Les multiples visages des emplois verts

NACZYK,RAFAL

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Samedi 4 décembre 2010

Table ronde

Il y a encore quelques mois, la croissance verte devait, au-delà de ses vertus écologiques, recréer de l’emploi, nous sortir de la crise, relancer l’Occident face aux pays émergents. Cependant, la transition vers un nouveau modèle respectueux de l’environnement sera longue et s’accompagnera de destructions, de créations et de mutations de métiers dont l’effet net en terme d’emplois reste incertain. Combien d’emplois verts aujourd’hui ? Combien d’emplois verts demain ? La Commission européenne a fixé l’objectif de 3 millions d’emplois « verts » à créer à l’horizon 2020. Dans le monde, les mesures de protection environnementales devraient créer 20 millions d’emplois d’ici à 2030. Dans une étude du Political Economy Research Institute de l’université du Massachusetts, citée par Tim Jackson dans Prospérité sans croissance (Ed. Etopia-De Boeck), les chercheurs ont calculé qu’investir 100 milliards de dollars sur deux ans dans le bâtiment, les transports en commun, les réseaux électriques intelligents, l’éolien, le solaire…, créeraient deux millions d’emplois. La même somme consacrée à l’industrie pétrolière en créerait 600.000. Mais ces chiffres, prometteurs, tardent à se concrétiser. En 2005, la Belgique comptait 77 000 emplois verts (équivalents temps plein), soit 40 % de plus qu’en 1995. La part de l’industrie de l’environnement dans l’emploi total est ainsi passée de 1,5 à 2 %. Aujourd’hui, ces données sont revues à la hausse. Dans une étude récente, la fédération des producteurs d’énergies renouvelables Edora, avance un potentiel de 15.000 emplois supplémentaires dans cette filière, d’ici 2020, rien que pour la Wallonie. « Entre 1991 et 2005, l’emploi dans le secteur des énergies renouvelables a augmenté de plus de 40 %. Depuis 2000, chaque année, l’emploi a cru de 7 % dans les secteurs verts », explique Noémie Laumont, secrétaire générale d’Edora. C’est un « formidable levier » pour de nouveaux emplois, explique-t-elle. Mais elle pointe « un immense besoin de formation professionnelle, sans laquelle l’emploi vert restera une belle idée sans réelle concrétisation ».

La controverse ne s’arrête pas aux chiffres. Elle se fixe également sur la définition des « emplois verts ». Non seulement il ne s’agit pas forcément d’emplois « nouveaux », mais souvent d’« emplois sauvegardés, dont seules les missions évoluent », analyse Vincent Truyens, directeur de Green Recruitment, cabinet de conseil et de sélection spécialisé dans les métiers liés à l’environnement, le développement durable et les énergies renouvelables. De plus, « la formule « métiers verts » est galvaudée. Car un métier vert, c’est un métier dont l’activité change les modes de production et de consommation, en les rendant moins polluants et moins énergivores », explique Christophe Pestiaux, patron d’Ekowatt, une des plus grandes entreprises d’installation de panneaux photovoltaïques en Région wallonne. Dans cette logique, le métier d’architecte ou de maçon n’est vert « qu’à la condition de ne dessiner ou de ne construire que des bâtiments totalement écologiques. Or, en pratique, aucun emploi n’est encore vert. Tous ont un impact sur l’environnement ». Alors, les emplois verts sont-ils un mythe ou une réalité ? Pour Marc Lemaire, directeur du Groupe One et d’Ecores (bureau d’étude spécialisé dans le conseil et études en matière de développement durable), « ce n’est ni un mythe ni une réalité, mais une question complexe ! On ne parle pas de « métiers verts » mais de métiers de la croissance verte ».De quoi parle-t-on ? « Il n’existe pas de réelle définition de ce que sont les emplois verts », estime Marc Lemaire, qui préfère évoquer la « verdisation » des métiers. Et de tenter une autre approche : « De nouvelles activités vont se créer autour de métiers spécifiquement consacrés à l’environnement, des activités vont se « verdir » (construction et rénovation des bâtiments), et des activités vont se développer sans modification majeure de leur contenu (transports collectifs, traitement des déchets, dépollution). » Mais, précise-t-il « si le potentiel d’emplois est très significatif, il n’est pas de nature à résoudre le chômage de masse si les filières techniques spécialisées ne sont pas revalorisées ».

