Les Néerlandais ont dit adieu au florin Un canard à nouveau boiteux REPERES

BURG,DIDIER; SERVATY,PHILIPPE; AFP

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Mardi 29 janvier 2002

Les Néerlandais ont dit adieu au florin DIDIER BURG AMSTERDAM

Sans tambour ni trompette, le florin a désormais disparu du porte-monnaie des consommateurs néerlandais. Depuis dimanche, minuit, la monnaie nationale néerlandaise, le florin, n'est plus un moyen de paiement légal. Les Pays-Bas sont ainsi le premier pays de la zone euro à retirer de la circulation vieilles pièces et anciens billets (1). Les prochains sur la liste pour rayer de la carte leur monnaie sont les Irlandais, le 9 février, et les Français, le 17.

Précurseurs, les Néerlandais n'ont donc eu à jongler avec deux parités que pendant une petite vingtaine de jours en excluant les dates fériées. Mais, l'introduction de l'euro étant passée comme une lettre à la poste dans le pays dès le 1 er jour, ce délai a suffi. Et mi-janvier, il ne restait déjà plus qu'un quart des billets en florins en circulation. Les Pays-Bas avaient d'ailleurs été sacrés champion des pays de la zone euro pour le plus grand nombre de transactions effectuées dans la nouvelle monnaie dès les premiers jours de sa mise en circulation. Jusqu'à la Banque centrale néerlandaise qui avait été surprise par l'enthousiasme des citoyens. Comme si le pays avait voulu faire honneur à son compatriote Wim Duisenberg, président de la Banque centrale européenne et grand ordonnateur de l'avènement.

En fait, aucun des scénarios catastrophes redoutés ne s'est produit. Ni la pénurie de pièces de monnaie crainte chez les commerçants, ni les attaques des transporteurs de fonds chargés de distribuer les euros. Au contraire, tout s'est passé comme sur des roulettes et avant la lettre puisque nombre de commerçants ont carrément refusé les paiements en florins la semaine précédant sa disparition. Pourtant samedi dernier, les grandes surfaces acceptant encore les florins ont attiré ces 5 % de clients venus se débarrasser in extremis de vieux sous. Certains à regret, comme cette ménagère pestant contre ces pièces en centimes d'euro qui alourdissent son porte-monnaie. Une autre les trouve affreusement laides. Ces eurocentimes disparaîtront d'eux-même bientôt, prédit un petit commerçant d'Amsterdam. D'ailleurs, j'ai arrondi les prix, vers le bas, pour ne plus avoir de un et deux centimes d'euros.

Le clan des déçus

Dans le clan des déçus, on trouve également les propriétaires de commerces des zones frontalières qui, en acceptant les monnaies des pays avoisinants, finissaient par arrondir leurs mois avec des opérations de change favorables. Mais surtout les organisations de consommateurs qui traquent les augmentations de prix et dénoncent les hausses sauvages.

Toutefois, les «guldens», comme on dit ici, ne vont pas complètement disparaître du paysage monétaire européen. Nombre de transactions de change vont encore pouvoir se faire en florins pendant plusieurs années. Et en fait, la Banque centrale néerlandaise échangera les vieilles pièces contre des euros flambants neufs jusqu'au 1er janvier 2007 et acceptera vos anciens billets jusqu'en 2032. Mais pour le consommateur, l'histoire du florin, du nom de cette pièce frappée à Florence au XIIIe siècle et en vigueur aux Pays-Bas depuis près de 700 ans, fait déjà partie du passé.

(1) L'Allemagne avait décrété la fin du deutsche mark au 31 décembre 2001. Dans les faits, les associations professionnelles ont conclu un accord pour l'acceptation des pièces et billets en DM jusqu'au 28 février 2002.

Un canard à nouveau boiteux

L'euro parvient toujours à surprendre. Le bon accueil que lui a réservé, contre toute attente, la population européenne était censé lui donner un coup de fouet sur le marché des changes. Cet espoir s'est bien concrétisé aux premiers jours de l'arrivée des pièces et des billets. Mais depuis lors, son cours renoue avec la faiblesse qui a été sa marque de fabrique depuis sa naissance sur les marchés des changes, le 4 janvier 1999.

Lundi, l'euro est passé sous la barre de 0,86 dollar, pour la première fois depuis juillet 2001. Ce nouveau recul s'explique difficilement. Le même jour, on apprenait, en effet, que le climat des affaires en Allemagne, le poids lourd économique de la zone euro, s'améliorait plus vite que prévu. L'indice IFO a augmenté en janvier à 86,3 points (contre 85,8 points en décembre), alors que les analystes tablaient sur un chiffre de 86 points.

