LES PRODUITS BOURSIERS Allons faire un petit tour sur les marchés Au programme : actions, obligations et autres sicav. Les règles à suivre en matière de produits boursiers si on veut éviter les déconvenues : évaluer les risques, équilibrer et diversifier. Une bonne recette pour investir en actions : équilibrer et diversifier Les obligations avec ou sans risque Le bon d'Etat, à mi-chemin entre l'emprunt public et le bon de caisse Dans l'ombre des bons d'Etat, les « olop » ne séduisent pas encore les épargnants Le Belge est grand amateur de sicav,sous toutes ses formes Les fonds d'épargne pension, l'investissement de base Le certificat foncier, un produit bien de chez nous

CHARLET,MARC

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Mardi 23 novembre 2004

LES PRODUITS BOURSIERSAllons faire un petit tour sur les marchés

Au programme : actions, obligations et autres sicav. Les règles à suivre en matière de produits boursiers si on veut éviter les déconvenues : évaluer les risques, équilibrer et diversifier. Dans l'esprit du grand public, la Bourse, c'est avant tout le royaume des actions. Cette manière de voir est sans doute correcte, mais elle n'est que partielle. En réalité, la Bourse est avant tout une espèce de marché de l'occasion (le marché « secondaire ») d'une vaste gamme de valeurs mobilières. Les actions, bien sûr, mais aussi des produits qui en sont proches, comme les dérivés (warrants, options, etc.), les strips VVPR, les sicafi, les certificats fonciers ainsi que, ne l'oublions pas, les obligations qui, elles aussi, font l'objet d'une cotation. Et, aux ventes publiques hebdomadaires, on peut en outre acquérir (et vendre) des bons de caisse ainsi que des parts de sociétés non cotées.

Sauf exception, les sicav ne font pas l'objet d'une cotation. C'est que leur prix varie en fonction non pas de l'offre et de la demande, mais bien de leur « valeur intrinsèque » (dite valeur d'inventaire), c'est-à-dire de la valeur réelle des produits qui composent leur panier (actions et obligations essentiellement) et qui font eux-mêmes l'objet d'une cotation. Si bien que, indirectement au moins, les sicav peuvent être considérées comme des produits boursiers.

Du fait même que leur valeur est liée à la corrélation entre une offre et une demande, les produits boursiers sont fondamentalement volatils. Mais cette volatilité est fort différente d'un produit à l'autre. Très forte pour les actions, elle l'est beaucoup moins pour les obligations. Pour lutter contre cette volatilité, la seule stratégie consiste à la fois à diversifier ses placements et à avoir un horizon de placement dégagé. Bien sûr, si c'est le gros « coup » que vous cherchez, c'est une autre tactique que vous devrez mettre en oeuvre. Mais s'agit-il de placement ou de loterie ?

Une bonne recette

pour investir en actions : équilibrer et diversifier

Pour les détenteurs d'actions, les douze mois écoulés (du 17 novembre 2003 au 17 novembre 2004) ont été plus que satisfaisants. L'indice mondial de Morgan Stanley progresse de 16,9 % (+ 20,0 % l'année précédente), le Dow Jones a repris 8,6 % (+ 13,1 %), le DJ Stoxx 50 (Europe) 10,1 % (+ 12,6 %) et le BEL 20 31,2 % (+ 11,1 %). Quant au Nasdaq, il a continué à reprendre de belles couleurs en gagnant 10 % (+ 46,2 %).

A l'horizon de 12 mois (jusqu'au prochain « Guide de vos placements »), les analystes financiers sont modérément optimistes. La reprise attendue de l'économie est en voie de se concrétiser. Il se confirme donc que, sur le long terme, les actions restent le type de placement le plus rentable. Par exemple, sur le dernier quart de siècle, et selon les pays, le « return » annuel moyen des actions oscille entre 6 et 10 %. Soit, en général, de 2 et 4 % de plus que les obligations.

Précisons bien qu'il s'agit de « return ». Et, dans ce « return », la part de la plus-value est dominante. Car les coupons annuels sont plutôt maigrichons. En général de l'ordre de 2 %.

Est-ce pour autant que les épargnants soucieux avant tout de rentrées régulières doivent s'en détourner ? Certainement pas. Tous les spécialistes financiers vous l'expliqueront, si la valeur du portefeuille augmente de 8 % par an, il est possible d'en prélever par exemple 4 %, qui, ajoutés aux 2 % de dividendes, assureront un revenu annuel de 6 %. Et votre capital continuera à augmenter de 4 % par an, largement de quoi gommer l'inflation. Cet objectif suppose, on va le voir, un portefeuille relativement bien étoffé, diversifié et équilibré et un horizon de placement assez long.

De combien faut-il disposer ? Les conseillers financiers ont coutume de dire qu'un portefeuille de base, un tant soit peu diversifié, doit contenir au minimum une dizaine de positions, c'est-à-dire d'actions différentes. Si l'on ajoute à cela que, si on veut éviter des frais excessifs, une position doit peser au moins 2.500 euros et que, par ailleurs, pour un épargnant moyen, les actions ne peuvent représenter que 50 % de l'ensemble du portefeuille, cela veut dire qu'un capital de 50.000 euros est nécessaire avant de tenter l'aventure boursière. Et, pour un « bon père de famille » très prudent, qui ne consacre que 20 % de son épargne aux actions, la barre monte à 125.000 euros.

Les investisseurs débutants sont-ils pour autant exclus ? Pas nécessairement. Première échappatoire : les sicav mixtes, dont le panier est composé d'actions et d'obligations, dans des proportions variables d'ailleurs, en fonction du tempérament de l'investisseur (défensif, neutre et agressif). Deuxième palliatif : les actions dites défensives, parce que peu sensibles aux cycles économiques et monétaires, que l'on trouve dans les secteurs de la distribution, de l'alimentation ou des services de proximité (les « utilities »). En bâtissant un portefeuille autour de ces valeurs dites de « bon père de famille », on devrait éviter de boire la tasse.

