LES TABOUS DES BELGES

MOUTON,OLIVIER

Page 16

Mercredi 15 février 2012

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Pendant 15 jours, « Le Soir » se penche sur les tabous de la société belge. Aujourd’hui : « On abandonne

Pendant 15 jours, « Le Soir » se penche sur les tabous de la société belge. Aujourd’hui : « On abandonne nos personnes âgées. » Tout le monde a vécu la destinée d’un parent proche trop seul dans la dernière période de sa vie. Ou la culpabilité de le placer en maison de repos. Le secteur est-il prêt pour le vieillissement de la population ? Y a-t-il assez de lits ? La qualité médicale ne masque-t-elle pas la convivialité ? Les maisons de repos survivront-elles à la communautarisation ?

13e tabou : l’indépendance des médias. On enquête pour vous

Samedi 4 février

« Le PS verrouille

la Wallonie »

Lundi 6 février

« Les chômeurs sont

des profiteurs »

Mardi 7 février

« La monarchie est

au-dessus des lois »

Mercredi 8 février

« Les syndicats freinent

le progrès »

Jeudi 9 février

« L’école catholique

(nous) coûte cher »

Vendredi 10 février

« L’intégration est un échec »

Samedi 11 février

« L’Etat a besoin

de la fraude »

Lundi 13 février

« Tous les sportifs

sont dopés »

Mardi 14 février

« La culture publique

n’a pas de public »

Aujourd’hui :

« On abandonne

nos vieux »

Jeudi 16 février

« On ne peut pas

critiquer Israël »

13e tabou : l’indépendance des médias. On enquête pour vous

Votre enquête. Nous vous avions proposé de choisir votre 13e tabou. Et vous avez plébiscité un sujet consacré à l’indépendance des médias francophones. Un journaliste du Soir vous emmène dans les coulisses de l’enquête : lesoir.be/tabous.

« On abandonne nos personnes âgées »

Les maisons de repos, des parkings surmédicalisés. L’accueil de nos vieux ? De la qualité, pas assez de lien social.

Rosa regarde le temps s’écouler dans sa maison de repos au cœur des Ardennes. Seule, trop seule, dans sa petite chambre coquette où s’accumulent les souvenirs du temps passé. Quelques photos. Des meubles. Et, parfois, la télévision qui crie fort. Avec l’âge, la vue et l’ouïe faiblissent. Dans cet ancien centre de vacances transformé en maison de repos et de soins, les activités sont rares et la majorité des pensionnaires sont grabataires. En dépit de la bonne volonté du personnel soignant, le sourire de Rosa s’éteint. Alors, elle confie dans ses moments de doute, fataliste, qu’il est temps pour elle de s’en aller…

Ces épisodes de fin de vie, des milliers de familles y sont confrontés en Belgique. A l’avenir, elles seront plus nombreuses : le « papy-boom » frappe à nos portes. Pourtant… « Le vieillissement, on en parle, on le voit venir, mais on ne s’y prépare pas, dénonce Jean Hermesse, secrétaire général des Mutualités chrétiennes. C’est la loi de la débrouille ! On oublie complètement d’avoir une vision de société. » « Les maisons de repos sont, encore trop souvent, des maisons de dépôt », grince Jean-Marc Rombeaux, responsable du secteur au sein de l’Union des villes et communes de Wallonie. « Des parkings, des mouroirs », dit-on. Abandonne-t-on nos vieux ? Les faits tendent à confirmer ce tabou qui nous effraie. « La maison de repos symbolise tout ce que la société ne veut pas voir : la maladie, la désorientation et la mort, dit Marie-Pierre Delcour, directrice d’Infor-Homes Bruxelles. Voir son parent vieillir, c’est le miroir de son propre vieillissement. Mais de grâce, dites que des gens formidables travaillent dans ce secteur… »

