LES OPPOSANTS N'ONT PAS ENCORE DEPOSE LES ARMES L'HEURE D'ETE MAINTENUE SURTOUT PAR HABITUDE?

LAPORTE,CHRISTIAN

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Samedi 23 mars 1996

Les opposants n'ont pas encore déposé les armes

L'heure d'été maintenue

surtout par habitude ?

Dans la nuit du 30 au 31 mars, l'heure d'été sera de retour mais ses adversaires ont pris une

semaine d'avance

pour rappeler ses désavantages.

Nous repasserons donc, pour la 20e fois, à l'heure d'été ou, pour être précis, à la double heure d'été puisque, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous sommes passés progressivement de l'heure du méridien de Greenwich (Temps universel) à GMT + 1.

Depuis deux décennies, les opposants à l'heure d'été ne désarment pas, revenant, bon an mal an, à la charge avec de nouveaux éléments qui ont la méchante tendance à montrer que finalement ce système, introduit après le grand choc pétrolier des années 70 afin d'économiser l'énergie, n'a pas induit les effets espérés. Et pourtant, elle tourne presque toute seule l'heure d'été, puisqu'en octobre dernier, la Commission européenne a présenté un projet de directive qui la reconduit jusqu'en 1998, au moins. Et la période s'étalera désormais jusqu'à la fin du mois d'octobre.

Les adversaires de l'heure d'été ne relâchent pourtant pas la pression. Ils ont tenu à le faire savoir, hier, à deux pas du siège de la Commission. Autour de la table, les représentants des deux associations belges contre l'heure d'été (1) mais aussi Eléonore Gabarain, une agronome d'origine espagnole qui préside l'Association française avec une rare énergie.

Pour Mme Gabarain, le combat est loin d'être perdu puisqu'une sérieuse brèche vient de s'ouvrir sur le flanc occidental européen : le Portugal s'est rendu compte que le passage à la double heure d'été avait augmenté de façon inquiétante le nombre d'accidents mais aussi les échecs scolaires. Il a dès lors décidé de n'appliquer que GMT + 1 pendant la belle saison. A priori, on pourrait croire que les Lusitaniens se mettent totalement en contradiction avec les autres membres de l'Union puisqu'il y a une directive. Faux : en fait, la directive fixe seulement les dates de début et de fin de la période d'heure d'été pour les pays membres, lesquels ont toute liberté de passer ou non au système.

Il est vrai que l'harmonie s'impose, ne fût-ce que pour les transports en commun transfrontaliers, mais rien n'interdit à un membre de l'Union européenne de se démarquer de la mesure.

Eléonore Gabarain a aussi introduit une nouvelle donne scientifique dans la discussion. La fameuse mélatonine, cette hormone du cerveau dont on dit que l'excès d'utilisation sous forme de médicament serait dangereux, joue aussi naturellement sur les organismes et est, en fait, liée à l'obscurité car elle est secrétée par la glande pinéale (épiphyse) lorsque la luminosité diminue. En déplaçant trop les aiguilles, l'organisme en sort perturbé, la mélatonine ne connaissant, évidemment pas, ces changements administratifs !

Les opposants se sont, enfin, longuement penchés sur le rapport d'un consultant britannique, la société Adas, à laquelle la Commission a demandé de faire le point sur la question. Globalement, ce travail ne peut être retenu comme une étude sérieuse car il a surtout envisagé le problème d'un point de vue britannique alors qu'il eût fallu envisager l'hypothèse de l'heure d'été simple et du maintien pendant toute l'année de GMT + 1.

Ce «brittanocentrisme» saute aux yeux dans le chapitre « loisirs», où il est beaucoup question de... golf.

- Il apparaît trop à la lecture du rapport que ceux qui l'ont rédigé ne sont pas en prise avec la réalité. Ainsi, parmi les avantages, ils disent que les agriculteurs pourront développer davantage leurs loisirs en fin de journée. A notre avis, ils n'ont jamais mis les pieds dans une ferme ! Pour nous, c'est donc surtout un rapport pour des bureaucrates mais pas pour des gens engagés dans la vie quotidienne.

Il reste que ce rapport risque de renforcer le camp des «pro-changement d'heure» et d'influencer les décideurs politiques.

- C'est notre grand problème, poursuivent les promoteurs de la conférence de presse. Les ministres passent, les directives restent. Chez nous, on fut près d'un revirement avec Elie Deworme qui avait commandé une étude sur l'économie d'énergie à l'ULB dont ressortait l'inanité de la mesure. Hélas ! le vent a tourné. Et certains lobbies intéressés continuent à faire la pluie et le beau temps...

CHRISTIAN LAPORTE

(1) Association belge contre la double heure d'été, rue des Grands Prés, 248, 4600 Chênée; Belgische vereniging tegen het dubbel zomeruur, Oranjerielaan, 22; 9030 Mariakerke.