LES PARENTS FACE A L'ECOLE:UN DIALOGUE PAS TOUJOURS SEREIN

SIMON,CHRISTINE

Page 28

Mercredi 30 août 1989

Les parents face à l'école:

un dialogue pas toujours serein...

POUR les parents d'enfants en âge scolaire, c'est aussi la reprise et le changement d'habitudes. Fini l'horaire d'été! Finies les soirées détendues, sans tenir compte du réveil du lendemain! Finis aussi les départs matinaux sans stress de dernière minute!

Mais pour les associations de parents, cette rentrée, comme les précédentes, n'est pas exempte de préoccupations à l'égard de l'organisation de l'école. Cette première rentrée de l'enseignement communautarisé amène son stock de problèmes en sens divers.

Dans l'ensemble, les parents, tant ceux dont l'enfant fréquente l'enseignement catholique (Cnap, Confédération nationale des associations de parents) que ceux dont l'enfant fréquente l'enseignement officiel (Fapeo, fédération des assotions de parents de l'enseignement officiel) ont noté avec une certaine satisfaction la volonté des deux ministres d'organiser une rentrée calme et sereine. La plupart des circulaires ont été envoyées bien avant la fin du mois d'août et, dans l'enseignement fondamental en particulier, tous les instituteurs ont été désignés. Pas de petite classe, sans maître donc... En outre, les deux ministres Grafé et Ylieff ont décidé de pourvoir au remplacement des professeurs absents en septembre...

Quid des ZEP?

Mais un arbre ne saurait cacher la forêt! Et les parents n'attribuent pas la cote maximale aux deux ministres!

Il y a d'abord la lutte contre l'échec scolaire et, dans cette optique, la mise en place des zones d'éducation prioritaires. Le dossier est brûlant! Si d'emblée, les ministres n'avaient accroché aucun budget à ce projet, ils avaient néanmoins mis sur pied une commission d'experts. Au moment des décisions - c'est-à-dire en juin - rien n'a suivi... A juste titre donc, les parents de la Cnap et de la Fapeo s'émeuvent de la tournure des positions politiques face aux ZEP et des non-décisions des ministres qui se renvoient la balle avec maestro. Si le ministre Grafé avait bien remis sa copie dès le début du mois d'août aux ministres régionaux chargés du budget des agents contractuels subventionnés (ACS), il n'en est pas de même du ministre Ylieff. Résultat: les équipes pédagogiques, si elles sont un jour désignées, ne pourront valablement commencer leur travail que dans quelques semaines!

Autres soucis des parents: leur plus grande participation au fonctionnement de l'école. «Chaque année, nous répétons que nous voulons être présents dans le dialogue parents-école. Promesse avait été faite cette année... mais telle soeur Anne, nous ne voyons rien venir. Rien n'est concrétisé dans les faits» souligne Martine Duwez, secrétaire générale de la Fapeo. «Nous revendiquons depuis plusieurs mois la mise en place d'un conseil supérieur de l'enseignement et de la formation avec la participation de toutes les parties concernées par ces matières et donc des parents» précise, pour sa part, Jean Wautiez, secrétaire général de la Cnap, qui attend aussi une participation des parents au niveau local, c'est-à-dire la généralisation effective du conseil d'école. «Mais pour que cette participation soit effective, il faut un décret», estime Jean Wautiez.

Quant à Martine Duwez, elle aimerait connaître les conclusions du Conseil pédagogique de l'enseignement de la Communauté. «Les parents aimeraient savoir ce que les membres de ce conseil préparent comme réformes, savoir si ces propositions seront ou non suivies dans les classes.»

Le malaise

des enseignants

«Il faut revaloriser financièrement et moralement la carrière des enseignants», juge Jean Wautiez, frappé de voir à quel point le phénomène de malaise de la profession s'est installé. «Certains enseignants sont découragés. C'est une donnée à prendre en compte tout comme la pénurie d'enseignants de certaines disciplines. Trop de diplômés ne veulent plus enseigner. Il faut savoir pourquoi et redonner plaisir et considération aux métiers d'enseignants.»

Même constat accompagné de crainte du côté de la Fapeo. «Nous risquons, faute de profs de math ou de profs de technique d'avoir des classes sans enseignant», constate Martine Duwez qui pense principalement aux remplacements difficiles du milieu de l'année scolaire.

«Et pas seulement des remplacements pour congés de maladie! Les parents souhaitent, en effet, que les écoles organisent le mieux possible la formation continuée. Il ne faut pas, parce que les enseignants suivent un recyclage, que les enfants en pâtissent», commente la secrétaire générale de la Fapeo en suggérant la mise sur pied de diverses formules, comme la semaine de classe verte tandis que l'enseignant suit des cours, etc. «La multiplication de différents maîtres n'est pas l'idéal pour les enfants!», ajoute-t-elle.

Les langues

Enfin, les parents des enfants fréquentant l'enseignement officiel souhaitent que la spécificité de l'école officielle et que les pouvoirs publics se préoccupent davantage de revalorisation de l'enseignement technique et professionnel. «Il faut, remarque la Fapeo, que le public soit mieux informé sur les débouchés des études et les orientations proposées aux adolescents.»

Le problème des transports est également épinglé. «Nous souhaitons que le libre choix soit une réalité» disent les parents du libre et de l'officiel qui ajoutent une série de problèmes, comme l'ouverture vers l'Europe (pourquoi pas un programme Erasmus pour adolescents?), un meilleur équilibre du rythme scolaire, la prise en compte plus importante de l'enseignement spécial.

Les parents de la Cnap se préoccupent également du problème de l'apprentissage des langues. «Nous souhaitons, dit Jean Wautiez, que nos enfants de l'enseignement primaire aient une initiation linguistique en Wallonie comme à Bruxelles. Mais que cette initiation ne soit pas improvisée! Il faut donc, à cet effet, que des enseignants spécialement formés donnent les cours de langue, que les méthodes soient adaptées à l'âge des enfants, que les parents aient le choix de la langue et, enfin, qu'il y ait une véritable liaison entre le secondaire et le primaire.»

C. S.

Les parents qui veulent en savoir plus peuvent obtenir des renseignements auprès de la Fapeo, galerie du Roi, 25, bte 2, à 1000 Bruxelles (tél.: 02/511.31.08) ou de la Cnap, 29a, rue Belliard, à 1040 Bruxelles (02/230.75.25) qui, tous deux, ont un organe de liaison «Infor-Parents» pour la fapeo et «Les parents et l'école».