Les papistes du PSC et du CVP pourraient faire de la résistance L'impôt du culte n'est pas pour demain

LAPORTE,CHRISTIAN

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Mercredi 4 novembre 1998

Les papistes du PSC et du CVP pourraient faire de la résistance L'impôt du culte n'est pas pour demain

L'impôt philosophico-quoi? Sans tomber totalement des nues, les responsables de l'Eglise catholique de Belgique sont quelque peu désarçonnés face à la suggestion du président du PSC, Philippe Maystadt, de remplacer éventuellement l'actuel système de financement des cultes par un impôt philosophiquement dédicacé («Le Soir» de lundi et de mardi).

La meilleure preuve en est que la hiérarchie reste étonnamment muette et n'a pas (encore) de réaction structurée à la «petite idée» de leur (pratiquante) ouaille ransartoise.

Il est vrai, comme l'explique le canoniste André Mayence (en page2), que les évêques ne sortiront du bois que lorsqu'il y aura une proposition en bonne et due forme sur la table.

Quand même, c'est se voiler la face que de ne pas voir que de plus en plus de partis politiques ont opté pour un financement des cultes différent de celui qui est hérité à la fois de Napoléon et du jeune Etat belge de 1830 (qui avait voulu remercier les catholiques d'avoir bouté les Hollandais dehors tout en reconnaissant leur action sociale).

Certes, la base PSC et surtout le CVP n'ont pas encore réagi officiellement, et certains papistes pourraient faire de la résistance. Mais l'idée d'une répartition plus juste des subventions aux cultes et à la laïcité a fait un fameux chemin depuis quelques mois, notamment sous l'impulsion du Centre d'action laïque qui a épluché la question.

Lors d'un récent colloque à Strasbourg, réunissant des spécialistes européens en la matière (dont ceux de la faculté de droit canonique de la KUL, voir «Le Soir» du 12 octobre), la formule de l'impôt philosophiquement dédicacé est même sortie comme «la» solution des principales formations politiques de chez nous pour entrer dans le troisième millénaire.

FAIT POLITIQUE IMPORTANT

C'est en tout cas ce que révélait une enquête réalisée cet été: tous les partis démocratiques l'avancent comme une voie à creuser, à l'exception des PSC et CVP qui n'avaient pas remis en cause le système actuel.

Si, du côté laïque, on parle de fait politique important , les autres cultes reconnus en Belgique sont aussi favorables à un débat de fond. Pour autant, bien sûr, qu'il soit le plus démocratique possible.

Il en est d'autres qui ne manqueront pas d'être intéressés par ce remue-méninges spirituel: les Eglises évangéliques proches de la mouvance protestante qui ne sont pas reconnues officiellement, au contraire des communautés de l'Eglise protestante unie de Belgique. Par les temps préélectoraux qui courent, elles ne manqueront pas de rappeler qu'elles représentent une partie non négligeable d'«autres chrétiens».

Le débat est donc loin, très loin, d'être clos. D'autant plus qu'on ne changera pas le système de financement par un coup de baguette magique.

Le professeur Rik Torfs, doyen de la faculté de droit canonique de Louvain, ne croit pas à une mutation rapide. Elle nécessitera, de toute façon, une révision de l'article 181 de la Constitution. Celui-ci assure le paiement des traitements et pensions des ministres du culte et des conseillers moraux laïques.

Ensuite, il faudra déterminer la forme d'impôt philosophique.

D'autant que, comme le précise Anne Fivé, juriste au CAL (lire en page2), il y a autant de formes différentes que de pays qui l'ont adopté... Enfin, en isolant l'impôt du culte, l'on pourrait créer un dangereux précédent: les contribuables pourraient revendiquer que leurs impôts aillent à telle réalisation plutôt qu'à telle autre. A la carte, quoi...

CHRISTIAN LAPORTE