LES PRIVES VEULENT RESTER DANS BIAC...PAS A N'IMPORTE QUEL PRIX BRUXELLES-NATIONAL EN PLEINE FUSION

DERMINE,MELODY

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Vendredi 16 janvier 1998

Les privés veulent rester dans Biac... pas à n'importe quel prix

Bruxelles-National en pleine fusion

Brussels Airport Terminal Company (BATC), société gestionnaire de l'aérogare, a soufflé en fin d'année ses dix bougies d'anniversaire avec le moral au zénith : 16 millions de passagers sont passés par le terminal de Bruxelles-National l'an dernier, soit une hausse de 18 % par rapport à 1996. Les revenus de ses activités (restauration, parkings, duty-free,...) sont dans la même lignée avec une croissance de 13 % pour un chiffre d'affaires qui devrait frôler les six milliards de francs.

L'an neuf démarre donc sous un horizon optimiste mais tourmenté. BATC, cette société semi-privée, dont la Régie des voies aériennes (publique) détient 47,5 %, se pose en effet des questions existentielles. La loi d'habilitation réglant la future organisation de l'aéroport a été publiée au Moniteur le 30 décembre 97. Le scénario prévoit la fusion de BATC et de la Régie des voies aériennes pour former la société Biac, une société anonyme de droit public (un statut qui chiffonne déjà les investisseurs privés de BATC), tandis que Belgocontrol (publique) se chargera du contrôle aérien, le tout sous l'oeil de l'administration de l'aéronautique et d'un comité de contrôle.

Un arrêté royal est actuellement en préparation, lequel précisera les conditions juridiques, techniques et financières de la création de Biac où le secteur public sera majoritaire. Les investisseurs privés actuels veulent rester dans Biac, mais pas à n'importe quelle condition, annonce Pierre Klees, directeur général de BATC. Autrement dit, tout dépend de la valorisation des actifs, exercice périlleux menant inévitablement à des avis divergents puisque les actionnaires de BATC veulent que l'on tienne compte du potentiel bénéficiaire de leur société et pas seulement de sa valeur comptable. Je suis sûr que nous trouverons une solution, affirme Pierre Klees, car ce serait idiot de remettre ça (la gestion de l'aéroport) dans les mains d'une administration après tout ce que nous avons fait, évoquant notamment la construction du nouveau terminal, son développement fulgurant, et d'autres succès. Comme Switch, le département informatique de BATC qui est devenu une société anonyme autonome. Après avoir développé tout le système de gestion de l'information dans l'aérogare, Switch exporte son savoir-faire. Elle a décroché l'an dernier un contrat d'une valeur de 100 millions de FB à l'aéroport de Schiphol.

Un tel succès n'est possible, martèle Pierre Klees, que grâce à une gestion de type privé et Biac devra continuer dans cette voie. Pas question que l'aéroport soit géré par une administration, il lui faut la flexibilité et une stratégie industrielle.

Et si les privés décidaient de retirer leurs billes ? Bien sûr, le ministre Daerden (Transports) affirme que d'autres investisseurs sont au portillon comme Schiphol. Il pourrait aussi proposer à la Société fédérale de Participation (SFP) de prendre la place des privés. En attendant l'introduction en Bourse ?

Mais Pierre Klees, dont le mandat arrive à échéance en juillet prochain, semble convaincu que dans Biac, les privés seront du voyage. A la question de savoir s'il restera à la barre, il répond : Je suis à la disposition de la république ! Si l'on peut gérer convenablement cet aéroport, je suis disponible pour assurer la transition. Durant un maximum de deux ans. Et après ? J'irai exploiter une plantation de tabac à Cuba. Un grand rêve !

MELODY DERMINE