Pour quel horizon de placement ? Bien sûr, il est toujours possible de réaliser quelques jolis coups en Bourse. On peut encore acheter à 100 et revendre à 150 quelques semaines ou quelques mois plus tard. Mais cela demande une perspicacité peu commune. Attention, la Bourse, ce n'est pas le casino. La meilleure façon de gagner, c'est encore de « donner du temps au temps ».

Pour être sûr ou pratiquement sûr de retrouver son capital, les experts de la KBC ont ainsi calculé qu'en moyenne le « délai de sécurité » est de 9 ans pour les actions belges, de 7 ans pour les allemandes, de 6 ans pour les françaises et les américaines, et de 3 ans pour les néerlandaises. Si vous devez réaliser votre investissement à court ou moyen terme, le placement en actions n'est donc pas la voie la plus indiquée.

Comment gérer un portefeuille d'actions ? Si l'investissement en actions est un placement à long terme, cela ne veut pas dire qu'on peut se contenter de dormir sur son portefeuille une fois qu'il est constitué. Les pays, les secteurs économiques, les entreprises, les devises connaissent des cycles et même des accidents qui ont une influence directe sur les cours. Le cas échéant, il faut pouvoir se dégager d'une position qui flanche ou, inversement, savoir prendre son bénéfice. Bref, faire des arbitrages, comme disent les spécialistes.

Une gestion active peut s'opérer de deux manières. Première solution : l'investisseur prend lui-même les choses en main. Parce qu'il estime qu'il dispose du temps et des connaissances nécessaires. Cela suppose évidemment qu'il suive de manière attentive, et quotidiennement (même pendant les vacances !), non seulement le cours des actions, les siennes et les autres, mais aussi toute l'actualité. A moins d'avoir une bonne raison de préférer la détention de titres-papier, l'épargnant placera ses valeurs sur un compte-titres. Ce qui lui permettra de réagir plus rapidement en cas d'événement imprévu, mais aussi de se décharger d'une série de tâches matérielles fastidieuses (encaissement des coupons, division des titres, etc.).

L'autre solution consiste à s'appuyer sur un professionnel d'une banque ou d'une société de Bourse. Ici, un choix est à faire entre la gestion conseil et la gestion discrétionnaire.

Dans le premier cas, après que la stratégie générale a été définie, votre conseiller personnel vous fera régulièrement des propositions d'achat et de vente, mais c'est vous qui prendrez dans chaque cas la décision. Avec la gestion discrétionnaire, c'est le conseiller qui procède aux arbitrages. Cette option, moins onéreuse, est pratiquement incontournable si le portefeuille comporte un grand nombre de positions.

La Bourse belge ou les Bourses étrangères ? Depuis l'introduction de l'euro, les risques de change ont disparu entre les Bourses de onze pays de l'Union européenne. Si l'on se place du point de vue du risque « monnaie », cinq grandes régions peuvent être distinguées : la zone « euro », les pays européens hors de cette zone (Royaume-Uni, Suisse, Suède, etc.), la zone dollar, le Japon et, enfin, les pays émergents (Asie hors Japon, Amérique latine et Europe centrale). Disons-le d'emblée, l'investissement en direct dans ces deux dernières régions est fortement déconseillé. Tout simplement parce que, même attentif, un investisseur particulier n'a pas la visibilité suffisante pour suivre ces marchés. Les professionnels eux-mêmes ne s'y retrouvent qu'à grand-peine. Le détour par une sicav reste le moyen le plus sûr pour s'y risquer. Restent donc l'Amérique du Nord et l'Europe. Pour ce qui est de l'économie américaine, la récession a fait place à une vigoureuse reprise, mais, d'après les spécialistes, la faiblesse du dollar - qui n'a pas encore atteint son niveau le plus bas face à l'euro - doit inciter à ne pas y investir massivement. Maximum un quart du portefeuille d'actions.

Si l'on ajoute à cela que, dans ce même portefeuille, la part des pays du Vieux Continent hors zone euro ne devrait pas dépasser 10 %, cela laisse pratiquement 70 % pour la zone euro. Toutes ces parts sont évidemment à réduire quelque peu si, via les sicav, vous voulez inclure des japonaises et des émergentes dans votre portefeuille (maximum 10 %).

Et la Belgique dans tout cela ? Le moins qu'on en puisse dire est que la Bourse de Bruxelles s'est bien redressée. Par rapport à son sommet historique (3.860 points en janvier 1999), le recul du BEL 20 n'est plus « que » de 26 %. Cela fait des années que les investisseurs, soucieux d'une meilleure diversification, se délestent d'un excédent de valeurs belges. Au stade actuel, selon la plupart des analystes, la part des actions belges dans le portefeuille doit être inférieure à 10 %.

Qu'est-ce qu'un portefeuille diversifié ? Une répartition géographiquement équilibrée ne suffit pas pour limiter les risques. Il faut en outre procéder à une diversification sectorielle adéquate.

La maison Morgan Stanley a identifié, ce n'est qu'un exemple, une vingtaine de secteurs, qu'elle a regroupés, sous l'angle de l'investissement boursier, en quatre catégories : les cycliques (construction, matières premières, énergie, chimie, etc.), les valeurs de croissance (télécom, informatique, etc.), les financières (banques et assurances) et les défensives, articulées autour des biens de consommation et des services aux particuliers (production et distribution).

Lorsqu'on fait une synthèse des propositions des experts, la répartition sectorielle idéale serait, à l'heure actuelle, la suivante : 28 % pour les cycliques, 32 % pour les valeurs de croissance, 25 % pour les financières et 15 % pour les défensives.

NOS PRÉFÉRÉES. Voici quelques actions qui, d'après les spécialistes que nous avons interrogés, disposent d'un réel potentiel de croissance à un horizon de douze mois : en actions belges, Electrabel, Fluxys, Leasinvest ; en actions de la zone euro, Total, Nokia, et BNP-Paribas ; en actions Europe hors zone euro, Vodafone. En dehors du vieux continent, investissez via les sicav. Attention : les conseils du jour ne sont pas ceux du lendemain.