Il n’y a pas assez de places

Le cri d’alarme a été lancé en novembre dernier par le Centre fédéral d’expertise des soins de santé : il manquera 24.000 à 45.000 lits dans les maisons de repos, d’ici à 2025. Actuellement, on recense quelque 130.000 lits dans tout le pays. On devrait arriver à 170.000 lits en 2025… si rien ne change. Après, c’est la bouteille à l’encre, la génération du « papy-boom » dépassant les 80 ans. « Le vieillissement se fera à des vitesses différentes selon les Régions, tempère Jean-Marc Rombeaux. Chez nous, il y aura un besoin en termes d’offres, mais assez limité dans un premier temps. Pratiquement nul à Bruxelles. En Wallonie, on parle de cinq à six mille lits. Le secteur public dispose à peu près de 30 % du parc actuel. Cela fait à peu près 150 lits à prévoir par an et 75 équivalents temps plein. Pour les dix ans à venir, on peut y faire face à condition que l’on ait la volonté politique. Pour la suite, je ne m’avancerai pas… » « Soyons clairs, si l’on poursuit dans l’approche actuelle de médicalisation des soins, ce sera proprement impayable !, estime pour sa part Jean Hermesse. Ou alors, nous irons vers une privatisation encore plus importante de ces services. » Le service d’études des Mutualités chrétiennes souligne que ce n’est pas inéluctable :

au Danemark, la part des personnes âgées en maisons de repos est tombée de 16 % de la population à 4 ou 5 %. Moyennant la mise en place d’alternatives : lieux de vie, soins à domicile…

De la qualité, mais…

Depuis une vingtaine d’années, des normes de qualité importantes encadrent les maisons de repos en Belgique. Température minimale, mesures de sécurité, nettoyage et changement régulier de la lingerie, horaires des repas… : tout est réglé et inspecté. « Sur dix ou vingt ans, l’amélioration a été substantielle, acquiesce Jean-Marc Rombeaux. Mais le secteur n’est pas homogène. Dans certains endroits, une personne sera relativement bien accompagnée tandis que dans d’autres, on fera les toilettes de façon assez expéditive, les repas seront servis sans aide, l’animation sera réduite à sa plus simple expression… » Chaque année, une dizaine d’institutions sont fermées faute d’agrément.

« On se rassure par des normes de plus en plus exigeantes et qui deviennent impayables, critique Jean Hermesse. Et dont on peut se demander parfois l’utilité. Le nombre d’infirmières ! Il ne faut pas avoir fait trois ans d’études pour faire une toilette ! Un des tabous en Belgique, c’est le débat sur la délégation des tâches… Et on devrait aller vers une autre forme d’évaluation de la qualité ! »

Un autre effet pervers ? Le financement. Plus la personne est dépendante, plus elle rapporte de l’argent à la maison. En ce début 2012, un conflit social a éclaté dans une maison de repos à Molenbeek. En cause ? La suppression de 40 lits, faute de moyens et conséquence d’une décision du gouvernement Di Rupo : à l’avenir, on financera moins les personnes valides.

Cela devient impayable

Problème majeur des maisons : le coût. « Les pensions légales ne suivent pas du tout le coût des soins résidentiels, analyse-t-on aux Mutualités chrétiennes. Ce différentiel ne fait que croître. En Flandre, la pension moyenne est de 895 euros et les frais d’hébergement, en moyenne, de 1.232 euros, soit 38 % de plus. Les écarts et les inégalités se creusent et se font ressentir plus cruellement encore pour les personnes âgées. »

Il y a une grande diversité de prix, résume Marie-Pierre Delcour, d’Infor-Homes Bruxelles. « 40 % des institutions pratiquent des tarifs supérieurs à 1.500 euros par mois et par personne. Or, la capacité financière des gens qui nous visitent ne suit pas : 52 % d’entre eux disposent d’un budget inférieur à 1.500 euros. Cela montre qu’il y a un problème. Les prix augmentent d’année en année. Même si ce sont des augmentations justifiées en raison de nouvelles normes qui sont imposées. »

L’inévitable solitude

« La solitude des personnes âgées est terrible, souligne Marie-Pierre Delcour. Est-elle liée à des défauts d’accompagnement, à des choix de vie ou est-elle inhérente à la condition humaine ? La détresse est omniprésente dans notre société qui ne parle que de crise, que de peurs… La vieillesse isole d’autant plus qu’elle s’accompagne de déficiences. Vivre dans une maison de repos permet peut-être justement de vivre moins seul. » « Des directeurs me disent que les gens arrivent abîmés, prolonge Jean-Marc Rombeaux. En institution, ils ne sont peut-être pas dans un endroit idéal, mais ils sont nettement mieux qu’à domicile. »