Création ou transformation ?

Selon l’OCDE, « la décarbonisation de l’économie aura un impact plus complexe que la création pure et simple d’emplois verts ». Il s’agit davantage de « réallocation ». Le directeur du cabinet Green Recruitment, Vincent Truyens, confirme : « Il y a peu de métiers nouveaux : les entreprises élargissent leurs prestations, intègrent de nouvelles technologies et les attentes nouvelles des clients. » Plombier qui installe des chauffe-eaux solaires, délégué à l’économie d’énergie dans une ville ou encore responsable social et environnement dans une entreprise, aujourd’hui, les professionnels verts recherchés ne sont plus uniquement des scientifiques et des techniciens mais des généralistes issus de tous les domaines professionnels. « Il y a une mutation des offres d’emploi, explique Vincent Truyens, mais il faut rendre motivants des métiers comme ceux dans le secteur de la valorisation des déchets. » Selon lui, « les compétences doivent être diversifiées et cela devrait rendre les emplois plus attractifs ». De fait, les préoccupations actuelles liées au développement durable et à la protection de l’environnement commencent à créer des besoins de compétences et des emplois. Prudence, toutefois. D’abord, même si ces métiers semblent neufs, « les recrutements concernent plutôt des profils confirmés ou de cadres », constate Vincent Truyens.

Responsable du recrutement Energies Renouvelables chez SPE Luminus, Françoise Marbois insiste sur l’intérêt d’une double compétence. « Le secteur des énergies renouvelables en est très demandeur et le sera de plus en plus, indique-t-elle. Les employeurs exigent une compétence de base, comme un cursus d’ingénieur, mais aussi une technicité supplémentaire liée au domaine de la production d’énergie éolienne par exemple. » Concernant le niveau de qualification, ingénieurs et techniciens ont leur place dans ce secteur, qui compte des fonctions d’exploitation, mais aussi de gestion de projet.Le manque de main-d’oeuvre se concentre tout de même actuellement sur les métiers techniques, comme les techniciens compétents dans la pose de panneaux photovoltaïques. Dans le photovoltaïque, l’heure est à l’embauche de commerciaux et d’installateurs, sur des profils croisant des compétences en bâtiment et en énergie. Et sur les métiers non techniques, où les postes sont bien plus rares. En outre, « il existe un décalage entre les formations et la demande du marché », estime Christophe Pestiaux. Or, les métiers verts sont très spécialisés. « Le traitement de l’eau, la gestion des déchets ou la haute qualité environnementale offrent des postes pour des profils de technicien ou d’ingénieur », poursuit Vincent Truyens.