Les remous boursiers récents l'ont démontré, les obligations ont plus que jamais leur place dans un portefeuille financier équilibré. Encore faut-il savoir de quelles obligations on parle, car derrière ce concept se cachent une multitude de produits qui n'ont en commun que le fait d'être une créance à moyen ou long terme émise par un pouvoir public (régional, national ou international), une institution financière ou une entreprise de grande dimension, à destination d'un large public.

A partir de là, tout peut différer : la devise, le prix d'émission, la durée, le taux, les conditions de remboursement et la qualité de l'émetteur. Ces éléments variant d'une émission à l'autre, on comprendra que, contrairement à une opinion largement répandue, les obligations peuvent aussi être des placements à risque. Le degré de risque est fonction de plusieurs éléments, mais, en principe, plus il est élevé, plus la rentabilité sera forte.

La qualité de l'emprunteur. Parmi les paramètres à prendre en considération, la qualité du débiteur est sans doute celui auquel l'épargnant doit accorder la priorité. Un Etat d'Europe occidentale et une entreprise d'un pays exotique ne présentent pas la même capacité à faire face à leurs obligations concernant le paiement des intérêts et le remboursement du capital. C'est ce qui explique que les émetteurs font l'objet d'une espèce de cotation par ce qu'on appelle les agences de notation (Standard & Poor's, Moody's, Ibca et, chez nous, ING).

Un émetteur de qualité paiera un intérêt moins élevé qu'un débiteur douteux. Attention, ce n'est pas parce que l'émetteur est jugé a priori convenable qu'aucun accident n'est à craindre. Comme en atteste l'affaire de la société canadienne Confederation Life, recommandée par la CGER et mise en faillite quelques mois plus tard.

Les « corporate bonds ». On distingue habituellement deux types d'émetteurs. Tout d'abord, les pouvoirs publics, c'est-à-dire les Etats, les pouvoirs locaux (régionaux, provinciaux, communaux), les institutions internationales, comme l'Union européenne, ainsi que les organismes publics auxquels ces mêmes pouvoirs locaux ont accordé leur garantie. C'est le cas, par exemple, au niveau européen, de la Banque européenne d'investissement (BEI) et, au niveau belge, du Fonds d'amortissement de la dette du logement social (Fadels). Ces émetteurs sont tout ce qu'il y a de plus sérieux.

C'est vrai pour les pouvoirs publics des pays occidentaux, qui ont toujours tenu à honorer leurs engagements. La chose est moins sûre pour d'autres Etats, qui peuvent unilatéralement annuler leur dette (ce fut le cas de la Russie au lendemain de la révolution de 1917) ou qui peuvent se retrouver dans l'incapacité de faire face à leurs obligations (ils reportent alors le paiement des intérêts et/ou le remboursement du capital). Ce fut le cas de l'Argentine il y a deux ans.

La deuxième catégorie est constituée par les emprunteurs privés, c'est-à-dire les sociétés. Ici aussi, une distinction est à faire selon que les émetteurs appartiennent ou non à une nation occidentale. A priori, on dira que les premiers sont plus fiables que les seconds. Mais, encore une fois, il y a la règle et les exceptions. Une faillite n'est jamais à exclure. Si le risque est minime dans le chef d'une société comme Ford Finance ou comme Dexia, il est réel pour des sociétés moins connues et dont la surface financière n'inspire pas confiance. On parle alors de « junk bonds », en français « obligations pourries ». Certes, elles sont souvent assorties de taux d'intérêt élevés, mais il est conseillé de se tenir à l'écart de ce type de placement. Au demeurant, même des sociétés respectables peuvent tomber en faillite.

Le choix de la devise. La monnaie dans laquelle l'obligation a été émise influence le taux qui sera offert au prêteur. Ainsi, même entre les devises réputées fortes, les écarts peuvent être enregistrés. Au sein même de la zone euro et pour les fonds publics à dix ans libellés en euro, certains écarts subsistent. Le « bund » allemand est moins bien rémunéré, avec un taux de l'ordre de 3,75 %, et l'« olo » belge est plus généreuse, avec un intérêt de 3,85 % environ. Toujours en Europe, mais en dehors de la zone euro, les écarts sont nettement supérieurs, puisque la Suisse n'offre que du 2,90 %, alors qu'on obtient du 5,00 % en Norvège. Aux Etats-Unis, le bon du Trésor américain, toujours à dix ans, a vu son rendement augmenter ces dernières semaines, à 4,20 %.

Il est loin le temps où les emprunts scandinaves, australiens ou néo-zélandais offraient des taux supérieurs à 10 %. Il est encore possible d'obtenir de telles rémunérations en se tournant du côté des devises exotiques, comme les monnaies sud-américaines, le zloty polonais ou le rand sud-africain. Mais quand bien même le débiteur serait de qualité, resterait le risque de change. Il existe déjà pour les emprunts émis en dollars, mais dans les deux sens. Pour les devises exotiques, par contre, la dévaluation est une donnée à intégrer obligatoirement lorsque l'on veut avancer une hypothèse de rentabilité. Quant aux emprunts émis en yens, il vaut mieux y renoncer. Davantage encore que l'instabilité de la monnaie, c'est le niveau des taux qui est en cause. Aujourd'hui, un emprunt public nippon à dix ans ne rapporte que du 1,50 %.

Le prix d'émission. Pour mesurer la rentabilité réelle d'un emprunt, d'autres paramètres doivent être pris en considération. A commencer par le prix d'émission, si vous vous approvisionnez sur le marché primaire (nouveaux emprunts). De moins en moins d'emprunts sont émis « au pair », c'est-à-dire à leur valeur faciale. En général, il faut payer un peu plus (« au-dessus du pair »), parfois un peu moins (« au-dessous du pair »). Et cette pratique influence directement la rentabilité. Exemple : KBC Ifima vient de lancer, en forint hongrois, un emprunt à deux ans assorti d'un taux facial de 8,875 %, mais avec un prix d'émission de 101,687, la rentabilité réelle de cet emprunt n'est que de 7,964 %.