Attention, surmédication

En maison de repos, la consommation d’antidépresseurs explose ! Selon une étude des Mutualités chrétiennes, en 2009, 41,7 % des résidents ont consommé des antidépresseurs pendant au moins trente jours. Et 21,7 % des antipsychotiques. Le double de la consommation à domicile ! 26 % d’entre eux ont reçu des produits inscrits sur la liste qui recense ceux qui sont inappropriés pour les personnes âgées. « C’est un signal important, insiste Jean Hermesse. Quand cela ne va pas, quand l’environnement n’est pas agréable, on bascule vers la consommation de médicaments. Mais ce n’est pas seulement lié à l’ambiance. Il y a aussi des liens privilégiés entre médecins, pharmaciens et maisons de repos. »

« Effectivement, on a un problème à ce niveau, acquiesce Jean-Marc Rombeaux. Plusieurs enquêtes montrent que nous sommes avec une moyenne de médication par personne de l’ordre de six ou sept. Or, une série de médecins considèrent qu’au-delà de trois, les principes actifs ne jouent plus, voire ils ont un effet négatif. On peut parler de surmédication, ne soyons pas dans le politiquement correct. Mais à la source de la prescription, on trouve quand même le médecin, non ? »

La mauvaise nutrition

Des repas inégaux. Une nourriture peu équilibrée. Le sujet, là encore, n’a guère été abordé. « Pour beaucoup de personnes, manger est un des derniers plaisirs qui restent, souligne le responsable de l’Union des villes et communes de Wallonie. Objectivement, il y a des endroits où la nourriture n’est pas terrible. Il y a une réflexion à ce sujet en Wallonie. On devrait fixer des objectifs et des obligations de moyens. »

Oui, il y a

de la maltraitance

« Depuis l’affaire Dutroux, la maltraitance est un tabou que l’on a levé, et pas seulement pour les enfants », indique Marie-Pierre Delcour, d’Infor-Homes. Depuis 2009, un service spécifique a été créé : le Sepam (Service d’écoute pour personnes âgées maltraitées). Le relevé 2011 est en cours… « On va frôler les mille situations exprimées, prolonge-t-elle. Et le service n’est pas encore très connu. Nous recevons une majorité d’appels des maisons de repos, mais on sait que les situations les plus délicates ont lieu à domicile. »

Les maltraitances sont de divers ordres. En tête ? Les maltraitances de type psychologique. Les maltraitances physiques sont en réalité les moins importantes. « Au-delà de ce qui est avéré, ce qui importe, c’est le ressenti. Ce sont principalement les aidants proches ou l’organisation institutionnelle qui en sont la source. Cela montre combien le rôle d’accompagnement d’un sujet vieillissant est éminemment difficile. Souvent, on verse dans la maltraitance quand on dépasse ses limites, que ce soit au domicile ou dans une institution. »

Infor-Homes propose un dialogue, une médiation ou, dans les cas les plus graves, de porter plainte devant le parquet. « Il est arrivé que l’on demande un retrait d’agrément. »

Implacable constat ?

Abandonne-t-on nos vieux ? Le constat est pénible. La réalité pas aussi tranchée. « Il y a eu une perte de valeur de la personne âgée, dans notre société, oui, dit Jean-Marc Rombeaux. Nous sommes dans une phase que les sociologues appellent la rétro-socialisation. L’aîné, qui était un peu le modèle, le sage, le vénéré, n’est plus la référence. Mais il ne faut pas non plus idéaliser le passé. »

« Je n’ai vraiment pas envie de valider l’idée, mais de la contrer, gronde Marie-Pierre Delcour. Toute notre expérience à Infor-Homes nous met en contact avec un public qui fait tout, sauf abandonner les personnes âgées. Cela fait partie des clichés que nous essayions de casser. »

Jean Hermesse conclut : « C’est un enjeu de société très important. Et on voit des choses inquiétantes. L’offre est clairement en décalage avec les besoins. Nous avons besoin d’une autre vision de société. »

LE BRISEUR DE TABOUS

« Réinventons le système ! »

Thierry Boutte est journaliste. A mi-temps. L’autre moitié de son temps, il la consacre à une ASBL, Gymsana, qui propose des activités physiques aux personnes âgées. L’expérience, personnelle, porte une réflexion sur un secteur en mutation.

