LES NEERLANDOPHONES DE BRUXELLES REJETTENT LE CONFEDERALISME IL Y A BIEN DEUX SORTES DE FLAMANDS!

LAMENSCH,MICHELLE

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Vendredi 5 février 1993

Les néerlandophones de Bruxelles rejettent le confédéralisme

Il y a bien deux sortes de Flamands!

Les déclarations de Luc Van Den Brande, président CVP de l'exécutif flamand, sur le confédéralisme et le statut de Bruxelles ont peut-être rallié les faveurs du Vlaamse Raad. À Bruxelles, elles ont encore échauffé les bancs du conseil régional, mercredi, et abouti au dépôt de trois motions, suite à une interpellation du PRL. La mise au vote de ces motions ne pourra intervenir qu'à la prochaine séance plénière, sans doute le 19 février.

Charles Picqué, président de l'exécutif, a lu la réponse du ministre CVP, Jos Chabert (hospitalisé) à l'interpellation des libéraux Hervé Hasquin et Jacques Simonet. Ces derniers s'étaient attachés à démontrer que M. Van Den Brande avait, par son refus de la réalité bruxelloise, déchiré le nuage de fumée tissé autour de l'accord de la Saint-Michel par ses signataires PS, SP, PSC, CVP, Écolo, Agalev et VU.

SOLIDARITÉ SANS FRONTIÈRE

M. Chabert s'est voulu apaisant: Laissons à M. Van Den Brande le soin d'assumer ses propres déclarations. Il souhaite honorer l'accord de la St-Michel qui ne peut être interprété comme une réduction des compétences de la Région ou une infraction à son statut. Ses propos ont été mal compris.

Plusieurs élus flamands, dont le ministre SP Rufin Grijp, se sont démarqués des propos du premier Flamand de Flandre et ont rejeté le confédéralisme.

- Nous voulons le fédéralisme. Le confédéralisme n'existe nulle part, si ce n'est dans les États de l'ex-URSS et nous n'en voulons pas. En matière de responsabilité fiscale, M. Van Den Brande scie la branche sur laquelle repose l'union monétaire de la Belgique. Il y a bien deux sortes de Flamands, contrairement à ce que pense M. Van Den Brande. Les Flamands de Bruxelles ont un raisonnement différent de celui des Flamands de Flandre. Par ailleurs, M. Van Den Brande a annoncé plus d'argent flamand pour Bruxelles. Je voudrais bien entendre cela du côté wallon aussi!

Le chef de groupe SP, Michiel Vandenbussche, avait auparavant soutenu que la solidarité, notamment en matière de sécurité sociale, ne s'arrêtait pas à la frontière linguistique.

Walter Vandenbossche, chef de groupe CVP, a également pris ses distances:

- Le CVP de Bruxelles, convaincu que l'accord de la St-Michel ne met pas un terme à la réforme de l'État, ne peut accepter que le rôle de Bruxelles soit limité à une fonction de «district» (ndlr: comme le suggérait le premier Flamand). Nous sommes le dernier endroit de ce pays où se tisse un lien réel entre les Communautés.

NON AU SÉPARATISME

Enfin, l'élu Agalev Dolf Cauwelier confirma le sentiment de ses pairs.

- Les déclarations de M. Van Den Brande ne reflètent pas nécessairement l'opinion de l'ensemble de la communauté flamande. Agalev rejette le confédéralisme qui, dans le contexte belge, conduit inévitablement au séparatisme.

Trois motions ont ensuite été déposées. La première, émanant des partis signataires de la St-Michel, moins la VU, dont le représentant était malade, réaffirme son attachement au «véritable fédéralisme unissant les trois Régions et les trois Communautés dans la solidarité» et à l'autonomie de la Région. La seconde, d'initiative PRL, y ajoute le refus de tout transfert de compétences aux Communautés et aux Régions en matière de sécurité sociale et insiste, pour Bruxelles, sur le statut de région à part entière. La troisième, FDF, est plus tranchante puisqu'elle condamne toute forme de confédéralisme.

MICHELLE LAMENSCH