La remarque vaut évidemment pour le marché secondaire (emprunts en cours, disponibles en Bourse). Exemple : pour obtenir le bon d'Etat 2000-2008, qui affiche un taux facial de 5,50 %, il vous faudra payer non pas 100, mais 108,23 ce qui ramène le rendement réel à 3,01 %.

Subordonné, convertible... Les modalités de remboursement sont également à prendre en considération. Tout d'abord, le remboursement anticipé : certains emprunts sont affectés d'une « option call », qui permet à l'emprunteur de rembourser avant terme. Il ne le fera, évidemment, que s'il peut se refinancer à un taux inférieur sur les marchés, c'est-à-dire si le taux actuel est inférieur au taux facial.

Autre modalité possible : l'emprunt convertible. Il en existe une variété considérable. Retenons le principe : au terme de l'emprunt, le prêteur est remboursé, à son gré, soit en monnaie sonnante et trébuchante, soit en actions. Exemple : Fortis Amev a émis il y a quatre ans une obligation à cinq ans libellée en florins. En novembre 2005, le souscripteur retrouvera soit sa mise de départ, soit en actions Fortis Amev. Mais il faut croire que l'offre était très alléchante, puisque l'emprunt a été très largement sursouscrit, et cela malgré un taux a priori peu alléchant de 2,625 %.

Une nouvelle race de convertibles est apparue il y a six ans, celle des « reverse convertibles ». Le principe est le suivant : à l'échéance, ou bien le cours de l'action qui sert de sous-jacent est supérieur à ce qui était prévu lors de l'émission, et, dans ce cas, c'est la mise de départ qui est remboursée, ou bien ce cours est inférieur, et le titulaire n'aura droit qu'à l'action. En général, ces « reverse convertibles » sont de courte durée et, juste compensation pour le risque encouru, la rémunération est très attrayante, de l'ordre de 10 à 15 % brut. Les turbulences qui ont fait plonger les cours de nombreuses valeurs de la « nouvelle économie » ont fort à propos montré les risques de ce type de placement. La Commission bancaire et financière a d'ailleurs demandé aux émetteurs de « reverse » de ne plus utiliser le mot obligation dans les prospectus d'émission. Comme celle qui l'a précédée, l'année 2004 a été particulièrement cruelle pour ceux qui avaient souscrit des « reversibles » en 2001. Celle lancée en octobre 2001 par ING Finance au prix de 2.000 euros, avec l'action Fortis en sous-jacent, a été remboursée l'an dernier de la manière suivante : 72 actions Fortis (au cours de 15,30 euros) et une soulte de 2,33 euros, soit, au total, 1.104 euros. Tout cela pour un coupon de 10,75 % brut !

Autre possibilité : l'emprunt subordonné. La particularité de ce type d'emprunt est qu'à l'échéance, et si l'émetteur connaît des difficultés financières, le souscripteur sera placé au dernier rang des créanciers. Il sera remboursé après tous les autres. Ce caractère subordonné est compensé par une rémunération un peu plus élevée, de l'ordre de 50 à 100 points de base (0,50 à 1 %). Le plus souvent, les « subordonnés » sont émis par des institutions financières souvent dotées d'une très bonne notation, ce qui réduit considérablement les risques.

Une autre tendance se développe dans le monde des obligations, et elle n'est sûrement pas de nature à réjouir l'épargnant belge : de moins en moins d'euro-obligations sont livrables physiquement. Ainsi, sur la dizaine d'emprunts émis ces derniers jours, trois seulement pouvaient être obtenus sous la forme de titres au porteur. Les autres doivent obligatoirement être inscrits sur un compte-titres, à mentionner sur votre déclaration fiscale si ce compte est ouvert à l'étranger. Les grosses émissions - au-delà de 1 milliard d'euros - sont d'ailleurs exclusivement réservées aux investisseurs institutionnels (fonds de pension, compagnies d'assurances, sicav, etc.). Voilà qui va certainement inciter de nombreux épargnants à revenir aux bons d'Etat ou à se tourner vers les sicav obligataires, qui continuent, elles, à pouvoir être livrées physiquement.

NOS PRÉFÉRÉES. En excluant les obligations « exotiques » et les « reverse convertibles », vous pouvez compter sur un rendement net qui va de 3 à 4,5 %. Tout dépend, en fait, de la cotation de l'émetteur, de la devise, de la durée de vie de l'obligation ainsi que de son caractère subordonné ou non. Une fois ces données connues, vous vous déterminerez en fonction du degré de risque que vous êtes prêt à accepter. A priori, un bon équilibre consiste à investir les trois quarts en obligations libellées en euro et le quart restant en autres devises (les couronnes nordiques par exemple). S'agissant des émetteurs, on peut répartir à égalité entre les fonds publics et les « corporate bonds » bénéficiant d'une bonne notation.

Le bon d'Etat, à mi-chemin entre l'emprunt public et le bon de caisse

A mi-chemin entre l'ex-emprunt public du type « Philippe » et le bon de caisse des banquiers, est apparu, il y a sept ans, un produit d'un nouveau type, le bon d'Etat. De l'emprunt public, il possède à la fois la qualité de l'émetteur (l'Etat) et la grande négociabilité (puisque coté en Bourse). Du bon de caisse, il a la possibilité d'être souscrit très régulièrement (quatre fois par an) et à frais très réduits.

Depuis un an, les bons d'Etat, réservés aux investisseurs particuliers et libellés en euros, sont proposés dans une double version : le bon à 5 ans, proche du bon de caisse, et celui à 8 ans, qui s'apparente davantage à une obligation d'Etat ancienne version.