Pourquoi vous êtes-vous lancé dans cette aventure ?

Elle rencontre mon histoire personnelle. Dans ma famille, je me suis occupé de personnes âgées que je ne voulais pas mettre dans une maison de repos. Nous avons finalement trouvé une solution grâce aux nombreuses associations qui permettent de maintenir le plus longtemps possible les personnes à domicile. Je me suis rendu compte que la famille des aidants est importante. Et que tout le monde n’a pas cette chance.

Quand on a 45-50 ans, on a envie de faire quelque chose de plus utile, de tangible. J’ai été marqué par la montée de l’argent dans les années 1980, par le désenchantement qui en a découlé, cette société de la technologie, du chiffre… Tout cela au détriment du relationnel, du social. Il faut réinventer une façon de mettre de l’humain.

On a un excellent système de soins, mais il se résume de plus en plus à des actes thérapeutiques, à des médicaments. Je me souviendrai toujours de ce vieux monsieur dans une maison de repos à Hal, qui souffrait terriblement parce qu’il ne croisait jamais le regard de l’infirmière, toujours fixé sur les données chiffrées. Cela le traumatisait. Et je le comprends…

Mais on réinvente du lien social, dites-vous…

On a touché l’extrême et on réinvente un certain vivre ensemble, oui. Dans certaines maisons de repos, il y a des formations au toucher par exemple. C’était inimaginable il y a 40-50 ans, cela semblait naturel. Autre exemple : depuis peu, on crée des « snoezelen » dans les maisons de repos et de soins. Ce sont des pièces pour les personnes désorientées, souffrant d’Alzheimer. Quand ils sont agités, on les met dans une ambiance qui les apaise. Là aussi, il y a du toucher, du sensoriel. On réinvente le quotient émotionnel. C’est salutaire. Pour les patients, pour le personnel, pour la société en général.

Le vieillissement de la population est un enjeu majeur.

Que l’on prépare mal ?

C’est un moment clé, oui, marqué par des luttes intestines entre conservateurs et réformateurs. A tous les niveaux : dans les services, dans les mutuelles ou à l’Inami qui sont des paquebots considérables. Il ne faut pas de grands éléphants blancs, mais de petits projets. La Fondation Roi Baudouin, par exemple, en soutient beaucoup.

Votre ASBL insiste sur la mise en mouvement par le sport.

Etudiant, j’ai beaucoup travaillé dans des associations sportives sur les sites universitaires. J’ai fait du social, aussi, avec l’opération Thermos. Ce sont deux choses qui se combinent. Dans mon parcours de journaliste, j’ai croisé un jour une association en France, Siel Bleu, qui a reçu un prix d’entreprenariat social. J’ai découvert là deux personnes ayant mis en place des activités physiques permettant aux personnes âgées de rentrer en contact avec les autres. Cela permet de diminuer l’entrée en dépendance, la prise de psychotropes, le risque de fractures du col du fémur… C’est bon pour eux, pour le personnel, pour la société.

Cela bouge ! Mais je rencontre beaucoup de scepticisme, aussi. Parce que nous ne sommes pas dans une case alors que le monde de la santé est très normé. Nous sommes entre le social, l’activité physique et la santé, c’est-à-dire un peu inclassables.

Dur d’obtenir des soutiens ?

On vient d’en obtenir, pour la première fois. Le système est parfois tellement pesant… Mais le tournant, c’est que l’on repense le vieillissement à l’aune de l’allongement de la vie. Ces trente dernières années, on a gagné dix ans d’espérance de vie ! Le modèle créé au moment de la naissance de la sécurité sociale n’est plus adapté. Tout doit être redéfini. Les maisons de repos sont devenues des parkings fort médicalisés. Mais de plus en plus, on va aller vers des lieux de vie, des maisons similaires aux kots des étudiants. Il faut tout repenser. Et si l’on n’en est pas convaincu, il suffit de se dire que l’on est égoïste, que l’on prépare le terrain pour ne pas finir nos vieux jours avec un lange devant la télé. Parce que cela prendra du temps pour faire changer les structures.