Solide bagage technique

Parmi les métiers en pointe, les ingénieurs réalisant des études d’impact sur l’environnement, les spécialistes des énergies renouvelables, les conseillers en aménagement durable, sans oublier les professionnels de l’eau et du retraitement des déchets, bénéficiant d’un regain d’intérêt. Vaste et protéiforme, le secteur des déchets, qui recouvre les déchets des ménages, des entreprises, de l’agriculture et de la construction, requiert forcément des compétences très variées. À moyen terme, les objectifs de la nouvelle directive européenne sur les déchets en matière de prévention et de recyclage devraient logiquement stimuler l’emploi. Les filières de valorisation des déchets industriels étant déjà bien développées (ils sont recyclés à 68 %), les enjeux se situent davantage au niveau des déchets ménagers (seulement 24 % sont recyclés) et de la construction et des travaux publiques. L’industrialisation du secteur, historiquement caractérisé par une forte proportion d’emplois peu ou pas qualifiés, a entraîné des besoins de compétences organisationnelles ou en ingénierie, notamment du fait de l’automatisation. « Gérer et revaloriser les déchets est l’un des grands défis de notre société. Pourtant, peu prisés par les étudiants, ces secteurs souffrent d’une mauvaise image de marque, déplore Fredericq Peigneux, Attaché à la Direction générale chez Comet Groupe. Pourtant, il ne s’agit plus tant d’être ferrailleur que de contrôler le bon fonctionnement d’une station de tri, d’imaginer de meilleurs systèmes de traitement des métaux, de gérer le recyclage obligatoire des composants électriques, ou la dépollution de sites industriels… Autant d’opportunités malheureusement méconnues. »Les activités en croissance, liées aux déchets électriques et électroniques, au compostage et à la valorisation des déchets en général, « dépendent de la mise en place de technologies toujours plus performantes. Et à ce titre, elle nécessitent de nouvelles compétences, génératrices d’emplois. » Le secteur de l’aménagement du territoire recrute, lui, des profils plutôt spécialisés en BTP pour des métiers liés à la « circulation douce » ou à l’écoconstruction. Les jeunes capables de réaliser des audits CO2 ont aussi leur chance. « De nombreux bureaux d’études recherchent des jeunes ingénieurs formés au management de projet, avec une spécialisation en énergies renouvelables », explique Vincent Truyens.

L’oxygène des formations

Bien sûr, les formations axées sur le développement durable et l’environnement se multiplient. Mais dans l’ensemble, ces formations produisent plus de diplômés que le secteur n’en recrute. D’autre part, le décalage entre formations suivies et marché de l’emploi est toujours fort. En attendant, le diplômé désireux de « se mettre au vert » devra se donner du mal. « Les postes se trouvent surtout dans les filiales de grands groupes consacrées aux énergies renouvelables ou dans les PME », indique Vincent Truyens. Pour Françoise Morbois, « un mastère spécialisé dans l’environnement peut constituer un bon complément à une formation principale ». Car les entreprises trient aussi sur la motivation.

Autre constat, les entreprises veulent recruter un salarié immédiatement performant au risque de rechercher un candidat ayant une expérience d’au moins cinq ans sur une qualification créée deux ans auparavant ! Néanmoins, beaucoup d’autres ont compris que la pérennité de leur activité passe d’abord par la formation de leurs salariés et leur capacité à anticiper les demandes du marché. « La demande doit être soutenue par des politiques gouvernementales d’aides, et la transformation des métiers doit être accompagnée par des politiques de formation, explique Marc Lemaire. Celle-ci est un point faible : il faut former des formateurs, créer des diplômes et faire évoluer les référentiels. Les pouvoirs publics doivent se positionner pour identifier les futures filières vertes ». Enfin, n’oublions pas que si l’environnement est mis en musique au niveau des États, c’est l’Union européenne qui donne le la. Laquelle, après avoir planché sur Reach, la directive-cadre sur l’eau et les déchets, travaille sur les projets de textes sur l’efficacité énergétique des bâtiments et les économies d’énergie. Les métiers liés à l’environnement feront longtemps parler d’eux. Et tant mieux !

Vincent TruyensDirecteur de Green Recruitment, cabinet de conseil et de sélection spécialisé dans les

Vincent Truyens

Directeur de Green Recruitment, cabinet de conseil et de sélection spécialisé dans les métiers liés à l’environnement, le développement durable et les énergies renouvelables.

« Aujourd’hui, les candidats à la recherche d’un emploi dans le secteur de l’environnement ont de réelles opportunités, car les bons profils sont rares. Il faut dire que l’emploi vert a élargi considérablement son périmètre dans les deux dernières années. Il existe un gisement d’emplois à la fois sur des métiers existants et sur de nouveaux métiers, mais nous constatons aussi et surtout l’impact de l’environnement sur l’ensemble des secteurs industriels. Aujourd’hui, de plus en plus de descriptions de fonctions contiennent des composantes environnementales. Reste qu’en temps de crise, les entreprises sont très sélectives et recherchent des profils pointus et expérimentés, hormis dans les secteurs traditionnels de l’eau et des déchets. Ainsi dans le domaine des énergies renouvelables, les ingénieurs spécialisés en éolien ou en solaire restent des perles rares, tout comme le sont dans l’immobilier les directeurs de projet ayant déjà travaillé sur des programmes HQE.»

