Les remèdes actuels suffiront-ils à sauver la Grèce ?

BERNS,DOMINIQUE

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Jeudi 29 avril 2010

Il est hors de question que la Grèce ou tout autre pays de la zone euro fasse défaut », a affirmé Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne. Les marchés financiers ne partagent pas cette conviction. En témoigne la hausse constante depuis décembre des taux d’intérêt sur les emprunts publics grecs. Le taux à dix ans a dépassé les 10 %, contre 3,02 % pour les Bunds allemands de même maturité. Le « spread », qui mesure le risque perçu par les investisseurs, atteint 700 points de base. C’est dire la méfiance vis-à-vis de l’État grec.

Obligée de refinancer une partie de sa dette dans les prochaines semaines – 8,5 milliards d’euros d’ici au 19 mai –, la Grèce ne peut pas emprunter à un taux aussi élevé. Cela ferait exploser les charges d’intérêt et entraînerait à coup sûr un effet boule de neige – c-à-d une augmentation incontrôlable du poids de la dette publique, mesuré par le rapport de la dette au PIB (115 % en 2009).

Permettre à la Grèce de se refinancer à un taux « raisonnable », c’est le problème le plus urgent. Auquel répond le plan d’aide de 45 milliards d’euros, qui serait fourni par les autres pays de la zone euro (30 milliards) et par le FMI (15 milliards), à un taux de 5 %. Mais cela permettra seulement de gagner du temps, sans résoudre le problème de solvabilité à moyen terme de l’État grec.

Le gouvernement d’Athènes a promis de mettre en œuvre une politique d’austérité budgétaire extrêmement douloureuse. Mais ramener en trois ans le déficit public de 13,6 % du PIB à 3 % du PIB, cela représente une ponction du même ordre sur l’économie grecque. C’est dire que la Grèce ne pourra pas simultanément sortir de la récession et assainir ses finances publiques. Pire : on ne peut exclure que les finances publiques grecques continuent à se détériorer, malgré des efforts homériques.

Le risque d’un défaut est donc reporté ; il n’est pas conjuré.