La tentation est grande de comparer les caractéristiques du bon d'Etat (et en particulier du bon à cinq ans) et celles des bons de caisse de même durée, tant les produits sont proches l'un de l'autre. C'est en tout cas évident pour ce qui est de la livraison physique. Les uns et les autres existent en effet sous la forme papier, au porteur. C'est vrai également en ce qui concerne le rendement. La prochaine émission de bons d'Etat (en souscription dès ce mercredi) offre un rendement brut de 2,90 % (2,47 % net) pour le bon à cinq ans et de 3,40 % brut (2,89 % net) pour le bon à huit ans. C'est moins bien que l'émission proposée un an auparavant (trente points de base en moins), mais c'est pratiquement au même niveau que le bon de caisse courant (2,85 % brut pour le bon à 5 ans, soit 2,42 % net).

Match nul donc jusqu'ici. Mais le bon d'Etat reprend la tête si on envisage la qualité de l'émetteur, puisque l'Etat belge dispose d'un meilleur « rating » que les banques. Cela dit, on n'a pratiquement jamais vu un bon de caisse non remboursé à l'échéance.

L'avantage décisif du bon d'Etat, c'est sa négociabilité en Bourse. Son possesseur peut le vendre quand bon lui semble, en demandant à son intermédiaire financier de le revendre sur le marché boursier. Les cours des bons d'Etat sont publiés chaque jour dans les colonnes boursières de votre quotidien. L'inconvénient du bon d'Etat, disent certains, c'est qu'il ne peut être souscrit que quatre fois par an, pendant une dizaine de jours, alors que les bons de caisse des banques, émis « au robinet », peuvent être souscrits en permanence. Ce handicap n'est qu'apparent, puisqu'il est possible d'acheter des bons d'Etat sur le marché secondaire tous les jours ouvrables.

On peut aussi comparer le bon d'Etat à l'Olop, surtout dans sa version à huit ans (page 15).

NOTRE PRÉFÉRÉ. Aux conditions actuelles du marché, le bon d'Etat à 5 ans lancé ces jours-ci constitue une très bonne alternative aux bons de caisse des grandes banques.

Dans l'ombre des bons d'Etat, les « olop » ne séduisent pas encore les épargnants

Dans quelques jours, le dernier des emprunts de la série « Philippe », le Philippe XVII, 1995-2004, 7 %, viendra à échéance. La fin d'une époque particulièrement faste pour les épargnants. A partir de 1995 en effet, au système des emprunts classiques, ouverts aux particuliers comme aux institutionnels, a succédé celui d'un système dual. Avec d'une part, pour les seconds, les « olo », obligations linéaires, accessibles également aux particuliers dans des conditions restrictives, et, d'autre part, les « bons d'Etat », réservés aux particuliers.

Aussi bien en raison de leur durée que de leur rendement, ces derniers ne répondaient sans doute pas à tous les épargnants. C'est pourquoi la Trésorerie du Service public fédéral Finances, a lancé une nouvelle gamme d'obligations, baptisée « olop », les olo destinées aux particuliers.

C'est ainsi que, récemment, les épargnants ont donc eu le choix entre la campagne des bons d'Etat (souscription du 26 août au 3 septembre) et celle des olop (du 28 septembre au 6 décembre). Cette dernière a fait rentrer quelque 10,2 millions d'euros dans les caisses de l'Etat, alors que la première a rapporté 219,7 millions d'euros.

Un tel écart ne manque pas d'étonner. L'un serait-il tellement plus intéressant que l'autre ? La comparaison entre les caractéristiques des deux produits permet de déceler quelques éléments qui expliquent le succès de l'un et l'insuccès de l'autre.

Le rendement. La dernière émission des olop (octobre 2004) était assortie d'un coupon facial de 3,75 % pour une échéance à 4 ans et demi, de 4,25 % pour une échéance à 10 ans et de 5 % pour une échéance à 30 ans et demi. De leur côté, les derniers bons d'Etat proposaient un coupon de 3,15 % pour le bon à 5 ans et de 3,65 % pour le bon à 8 ans.

Même si les périodes de souscription et les durées ne correspondent pas exactement, il est clair que le rendement des olop est (légèrement) supérieur à celui des bons. Ce n'est donc pas cet aspect qui explique le moindre succès des olop.

On observera que le rendement des olop est toujours légèrement supérieur à celui des olo classiques. Il est vrai que celles-ci sont souscrites en grande quantité par des institutionnels et au terme d'une procédure moins onéreuse. C'est d'ailleurs le taux de l'olo émis juste avant la souscription de l'olop qui sert de référence au taux de cette dernière.

Les frais de distribution. Les bons comme les olop peuvent être souscrits auprès des mêmes intermédiaires financiers, banques ou sociétés de Bourse. Ceux-ci s'alimentent auprès des établissements placeurs, une dizaine de banques dans le cas des bons et une quinzaine de banques et de sociétés de Bourse dans le cas des olop.

Mais ici surgit une première différence. Dans le cas du bon, c'est l'Etat qui rémunère l'intermédiaire et rien n'est demandé à l'épargnant, explique Patrick Millecam, responsable du marketing des produits grand public chez Fortis Banque. Lorsqu'il achète pour 1.000 euros, il reçoit pour 1.000 euros. Par contre, pour les olop, la banque n'est pas rémunérée par l'Etat et une commission est donc demandée aux souscripteurs. Celle-ci varie en fonction de la durée du produit : de 0,9 % pour les olop à six ans, jusqu'à 1,20 % pour les produits à 11 ans et plus. Quand on achète pour 1.000 euros, on ne reçoit pas 1.000 euros.

Aux yeux des épargnants, les bons sont donc plus transparents.

La durée. D'une manière générale, les bons ont une durée de vie de 5 ou 8 ans, alors que, pour les olop, les échéances sont à 5, 10 ou 30 ans. Les épargnants belges, qui attendent le plus souvent l'échéance pour obtenir le remboursement du capital, préfèrent les durées les plus courtes, continue Patrick Millecam. Il s'agit souvent de personnes âgées et, pour elles, dix ans ou plus, c'est beaucoup trop long. Un deuxième avantage en faveur des bons d'Etat.

La négociabilité. Ici, l'égalité est totale. Les bons d'Etat comme les olop sont cotés en Bourse, à Bruxelles de surcroît. Celui qui veut se défaire de son investissement, peut le faire chaque jour ouvrable. Et le marché est rendu liquide, grâce aux interventions du Fonds des rentes.