Marc Lemaire

Directeur du GroupeOne et directeur d’Ecores (bureau d’étude spécialisé dans le conseil et études en matière de développement durable)

« Qu’il s’agisse du passage du véhicule thermique au véhicule décarboné, des ressources fossiles aux renouvelables, du traitement à la valorisation des déchets et des effluents, l’industrie de demain doit carrément repenser son modèle économique. La fleur au fusil ou sous la contrainte, elle n’a pas vraiment le choix. Mais pour cela, il faut susciter une transversalité des comportements verts. Repenser, dans tous les métiers, la relation que l’on entretient avec la nature, la mobilité, l’énergie… c’est aussi une question de sens, voire de spiritualité. En ce sens, prof de philo c’est aussi un métier potentiellement vert. Si l’on souhaite une nouvelle mentalité d’entreprise, l’enseignement a besoin d’une verdurisation. Aujourd’hui, l’essentiel des emplois verts s’adresse aux profils “haut niveau”. Ces profils seront très recherchés dans les prochaines années, puis la spécialité devrait disparaître car tous les cadres devront posséder une expertise en développement durable, ce sera comme de savoir parler anglais aujourd’hui. Entre-temps, il ne faut pas sous-estimer l’importance des PME, en croissance depuis 20 ans. Ces publics doivent aussi avoir accès aux formations “vertes”.»

Christophe Pestiaux

Directeur commercial d’Ekowatt, entreprise d’installation de panneaux photovoltaïques

« Ekowatt s’est lancée dans l’aventure du photovoltaïque en 2008. 60 emplois ont été créés, notamment via un partenariat avec le Forem. Nous avons fait le pari de l’économie sociale, avec la volonté de favoriser l’accès à l’emploi de personnes moins qualifiées, tout en défendant une finalité environnementale. Un entrepreneur social est motivé par des valeurs altruistes, comme le développement des populations en difficulté ou la protection de l’environnement. C’est une plus-value énorme, car cela rajoute du sens au métier. Nous recherchons des profils très techniques, des couvreurs, des électriciens, que nous formons en interne. Sur le terrain, 2.200 installations ont été opérées. Et tout ne fait que s’accélérer. Mais c’est un secteur fragile et très déstructuré vu le nombre d’opérateurs. En Belgique, suite à la crise, les particuliers temporisent davantage avant d’installer des panneaux photovoltaïques, et beaucoup de concurrents jouent le court terme en vendant un prix plutôt qu’en construisant une activité durable, locale, responsable. Nous, on veut de la qualité, même si c’est un rien plus cher, et un service après-vente au top.»

Fredericq Peigneux

Attaché à la Direction générale chez Comet

« Comet Traitements concrétise un vieux fantasme : transformer à grande échelle les déchets plastiques, caoutchoucs, textiles, électriques et électroniques retirés des carcasses de nos voitures en… carburant, donc en énergie électrique et chaleur par cogénération. Et ce, grâce à un procédé pour lequel la Région wallonne et divers partenaires ont investi près de 7 millions d’euros et créé une douzaine d’emplois. Un projet fou ? Pas du tout si l’on en juge les résultats acquis au bout de trois ans de recherche et développement, avec une valorisation de plus de 91 % des matières broyées. Nous multiplions les recherches pour limiter au maximum les déchets issus du broyage des véhicules hors d’usage, des ferrailles et des équipements électriques ou électroniques que nous consommons chaque jour, à raison d’un million de tonnes depuis la création de l’entreprise en 2002. Certains de nos métiers s’apprennent sur le tas. Nous recherchons autant des conducteurs de grues, des ouvriers en centre de tri, que des ingénieurs ou docteurs en science. Des profils difficiles à trouver, car notre environnement de travail est peu glamour. Mais porteur de sens dans un contexte économique mondial.»

