LES PREVISIONS DU DIRECTEUR GENERAL DU FONDS MONETAIRE INTERNATIONAL. NOUVELLE ANNEE TRES DIFFICILE EN PERSPECTIVE TIERS-MONDE

AFP

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Jeudi 21 mars 1991

Les prévisions du directeur général du Fonds Monétaire International

Nouvelle année très difficile en perspective

pour les pays du Tiers Monde

Les pays du tiers-monde, victimes du ralentissement de l'activité économique dans les pays riches et des effets de la crise du Golfe, connaîtront une nouvelle année «difficile» en 1991 avec une quasi-stagnation de leur taux de ccroissance, a estimé mardi le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), M. Michel Camdessus. M. Camdessus, qui s'exprimait devant des chefs d'entreprises canadiens à Toronto, a par ailleurs appelé les pays en développement à réduire leurs dépenses «excessives» en armements tout en demandant aux pays industrialisés de limiter leurs exportations d'armes.

Les pays du tiers-monde devraient enregistrer cette année une croissance économique légèrement supérieure à 1 % seulement après une augmentation de l'activité limitée à moins de 1% en 1990, a estimé M. Camdessus. Ces prévisions sont largement inférieures à celles annoncées en septembre dernier par le FMI, qui faisaient état d'une croissance moyenne de 2,2 % en 1990 et de 4,2 % en 1991 dans les pays en développement.

SUITES DE LA CRISE

DU GOLFE

Ces perspectives très décevantes s'expliquent notamment par le ralentissement de la croissance dans les pays industrialisés qui pèse sur les exportations du tiers-monde, et les conséquences de la crise du Golfe avec en particulier la flambée des cours du pétrole, a indiqué le directeur général du FMI.

Les pays en développement font face à un environnement économique caractérisé par un manque sévère d'épargne, à un moment où les besoins en investissements dans le monde augmentent fortement avec les financements nécessaires à l'Europe de l'Est et à la reconstruction dans le Golfe, a souligné M. Camdessus. Il est clair que la transformation des pays d'Europe de l'Est, de l'Union soviétique et la reconstruction des économies particulièrement touchées par la guerre au Moyen-Orient demanderont des investissements exceptionnellement importants dans les prochaines années.

Dans ce contexte, la seule solution pour les pays du tiers-monde consiste à augmenter leur épargne intérieure et à mettre en place des politiques économiques «saines» destinées notamment à attirer les investissements étrangers, a estimé M. Camdessus. Pour pallier l'absence d'une augmentation substantielle de l'assistance officielle au développement (FMI, Banque Mondiale...), il a appelé les pays riches à faire un effort supplémentaire en améliorant les conditions de leurs prêts, en augmentant leurs dons et en réduisant la dette du tiers-monde.

Face à la rareté des financements, les pays du tiers-monde doivent réduire leurs dépenses excessives en armements, a affirmé le directeur général du FMI.

Concernant en particulier le Moyen-Orient, M. Camdessus a souhaité que les pays exportateurs d'armes «s'imposent à eux-mêmes une discipline commune qui viendrait soutenir les efforts attendus des pays» de cette région. Il a notamment demandé que les exportateurs d'armements étudient avec soin la possibilité d'une interdiction des crédits à l'exportation pour les ventes d'armes au Moyen-Orient.

EFFORT SUR LA DETTE

AU MOYEN ORIENT

La reconstruction des économies affectées par la guerre du Golfe est essentielle pour renforcer les perspectives de «paix durable» au Moyen-Orient, a ajouté M. Camdessus. Les pays industrialisés doivent faire «un effort exceptionnel pour réduire la dette de plusieurs pays» de cette région et les nations les plus riches du Moyen-Orient doivent également augmenter leurs contributions financières à cette oeuvre de reconstruction, a-t-il expliqué. (D'après AFP)