La livraison physique. Les olop ne peuvent pas faire l'objet d'une livraison matérielle. Ils doivent être inscrits en compte, soit auprès de l'intermédiaire financier habituel du souscripteur (ce qui implique des frais de gestion), soit, gratuitement, auprès de la Banque nationale ou de l'administration de la Trésorerie du ministère des Finances.

Par contre, moyennant une commission, les bons d'Etat peuvent aussi être délivrés matériellement. Encore une fois, la majorité des souscripteurs, qui sont des personnes âgées, préfèrent la livraison physique, souligne le spécialiste de Fortis Banque. Celle-ci se prête plus facilement au don manuel ou à la transmission « discrète » en cas de succession. Chez nous, plus de la moitié des bons sont livrés physiquement.

Quand on dresse le bilan des avantages et des inconvénients, du moins tels qu'ils sont perçus par les épargnants, le bon l'emporte donc sur l'olop par 3 à 1. Ce qui explique sinon justifie le peu de succès remporté par les olo pour particuliers. Au point que certains spécialistes se demandent si les Finances vont persister dans une diversification qui ne se révèle pas concluante.

Ce texte a déjà été publié dans notre édition du 23 octobre 2004. Nous prions nos lecteurs de bien vouloir excuser ce « doublon ». (B. P.)

Le Belge est grand amateur de sicav,

sous toutes ses formes

Les sicav sont aujourd'hui devenues un des instruments privilégiés des épargnants belges. Plus de deux mille sicav (si l'on prend en compte les compartiments) sont aujourd'hui directement proposées à l'investisseur et leurs actifs s'élèvent à 143 milliards d'euros. Le principe de base reste identique pour tous les produits qui se réclament du label sicav : c'est, fondamentalement, une société d'investissement. C'est-à-dire une société qui a pour objet d'investir, et ce dans des produits financiers : actions, obligations, bons du Trésor, certificats immobiliers, papiers commerciaux, produits dérivés, comptes à terme, etc. Autrement dit, quand vous achetez une part de sicav, vous achetez en réalité un panier de produits.

D'autre part, la sicav est une société à capital variable. Quand vous achetez une part de sicav, votre apport est directement investi dans les produits dans lesquels la sicav est spécialisée et le capital de la société est augmenté à due concurrence. Si les épargnants optent en masse pour une sicav, son cours ne va pas monter, comme le ferait celui d'une société industrielle ou commerciale cotée en Bourse. D'ailleurs, une sicav n'a pas de cours, elle a une valeur d'inventaire. Ce qui fait le prix d'une sicav, c'est la valeur de son portefeuille, c'est-à-dire la valeur des produits dans lesquels elle a investi.

Sicav de capitalisation ou de distribution ? Le foisonnement et la sophistication des sicav sont aujourd'hui tels qu'un rappel de certaines notions n'est sans doute pas inutile.

La sicav encaisse régulièrement des revenus des placements qu'elle a effectués. Ces revenus, elle peut soit les distribuer chaque année aux détenteurs de parts soit les conserver et les réinvestir, ce qui accroît sa valeur d'inventaire. Dans le premier cas, on parle de sicav de distribution et, dans le second, de sicav de capitalisation. La plupart des sicav sont émises dans les deux versions. L'avantage des sicav de capitalisation est que les revenus « capitalisés » sont exonérés de précompte mobilier, alors que ceux « distribués » annuellement par les sicav de distribution de droit belge sont soumis à un précompte belge de 15 %, où que se fasse l'encaissement du coupon (prélevé à la source). Pour les sicav de distribution de droit étranger (luxembourgeois par exemple), dont le coupon est prélevé à l'étranger, les dividendes doivent être mentionnés dans la déclaration et sont soumis à un impôt qui s'élève en principe à 25 %, taxation communale non comprise.

On notera par ailleurs que les fonds de capitalisation subissent, en Belgique, une taxe sur opérations de Bourse (TOB) de 1 % lors d'une transaction hors souscription et de 0,50 % lors du remboursement. Les fonds de distribution ne subissent, eux, qu'une TOB de 0,14 % à l'achat hors souscription. Plus la détention de la sicav se prolonge, plus le poids de cette TOB diminue.

Sicav d'actions ou sicav d'obligations ? Une autre manière de distinguer les sicav consiste à envisager les produits dans lesquels elles sont investies. De ce point de vue, on distingue quatre grandes familles : les sicav monétaires, les sicav obligataires, les sicav d'actions et les sicav mixtes.

Les sicav monétaires, dites aussi de trésorerie, sont celles qui ont investi les fonds récoltés dans des placements à court terme : bons du trésor, papiers commerciaux, comptes à terme, obligations proches de l'échéance, etc. Ces sicav ont été pendant longtemps délaissées en raison de leur rentabilité inférieure à celle des carnets de dépôt ou des bons de caisse à un an. On a assisté à un retournement de tendance en 2002, mais les récentes décisions prises par les banques centrales européenne et américaine font penser que leur rentabilité devrait se maintenir dans les prochains mois. Sur les 12 derniers mois, les « Money markets euro » ont dégagé un return de 1,65 %.

Les sicav obligataires sont, comme leur nom l'indique, investies en obligations, qu'il s'agisse de fonds d'Etat ou d'emprunts de sociétés privées (« corporate bonds »). Cette sous-catégorie est elle-même partagée entre les sicav obligataires à moyen terme (lorsque la durée moyenne des obligations est comprise entre 18 et 30 mois) et les sicav obligataires à long terme (au-delà de 30 mois). Et 2004 a été une année favorable pour les obligataires libellées en euros, dont le rendement a été de l'ordre de 6,50 %, contre 4,40 % précédemment. Pour les obligataires « mondiales », chute du dollar oblige, le return est décevant (3,75 %).

Les sicav d'actions sont bien évidemment investies en actions. La reprise des Bourses a débouché sur des belles performances ces 12 derniers mois : +29,50 % pour les actions belges, + 9 % pour les européennes, mais, appréciation de l'euro oblige, +1,620 % pour les mondiales.