Françoise Morbois

HR Business Partner chez SPE Luminus

« À la fois producteur et fournisseur, SPE Luminus est le deuxième acteur du marché belge de l’énergie. SPE dispose actuellement de centrales électriques (gaz, diesel/huile de palme), de parcs éoliens et de centrales hydrauliques, répartis sur différents sites en Wallonie et en Flandre. 12 % de notre capacité de production provient de sources d’énergie renouvelables, ce qui fait de SPE-Luminus le producteur proportionnellement le plus vert du pays. Nous érigeons en moyenne une à deux nouvelles éoliennes chaque mois. SPE-Luminus est ainsi devenu numéro 1 de l’énergie éolienne en Belgique, avec une production annuelle totale de 120 MW. Au niveau de l’énergie hydroélectrique, nous sommes le plus grand producteur en Belgique avec 80 MW. Nous produisons également 80 MW en biomasse en Flandre. Nous voulons continuer à nous développer sur le territoire belge dans le domaine de l’énergie verte. Actuellement, 9 personnes sont responsables de l’énergie renouvelable au sein du groupe et il est prévu à terme de doubler ces effectifs. Nous engageons de manière permanente des ingénieurs et des techniciens (électriciens, électroméchaniciens, électronic-iens) mais rares sont les profils directement prêts à l’emploi. Ce qui nous oblige à recruter un an à l’avance, avant que le personnel devienne parfaitement autonome. »

Cécile Alphonse

Eco-conseillère et présidente de l’Abece (éco-conseillers et conseillers en environnement).

« Dépasser la spécialisation technique pour apporter une prestation généraliste en matière de développement durable : c’est la mission des éco-conseillers, soit quelque 900 consultants experts en environnement en entreprises, en cabinets-conseils, dans des organismes divers ou des collectivités. Ils exercent une mission transversale en matière de développement durable. Les éco-conseillers sont formés à intervenir comme des généralistes de l’environnement : réalisation d’études, de diagnostics, d’audits et proposition de plan d’actions ; montage de projets incluant la recherche de partenaires ; communication et sensibilisation autour d’un projet environnemental, médiation et résolution de conflit. Et ce, autour de missions diverses : adaptation des installations aux exigences de la réglementation, introduction de technologies propres, optimisation de la gestion des déchets, sensibilisation, information et motivation des personnels… »

3 nouveaux métiers liés au développement durable Environnement intérieur : des conseillers mobiles et pédagogues L’écotoxicologue, un expert pluridisciplinaire

Créé pour renforcer la prévention de l’asthme et des allergies, ce métier exercé par une poignée de spécialistes aspire à plus de reconnaissance. À l’origine, on parlait plus de conseillères que de conseillers médicaux en environnement intérieur. La profession reste très féminine, mais les profils se sont diversifiés : ingénieurs travaillant dans des associations agréées de surveillance de la qualité de l’air, anciens animateurs en environnement, infirmiers rattachés à des services hospitaliers de pneumologie, etc. Certains l’exercent à temps plein, d’autres en libéral ou en parallèle à leur activité, mais ils peinent alors à en vivre. L’essence même du métier consiste à intervenir au domicile du patient pour y détecter le polluant en cause dans son asthme ou son allergie. « Chez lui, on réalise un audit de l’environnement intérieur. On l’interroge, on passe en revue les revêtements, le mode de chauffage, les pièces et on dépiste les allergènes en envoyant si besoin des prélèvements en laboratoire. On s’intéresse aussi à d’autres polluants comme le formaldéhyde », explique Virginie, 42 ans, conseillère médicale en environnement intérieur. « Quand j’interviens dans un logement pour des moisissures, je peux aller plus loin dans la recherche de solutions. » Dans la foulée, le CMEI envoie un rapport au médecin et au patient, puis il suit son évolution. Ce métier nécessite donc un bon bagage de connaissances médicales et techniques du bâtiment, de la ventilation et de la métrologie des polluants présents dans l’habitat. D’autant que le CMEI travaille aussi en coordination avec les services sociaux ou d’aide à la rénovation, des institutionnels, des bailleurs sociaux. « Savoir s’organiser est essentiel, être mobile aussi car dans mon cas, j’interviens à domicile sur l’ensemble de la Wallonie », conclut Virginie.