Le «Wall Street Journal» faisait de la publication de cet indicateur une clé pour le sort de l'euro à court terme. Il s'est révélé bon et l'euro a quand même chuté. Cela prouve que les marchés ont tendance à exagérer quand il s'agit de l'euro , estime Liesbeth Van de Craen, senior economist du groupe ING-BBL.

Dans les milieux financiers anglo-saxons, les préjugés restent tenaces vis-à-vis de la monnaie unique. Certains voient l'euro se rapprocher dans quelques mois de son plus bas historique (à 82,28 cents US le 26 octobre 2000), certains n'excluant pas qu'il casse le seuil de 0,80 dollar (pour les anciens Belges, cela mettrait le billet vert à plus de 50 francs).

La Banque centrale

européenne va s'énerver

J'imagine difficilement que la Banque centrale européenne (BCE) le permette. Elle va s'énerver et intervenir avant que l'euro ne tombe aussi bas , estime Mme Van de Craen. A moyen terme, nous prévoyons, au contraire, une légère appréciation de l'euro par rapport au dollar. Même si l'économie va redémarrer un peu plus vite aux Etats-Unis que dans la zone euro, la différence de croissance entre les deux continents ne devrait pas s'élargir. Cet avis est loin de faire l'unanimité. Certains analystes estiment, à l'instar d'Alan Greenspan, le président de la Réserve fédérale américaine, que les Etats-Unis conservent, grâce aux nouvelles technologies et à des structures de marché plus souples, un potentiel de croissance à long terme plus élevé que l'Europe. En clair, la zone euro resterait percluse de rigidités. Les syndicats allemands sont encore en train de réclamer des hausses de salaires (NDLR: le syndicat IG Metall avance le chiffre de + 6,5 %) . C'est ce type de problèmes structurels qui donne une impression négative de l'euro , souligne ainsi Paul Mackel de la firme Dresdner Kleinwort Wasserstein.

Liesbeth Van de Craen ne nie pas que l'euro souffre d'un problème d'image. Mais il s'agit de considérations à court terme. Outre les revendications salariales en Allemagne, on pourrait encore citer les déclarations anti-européennes de certains hommes politiques en Europe et les interrogations suscitées par la succession prochaine de Christian Noyer, le vice-président de la BCE. Mais ces questions vont se régler.

La nouvelle faiblesse de l'euro, même à court terme, devrait inciter la Banque centrale européenne à ne pas baisser ses taux d'intérêt lors de sa prochaine réunion, le 7 février.

Ph. Sy (Avec AFP.)

REPÈRES

Fin du cours légal de la monnaie nationale. Le 27 janvier, les Pays-Bas ont dit adieu à leur monnaie nationale. Le 9 février, ce sera au tour de l'Irlande; le 17 février, de la France; et le 28 février, des autres pays de la zone euro (Belgique, Allemagne, Grèce, Espagne, Italie, Luxembourg, Autriche, Portugal et Finlande).

Echange des billets et pièces dans les banques commerciales. Les banques belges et La Poste accepteront de changer pièces et billets jusqu'au- 31 décembre 2002. Dans d'autres pays, comme la France ou l'Espagne, ce délai s'arrête au 30 juin 2002.

Echange des billets et pièces dans les banques centrales. Les délais varient de pays à pays. Rappelons que les Belges peuvent rapporter leurs pièces à la Banque nationale de Belgique jusque fin 2004. Il n'y a pas de limite pour les billets.

Passage en douceur

pour 90% des Grecs

Plus de 90% des Grecs n'ont pas rencontré de difficulté particulière dans les échanges en euros pendant la troisième semaine après l'introduction de la nouvelle monnaie, a affirmé lundi un sondage publié par le quotidien «Ta Néa». Durant cette période, 69,7% des personnes sondées ont déclaré qu'elles étaient très bien ou suffisamment bien informées au sujet de la nouvelle monnaie. Les constats, par les sondés, d'augmentations de prix injustifiées sont toutefois passés de 27,4% lors de la première semaine à 43,8% la deuxième semaine et à 42,3% la troisième semaine. (AFP.)

Un Luxembourgeois

candidat à la vice-

présidence de la BCE

L'actuel gouverneur de la Banque centrale du Luxembourg, Yves Mersch, est le candidat préféré des milieux financiers pour succéder au Français Christian Noyer comme vice-président de la Banque centrale européenne (BCE), affirmait lundi le quotidien économique allemand «Handelsblatt». Selon le journal, M. Mersch, un orthodoxe de la politique monétaire, a l'avantage d'avoir participé à l'élaboration du traité de Maastricht et dispose d'une solide expérience en tant que banquier central. (B., EFE.)