Les sicav mixtes garnissent leur panier aussi bien d'actions que d'obligations. Depuis la mi-novembre 2003, elles se sont, dans l'ensemble, bien comportées, les mixtes de type neutre progressant de 7,10 %. Les fonds d'épargne-pension (+ 17,9 %) constituent des variétés particulières de sicav mixtes.

Sicav régionales ou sectorielles ? Au départ, les sicav d'actions et les sicav obligataires étaient des sicav « généralistes ». Dans le panier d'une sicav d'actions par exemple, on trouvait aussi bien des valeurs belges que des valeurs étrangères, allemandes, françaises, américaines, japonaises, etc. Ceci de manière à répartir les risques entre diverses devises et entre conjonctures économiques différentes. Suite à la demande de certains investisseurs qui voulaient tirer profit de ces divergences, les banquiers ont créé les sicav spécialisées géographiquement. On a ainsi vu apparaître et se multiplier les sicav d'actions belges, les américaines, allemandes, etc. Des ensembles plus vastes ont aussi été constitués, comme l'Europe, le Sud-Est asiatique, l'Amérique latine, etc.

Aujourd'hui, on a sans doute fait le plein sur le plan de la diversification géographique. On assiste même à un reflux, avec la fermeture de nombreux compartiments « locaux ». La spécialisation s'opère désormais sur le plan des secteurs économiques. Logique, puisqu'il apparaît que certaines branches d'activité sont plus prometteuses que d'autres, et cela quelle que soit la nationalité de la société. Les secteurs actuellement couverts par ces sicav d'actions : les télécoms, l'informatique, les biotechnologies, la pharmacie, l'immobilier, le luxe, les médias, la distribution, etc. Les secteurs dits cycliques sont peu représentés.

Un autre critère de spécialisation commence à s'imposer : le regroupement thématique. Au-delà du secteur ou de l'implantation, ce sont les caractéristiques propres des sociétés que l'on envisage : taille, vertus « éthiques », renommée, appartenance à tel ou tel indice, âge, comportement boursier, croissance ou valeur, etc.

Sicav à durée indéterminée ou à terme fixe ? A priori, les sicav sont des sociétés dont la durée de vie n'est pas limitée. Autrement dit, la sicav à laquelle vous souscrivez ou que vous achetez aujourd'hui existera encore dans dix, vingt ou trente ans. Sauf accident ou opération de fusion.

C'était vrai jusqu'il y a quelques années, puisqu'on voit proliférer aujourd'hui les sicav à terme fixe. Au moment de la souscription, on sait que, dans sept, huit ou dix ans, la sicav sera dissoute, et les propriétaires de parts remboursés. Bien sûr, il est possible de « sortir » en cours de route, mais ce sera avec une pénalité et à la valeur d'inventaire du jour. Alors que, sauf exception, si on attend le terme, on recevra au moins la mise de départ. D'où l'expression parfois employée de « sicav à capital garanti ».

Bon nombre de ces sicav sont assorties de « cliquets », c'est-à-dire de mécanismes qui, à échéances plus ou moins régulières, bloquent définitivement les plus-values enregistrées en faveur de l'épargnant.

Attention, très souvent le gain définitivement acquis est plafonné annuellement. Si l'indice fait un carton, on n'en profite qu'à concurrence d'une partie seulement.

Une place dans tous les portefeuilles. Les sicav, plus personne ne le conteste aujourd'hui, ont leur place dans tout portefeuille financier. Même dans les gros portefeuilles. Il ne s'agit pas pour autant d'acheter n'importe quoi n'importe quand et de s'endormir sur son paquet de sicav.

Comme toujours en matière de placement, il convient, tout d'abord, de diversifier. La méthode la plus simple est évidemment de se tourner, dans un premier temps tout au moins, vers les sicav mixtes, que l'on peut décliner en fonction de son tempérament : dynamiques, neutres ou défensives. On veillera, si l'on opte pour des sicav plus spécialisées, à un bon équilibre sicav obligataires-sicav d'actions, et surtout de surpondérer les sicav dont le panier (d'actions ou d'obligations) comporte des valeurs libellées en euros. Sauf, cela va de soi, si on a de bonnes raisons de préférer le dollar ou le yen.

D'autre part, pourquoi négliger la possibilité qu'offrent de nombreuses sicav de passer d'un compartiment à l'autre ? Si la conjoncture redémarre aux Etats-Unis, pourquoi ne pas quitter votre « Invest Europe » pour le compartiment « Invest US » ? L'opération ne coûte pratiquement rien, beaucoup moins en tout cas que si vous réalisez un portefeuille d'actions pour en constituer un autre. C'est aussi cela que l'on appelle la « gestion active » de son patrimoine.

NOS PRÉFÉRÉES. Pour les sicav obligataires libellées en euro, on pointera les bons return annuels moyens sur cinq ans de Fortis L Bond Long Euro (+ 7,0 %) et de Dexia Invest Euro Long Bonds (+ 6,90 %). Pour les sicav investies en actions, l'horizon de placement est également d'au moins cinq ans. Dans cette optique, et pour la catégorie des sicav d'actions belges, un fonds émerge : Osiris High Yield. Belgian Shares (Degroof), avec un return annuel moyen de + 9,3 %. Pour les sicav d'actions européennes, la palme revient à nouveau Degroof, avec Esprit Small Caps Europe (+ 6,6 %) Au rayon des « mondiales », signalons la Contrarian Equities de Capital@Work (+ 6,6 %), une des rares à afficher un return positif. Enfin, dans la famille des sicav mixtes, dont l'appréciation nécessite elle aussi un recul de cinq ans minimum, les trois palmes sont enlevées par la NI Multifund Conservative (Nagelmaeckers, + 2,6 %) pour les défensive, la Centea Fund Mix (+ 3,7 %) pour les neutres et la Fivest Belgium (KBC, + 3,8 %) pour les dynamiques. Insistons encore une fois sur le fait que les performances passées ne garantissent en rien les résultats futurs, mais elles constituent néanmoins une indication de la qualité de la gestion de la sicav. Les « returns » communiqués ici, puisés à diverses sources, sont ceux des sicav de capitalisation.