Recherche dans le secteur public ou expertise dans le privé… l’évaluation de la toxicité environnementale des polluants est une activité plurielle encore en plein développement. S’il étudie l’impact des polluants sur différents écosystèmes, l’écotoxicologue évolue dans un environnement très scientifique : son travail consistant principalement en la conduite de tests en laboratoire et en recherches bibliographiques. La réglementation Reach a encore développé la part réglementaire associée à cette fonction : un véritable « stakhanovisme de la préparation de dossiers », pour Laurent, 39 ans, chef du département toxicologie et environnement d’un grand groupe pharmaceutique. La plupart des entreprises font appel pour cette tâche à des bureaux d’études indépendants.

Vincent, 34 ans, écotoxicologue dans un bureau d’études indépendant, « élabore des méthodes informatiques pour prédire l’impact des molécules sur l’environnement ». Ailleurs, ses confrères élaborent « de nouveaux outils, méthodologies et scénarios d’exposition pour améliorer l’évaluation de la toxicité des produits chimiques », explique-t-il. Ils travaillent aussi sur « les sols pollués, les sites industriels et les déchets ». Les écotoxicologues forment une communauté scientifique restreinte en Belgique : « Pas plus d’une trentaine de personnes, public et privé confondus », estime Vincent. La réglementation Reach a entraîné une augmentation sensible du nombre de postes. Mais le résultat est loin d’être celui annoncé, et trouver du travail n’est toujours pas évident pour les jeunes diplômés. Une large part sort de formations en biologie, écologie, chimie ou pharmacie, les masters en écotoxicologie étant encore peu nombreux. Leur pluridisciplinarité est pourtant très appréciée. En effet, « l’écotoxicologie est à l’interface de nombreux domaines, comme la chimie, la biologie et l’écologie », explique Vincent, pour qui un bon écotoxicologue doit d’abord « être curieux, adaptable et ouvert d’esprit ».

Le chef de projet sites et sols pollués, cœur de réseau

Commercial, technicien et formateur, le chef de projet sites et sols pollués développe ses compétences, au-delà d’une formation initiale tournée vers l’étude des sols et l’environnement. « Notre métier n’est pas nouveau, mais il a beaucoup évolué en suivant la réglementation », observe Stéphanie, 36 ans, qui occupe la fonction dans une agence de conseil en environnement, ingénierie environnementale et travaux de dépollution de sites et sols pollués. Dans le cas de Stéphanie, ce sont ses compétences de géophysicienne qui l’ont conduite à ce métier. « Le poste de chef de projet se situe au cœur du réseau », souligne Stéphanie. « Nos missions vont des études de diagnostic à la réalisation des travaux », résume-t-elle. Une grosse partie de la mission relève du commercial. « Répondant à une consultation, nous élaborons une offre de réhabilitation environnementale dont le choix de la technique va s’appuyer sur les résultats du bilan coûts-avantages, précise-t-elle. Tout au long du projet, nous vérifions la conformité des travaux avec la commande et leur cohérence financière vis-à-vis du budget initial. » Et à la fin du chantier, il revient au chef de projet de produire le rapport destiné au client et de rendre des comptes à son chef de secteur sur le résultat financier. « Notre métier est aussi un métier de contact », ajoute Stéphanie. Au-delà des relations avec le client, un chef de projet assume souvent une responsabilité d’encadrement et de formation de jeunes ingénieurs. À noter que le poste n’est pas l’apanage des bureaux d’études. Certains établissements publics à caractère industriel et commercial, en comptent parmi leurs effectifs. Mais leurs compétences sont alors mises en œuvre « dans un cadre R et D et en appui au ministère, sur des opérations innovantes ou à caractère méthodologique », précise Stéphanie.