Les nouveaux horizons de Carmeuse
MUNSTER,JEAN-FRANCOIS
Page 30
Vendredi 18 juin 2010
Matières premières Le géant wallon de la chaux fête ses 150 ans
On commence à remonter la pente mais on est toujours bien loin des niveaux d’avant crise. Je constate que la situation reste difficile dans la sidérurgie. ArcelorMittal vient encore d’annoncer la fermeture de trois hauts fourneaux en Europe. Carsid reste à l’arrêt… Dans la construction, je pense que 2010 sera plus dure encore que 2009. Il y a toujours un temps de décalage dans ce secteur. Heureusement, il nous reste le secteur de l’environnement, relativement stable. 2010 sera meilleure que 2009, mais ce ne sera pas un grand cru.
C’est vrai, sauf si l’Europe se met à taxer le CO2 et que les autres régions du monde ne suivent pas. Une tonne de chaux coûte entre 70 et 100 euros. Or produire cette tonne occasionne de façon naturelle l’émission d’une tonne de CO2. Si cette tonne de CO2 est taxée à 30 euros, on peut craindre que des importations viennent nous concurrencer.
Nous avons deux grands pôles d’activité actuellement : l’Europe et les Etats-Unis. Nous voudrions aujourd’hui trouver une troisième zone pour assurer notre développement futur. Il reste des opportunités à saisir sur nos deux principaux marchés mais il est clair que la croissance est avant tout à saisir dans les pays émergents où les besoins seront énormes. Un plan stratégique est en cours de réalisation.
C’est le plus gros marché au monde pour la chaux puisque c’est le plus gros consommateur d’acier. Mais je préfère ne pas faire d’autres commentaires sur les pays où nous pourrions nous étendre.
Nous connaissons mal Lhoist car ils sont très discrets. Je ne pense pas que ce serait souhaitable pour le marché d’avoir un joueur aussi important. Il faut une émulation. Et puis chacun a ses positions. Ils sont leaders en Belgique. Nous, aux Etats-Unis… Il ne faut pas toujours raisonner en terme de taille. Il n’y a pas de synergies entre les sites. La production de chaux est une activité très locale. Je ne considère par Carmeuse comme une multinationale mais comme un réseau de PME. Il n’y a pas de Belges dans notre management aux Etats-Unis ou en Turquie. Que des locaux.
La part de nos partenaires financiers a augmenté. Cobepa et affiliés (notamment la famille de Spoelberch, actionnaire d’AB – Inbev) sont passés de 20 à 25 %. La famille Collinet étendue à tous les cousins, possède 60 %. Le reste est aux mains de sociétés amies avec qui nous avons fait des transactions par le passé.
Ce n’est pas vraiment le bon moment… Au-delà de ça, je pense que l’entreprise est difficilement compatible avec la Bourse car le métier est difficile à expliquer. Nous sommes présents dans tellement de secteurs différents alors que les marchés financiers, eux, aiment vous mettre dans des cases bien précises.
Et puis, de par la nature de notre métier – l’exploitation de carrières – nous sommes sur des cycles longs alors que le rythme de la Bourse, c’est le court terme.
Une épopée industrielle A l’occasion des 150 ans de Carmeuse, la famille Collinet a confié à Michel
A l’occasion des 150 ans de Carmeuse, la famille Collinet a confié à Michel Dumoulin, professeur d’histoire contemporaine à l’UCL et à Jacques Vandenbroucke, licencié en histoire, le soin de rédiger l’histoire de la société (Par l’effort et par le feu, éd. Fonds Mercator). Une gageure car toutes les archives ont brûlé dans les années 50. L’aventure Carmeuse débute en 1860 dans une carrière d’Ampsin, en bord de la Meuse. Elle tombera plus tard dans l’escarcelle de l’avocat et homme politique catholique Léon Collinet qui s’intéresse de près à ce secteur. Lui et ses descendants vont racheter les carriers indépendants de la région pour constituer le groupe. Jusqu’à la seconde guerre mondiale, le métier évolue peu. Les pierres sont cassées au maillet. La guerre constitue une charnière. Durant les 30 années qui suivent, des progrès technologiques énormes sont réalisés pour améliorer la productivité, la qualité… Les casseurs de pierre disparaissent. La crise pétrolière de 70 marquera un temps d’arrêt pour Carmeuse qui pense même à l’époque se réorienter vers la culture du chicon (!). L’entreprise choisira à la place de s’étendre à l’étranger. La conquête des Etats-Unis commence. Suivront le Canada, le Mexique, la Turquie… Une épopée industrielle trop méconnue.
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