Les fonds d'épargne pension, l'investissement de base

Aujourd'hui, près d'un million de Belges ont souscrit, auprès de leur banque ou de leur société de Bourse, un contrat d'épargne pension. Depuis quelques années, les versements sur ces comptes d'épargne pension dépassent les 250 millions d'euros. L'actif global déposé sur les comptes de fonds d'épargne pension est évalué à 6,9 milliards d'euros.

Fondamentalement, les fonds d'épargne pension sont des sicav et, plus précisément, des sicav mixtes, dont les actifs sont composés à la fois d'actions, d'obligations et de liquidités. Ils s'en distinguent néanmoins sur quatre points importants, ce qui fait de ces fonds des produits vraiment à part.

Réduction d'impôts. Ces fonds donnent droit à une réduction d'impôts non négligeable, qui va, selon l'importance des revenus, de 30 à 40 % d'un montant plafonné à 610 euros par an et par personne. L'avantage maximum est dès lors limité à 244 euros (plus additionnels communaux). Pour bénéficier de cet avantage, le contrat doit avoir une durée de dix ans et, sur cette période, cinq versements au moins doivent avoir été effectués. Précisons que le fisc se rattrape lorsque le titulaire du fonds atteint son soixantième anniversaire. A cette date, en effet, un impôt de 10 % est prélevé sur le capital versé et sur une partie des bénéfices réalisés. Cet impôt n'est plus dû sur les versements et les gains réalisés au-delà de 60 ans.

Agrément. Pour être agréés comme fonds d'épargne pension, ces fonds doivent respecter certaines règles en ce qui concerne la composition de leurs actifs.

Illiquidité. En principe, ils ne peuvent être revendus qu'à l'âge de la retraite. Certes, il est possible de les revendre avant, mais les capitaux versés seront alors soumis - pour autant qu'ils aient donné lieu à une réduction d'impôt - à une taxe de 33 %.

Capitalisation. Les fonds d'épargne pension sont exclusivement des fonds de capitalisation. Et de surcroît, ils sont nominatifs. Désolé pour ceux qui aiment les dividendes et les titres au porteur.

En dépit d'inconvénients indéniables, les fonds d'épargne pension ont tout à fait leur place dans un portefeuille financier. Sans même tenir compte de l'avantage fiscal, leur rentabilité est plus qu'honorable. Du moins dans une optique de long terme. Depuis 1991, la progression annuelle moyenne frôle les 9,5 %.

Cela étant, certains experts, et notamment ceux de Fonds & Sicav (Test Achats), estiment qu'il y a un âge idéal pour commencer à souscrire : il se situe à 40 ans. Une fois atteint l'âge de 55 ans, on peut, si l'on souhaite combiner rentabilité et sécurité, passer au système de l'assurance épargne pension.

NOS PRÉFÉRÉS. Même sur le long terme, la rentabilité présente des écarts non négligeables d'un fonds à l'autre (il en existe une dizaine). Sur les cinq dernières années, y compris donc les trois années de galère de la Bourse belge, c'est Star Fund (ING/Dexia) qui s'en tire le mieux, avec un return annuel moyen de 2 %.

Le certificat foncier, un produit bien de chez nous

Produit spécifiquement belge, le certificat foncier (ou immobilier) est un titre qui donne droit à une partie du loyer et du prix de revente d'un immeuble, lorsque celle-ci intervient. Il existe une bonne trentaine de certificats fonciers cotés au second marché de la Bourse de Bruxelles. D'autres sont négociés lors des séances publiques hebdomadaires.

Les certificats fonciers concernent surtout des immeubles de bureaux (à Bruxelles), des centres commerciaux et des surfaces commerciales de moyenne dimension, ainsi que, plus rarement, du logement (kots d'étudiants, bungalows de vacances, etc.) ou des locaux semi-industriels. Un certificat foncier ne porte, en général, que sur un seul immeuble. Cette caractéristique constitue un double handicap par rapport à la sicafi. En premier lieu, une faible capitalisation (à peine plus d'un milliard en moyenne) et, par voie de conséquence, une liquidité très réduite : il arrive fréquemment qu'un titre ne fasse l'objet de transaction qu'un jour sur deux. En second lieu, une vacance locative est forcément plus dommageable pour un certificat foncier que pour un placement investi dans un parc diversifié d'immeubles.

En revanche, le rendement immédiat des certificats paraît plus avantageux que celui des sicafi, puisque le coupon annuel net est compris entre 5 et 10 %. Le return annuel moyen, sur longue période, est de l'ordre de 7 %. Même s'il s'agit d'une valeur de rendement, le certificat implique, en raison de sa volatilité, un horizon de placement dégagé.

Si vous optez pour cette formule de placement, prenez la précaution de vous constituer, au moins à terme, un panier de plusieurs certificats. De préférence en achetant des certificats d'immeubles de type différent. Miser sur un seul immeuble est en effet très risqué. Vous êtes alors exposé de plein fouet à l'éventualité d'une vacance locative ou d'un litige avec un locataire. Notez toutefois qu'avec les certificats liés à ces centres commerciaux, surtout s'ils sont bien situés, ce risque est fortement atténué, puisque le bien est occupé par plusieurs dizaines de propriétaires. Cette multiplicité des occupants a toutefois son revers : des frais de gestion plus élevés et donc une rentabilité légèrement diminuée.

NOS PRÉFÉRÉS. Les douze mois écoulés ont été inégaux, mais, dans l'ensemble, on peut considérer 2004 comme un cru mitigé, avec un return moyen de 4,41 %. Si vous croyez que les certificats vont connaître une reprise, misez sur les valeurs sûres, dont le rendement n'est peut-être pas le plus élevé mais qui sont moins volatiles : Rue Colonel Bourg dans le secteur bureau, Woluwe Shopping et Kortrijk Shopping dans le secteur du commercial.