Les retraits aux distributeurs de billets se sont succédé à une cadence infernale Le numéro 2 de l'OLP escroqué par sa carte de crédit
LALLEMAND,ALAIN
Page 18
Vendredi 6 novembre 1998
Les retraits aux distributeurs de billets se sont succédé à une cadence infernale Le numéro 2 de l'OLP escroqué par sa carte de crédit
Fathi El-Mohor, citoyen belge, est depuis l'été 1997, comme le plus commun des mortels, l'heureux détenteur d'une carte Visa, une carte «de base» d'une utilisation limitée à 50.000 FB. Heureux détenteur? Voire: en quelques mois, il affirme qu'environ 250.000 FB lui ont été retirés contre son gré...
Encore une de ces histoires de carte de crédit qui mettent tant de gens inconséquents sur la paille? Non pas: ce qui lui arrive est simplement techniquement impossible, les retraits se succédant à une telle cadence qu'il est matériellement impossible qu'il en ait été l'auteur. Ajoutons que Fathi El-Mohor n'est pas un fantaisiste ou un escroc à la petite semaine: il est... directeur adjoint de la délégation palestienne en Belgique, bref le n o 2 de l'OLP dans notre pays.
Pour lui, les choses commencent à déraper dès l'automne 1997: il affirme que ses relevés mensuels de carte Visa ne lui arrivent plus. Simultanément, son compte s'enfonce dans le rouge et atteint un solde négatif de 100.000 FB. Dès novembre, il demande à sa banque d'intervenir, d'obtenir copie des relevés, sinon les originaux. El-Mohor affirme qu'à l'heure actuelle, encore et toujours, il est victime d'un «trou» injustifiable dans les relevés qui s'étend du 13 septembre 1997 au 21 janvier 1998.
Mais jusque-là, admettons que sa bonne foi puisse être mise en cause: n'a-t-il pas pu détourner son propre courrier? Procéder à de somptueux retraits qu'il n'accepterait pas de solder?
LA CARTE FONCTIONNE SEULE
Si ce n'était que cela, le litige ne vaudrait pas une ligne. Le 25 février pourtant, toute la journée, Fathi El-Mohor est à l'hôtel Hilton, pour une conférence organisée par les Nations unies, en présence de Yasser Arafat et de nombreux représentants d'Etats. El-Mohor, représentant l'Etat palestinien, ne quitte pas la conférence: plusieurs témoins peuvent en attester. Vers 13 heures, à quelques secondes d'intervalle, à un même distributeur situé pourtant de l'autre côté de la ville, son compte est subitement débité de 10.000 puis de 4.000 F...
Admettons: El-Mohor aurait pu utiliser un complice. Soit. Mais il y a bien mieux: le 6 avril 1998 lui est délivré un relevé des opérations de mars. Bank Card Company, société exploitant la carte Visa, lui ponctionne 64.446 F, dont 3.046 F d'essence et de restaurant qu'il ne conteste pas, et... 60.000 FB de retraits «cash» dans des distributeurs automatiques, réalisés en 14 tranches entre le 9 et le 24 mars (dont coût: quatorze fois 100 francs). Les 14 retraits sont tous de 2.000, 4.000 ou 10.000 F, et ont tous été réalisés au départ de ce même distributeur de la capitale.
Or sa limite de carte est de 50.000 FB par mois: le distributeur n'aurait donc pas dû pouvoir sortir un tel argent liquide endéans ce délai. D'autant plus qu'il s'agit d'un même appareil, situé sur le territoire belge, et non d'une série de retraits effectués aux quatre coins du monde.
DES OPÉRATIONS FANTÔMES
M. El-Mohor s'énerve, et demande alors à BCC le relevé informatique des transactions, où figurent l'heure des retraits à la seconde près et les numéros de ticket. Et c'est là que ses déboires deviennent prodigieux: non seulement les retraits ont lieu au même endroit, mais quasiment aux mêmes heures: du 13 au 23 mars, onze retraits sont effectués entre 7 h 34'18'' et 7 h 43'52'', généralement par groupes de trois. Et le temps qui sépare ces retraits est parfois inférieur à 40 secondes! D'après nos propres tests, le seuil technique minimum est de 46 secondes. Mais si quelqu'un souhaite frauder la banque, pourquoi prendre le risque de retirer 2.000, puis 2.000, puis 10.000 FB? Et pourquoi, s'il y a un problème de limite de retrait «cash», ne pas utiliser les deux distributeurs qui se trouvent dans ce même quartier et dépendent de deux banques différentes?
Dans les groupes de trois opérations, les numéros de tickets restent identiques, alors qu'à chaque opération, ils devraient changer. Il y a même un groupe pour lequel le numéro de ticket est JE000000, par définition un «non numéro»...
Devant le refus de la Bank Card Company d'envisager réellement un dysfonctionnement de la machine ou l'existence d'un employé indélicat - mais qui doit avoir alors un accès direct au système informatique -, El-Mohor a porté plainte auprès du Parquet de Bruxelles, et l'affaire est désormais dans les mains de la section financière de la police judiciaire de Bruxelles. Qu'auriez-vous fait à sa place?
ALAIN LALLEMAND
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