêmes armes, a déclaré le ministre français de l'Outre-mer, à l'issue d'une tournée en Polynésie française. La dernière fois, nous avons été mauvais, a admis Jean-Jacques de Peretti. L'organisation écologique avait remporté la première manche de ce bras de fer le 9 juillet, lors de l'arraisonnement de son «navire amiral», le «Rainbow Warrior II», dans la zone interdite entourant les atolls de Mururoa et Fangataufa.
Dix ans après le sabotage du «Rainbow Warrior I» à Auckland par des agents secrets français, qui avait coûté la vie à un photographe, la France avait de nouveau été montrée du doigt dans la presse internationale et les pays de la région. La télévision française avait diffusé le témoignage à chaud d'un porte-parole de Greenpeace qui se trouvait à bord du navire et affirmait que l'équipage et les passagers avaient «tous été gazés» par les commandos de la marine, lors de l'assaut.
Nous n'étions pas vraiment préparés, a commenté Jean-Jacques de Peretti. Notre système de transmission n'a pas marché et nous n'avons pas pu envoyer nos images. Cette fois, a-t-il souligné, nous ferons en sorte que les télévisions aient les images quand il se passera quelque chose et nous expliquerons par exemple : «le Rainbow Warrior veut aller là, nous faisons ceci ou cela pour l'arrêter ».
Selon le Haut commissariat de la République à Papeete, une quarantaine d'équipes de télévisions, venues d'une quinzaine de pays étrangers et de France, sont arrivées ces derniers jours à Tahiti, ainsi que 100 à 150 photographes et journalistes de la presse écrite et de la radio. Il y en a dix fois plus que la dernière fois, a souligné un responsable du service de presse du Haut commissariat. J'ai vu défiler dans mon bureau six équipes de la télévision japonaise et quatre de la télévision allemande.
Chaque camp a «ses» journalistes et aligne les équipements de transmission les plus modernes. En plus de ses propres cameramen, Greenpeace a embarqué des représentants de la presse française et internationale sur le «Rainbow Warrior II» et le «MV Greenpeace», qui croisent au large des atolls de Mururoa et de Fangataufa. Un pool de 13 journalistes est pour sa part à bord d'une des deux frégates chargées d'assurer la sécurité du centre d'expérimentation, le «Prairial». L'armée a mis à leur disposition des moyens de montage et une station de vidéo-transmission sur Mururoa et une liaison par satellite a été installée sur la frégate.
Trois équipes de l'Etablissement cinématographique des armées sont en outre sur place avec des moyens HF qui leur permettront, dit-on au Service d'information des armées (Sirpa), de transmettre presque instantanément des images. Ces images seront mises à la disposition des médias dans un centre de presse ouvert depuis lundi par le Sirpa à Papeete et fonctionnant 24 heures sur 24...
Dans cette bataille médiatique, Jean-Jacques de Peretti a lui-même payé de sa personne en plongeant jeudi dernier à 40 m de profondeur dans le lagon de Mururoa au-dessus d'un puits où a été réalisé l'un des précédents tirs, pour démontrer l'innocuité des essais... (AP, Rtr.)
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