LES MINISTRES RELAYENT LA GROGNE PAYSANNE

RICHE,ANDRE; DE MUELENAERE,MICHEL

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Mardi 8 décembre 1992

Les ministres relayent la grogne paysanne

Les ministres des Affaires étrangères des Douze, réunis hier après-midi à Bruxelles avec la plupart des ministres de l'Agriculture et certains ministres du Commerce extérieur, n'avaient pas l'intention de prendre de décisions sur le Gatt. Mais la pression de la rue, les pétarades et les légers accrochages qu'ils pouvaient observer du quinzième étage du Charlemagne n'ont sans doute pas été inutiles.

Le gouvernement français, représenté en force par quatre de ses ministres, n'est désormais plus seul à se plaindre de l'arrangement conclu le 20 novembre entre la Commission européenne et les États-Unis.

La Commission s'est appliquée, dans un document daté du 26 novembre (le seul document officiel à ce jour sur cet épineux sujet) à démontrer que cet embryon d'accord est en conformité avec la réforme de la politique agricole commune (PAC) mise au point par les Douze. La France a réitéré son opposition résolue à cet arrangement qui aurait des conséquences inacceptables pour son économie agricole.

Il est clair qu'il ne saurait y avoir d'accord agricole imposé à la France contre sa volonté, a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Roland Dumas. La France a également demandé à ses partenaires que la Commission ne poursuive pas les négociations agricoles au Gatt, à Genève, tant que des progrès substantiels n'auront pas été réalisés sur les sujets non agricoles. C'est sur cette stratégie que les discussions des Douze butaient hier soir pour permettre à la fois au gouvernement français de sauver les apparences et aux négociations du Gatt de se poursuivre dans une certaine sérénité.

Le tandem franco-allemand s'est mis d'accord la semaine dernière pour éviter que le dossier du Gatt ne vienne trop encombrer le sommet d'Édimbourg. On en reparlera plus tard. Or le temps semble jouer en faveur de la France. Hier, alors que les discussions promettaient d'être longues, l'isolement français semblait s'être très atténué. L'Irlande conteste elle aussi la compatibilité des arrangements de Washington avec la PAC. Et les sudistes - l'Espagne, l'Italie et le Portugal - ont émis des réserves.

Le ministre belge de l'Agriculture, André Bourgeois, a démontré à quel point les dispositions envisagées entre la Commission et les États-Unis restent imprécises. Pour y voir plus clair, il a soumis une liste d'une douzaine de questions, souvent élémentaires, à la Commission. Ce n'est que sur base des réponses qu'il aura reçues que le gouvernement belge jugera de la conformité de cet arrangement avec la réforme de la politique agricole.

Le ministre Bourgeois a également rappelé l'engagement de la Commission de prendre des mesures d'accompagnement pour le cas où un accord sur le Gatt aurait des répercussions défavorables pour l'agriculture: Il est inadmissible, dit le ministre, que les autorités nationales assument les répercussions d'engagements pris par la Communauté européenne: une telle approche ne peut que fausser d'office la concurrence et sonnerait le glas de la politique agricole commune.

A.R. et M.d.M.