149,9%

En 2050, la population belge devrait compter 3.909.373 personnes de plus de 60 ans, dont 1.252.507 de plus de 80 ans. Il s’agit d’une augmentation de 62,3 % pour les plus de 60 ans et de 149,9 % pour les plus de 80 ans par rapport à 2008. Un enjeu majeur concernera l’augmentation du nombre de personnes dépendantes.

2,34

2,34 milliards d’euros, c’est le montant prévu pour les maisons de repos dans le budget 2011 de l’assurance soins de santé. Cela représente 9,7 % de l’enveloppe globale (fixée à 25,87 milliards en 2011). En dix ans, ce budget a plus que doublé en terme nominal, soit une hausse hors inflation de 3,8 % par an.

132.739

C’est le nombre de lits existant actuellement dans les maisons de repos pour personnes âgées, les maisons de repos et de soins ainsi que dans les centres pour patients comateux. La répartition est la suivante : 69.343 en Flandre (58,3%), 47.429 en Wallonie (32%), 15.245 à Bruxelles (9,7%) et 722 en Communauté germanophone (0,6%).

LES MENACES

La communautarisation

La gestion des maisons de repos sera transférée aux Régions et Communautés au début de 2014. Les moyens évolueront alors en fonction de l’évolution des personnes âgées de plus de 80 ans et de 82,5 % de la croissance réelle du PIB par habitant. Attention, danger !

« Cette communautarisation, nous n’en voulions pas, tonne Jean-Marc Rombeaux, responsable du secteur au sein de l’Union des villes et communes de Wallonie. Sur le principe, d’abord : le monde économique est global et on croit que l’on pourra faire du social sur des petits territoires ? Non ! En termes financiers, ensuite, nous aurons des marges de manœuvre bien plus étroites à Bruxelles et en Wallonie. Je m’inquiète beaucoup

de notre capacité à gérer cela correctement. »

« De 2000 à 2009, la croissance moyenne des dépenses en soins résidentiels Inami a été de l’ordre de 7,6 % par an, 9 % inflation comprise, appuie Jean Hermesse, secrétaire général des Mutualités chrétiennes. On a pu financer cela au fédéral grâce à une norme de croissance de la sécurité sociale de 4,5 % par an. Et pendant cette période, le vieillissement était dérisoire. Sur la même période, si l’on avait pris les critères décidés aujourd’hui,

cela aurait représenté 4 % de croissance. »

La privatisation

L’offre résidentielle publique risque de ne pas suivre les besoins. Résultat ? « Les gens vont rester plus longtemps à l’hôpital, plus longtemps à domicile, contraints et forcés, souligne Jean Hermesse. Mais surtout, c’est la voie royale à une privatisation accrue. » En réalité, celle-ci est déjà en cours : entre 2001 et 2011, sur les 12.100 lits créés, 10.900 étaient liés au secteur privé et commercial !

« La majorité des maisons sont déjà gérées par le privé commercial, enchaîne Marie-Pierre Delcour, directrice d’Infor-Homes Bruxelles. Mais nous voyons désormais arriver de grosses sociétés avec des appétits d’ogre. Certaines sont cotées en Bourse. Cela peut être positif parce que cela donne une ossature financière plus importante. Mais il y a un risque d’uniformisation. Et que se passera-t-il quand cela ne sera plus rentable ? »

LES PISTES

Le mot d’ordre. « Il ne faut pas soigner les personnes âgées, il faut les rendre heureuses ! » Il a été

Le mot d’ordre. « Il ne faut pas soigner les personnes âgées, il faut les rendre heureuses ! » Il a été lancé de façon un peu provocatrice par le manager de l’année des soins de santé aux Pays-Bas, lors d’un colloque de l’Itinera Institute. Images à la clé d’une maison de repos où l’on organise des… courses de voiturettes et où les pensionnaires peuvent fumer dans la salle de cinéma.

Des maisons de repos « new-look ». De nombreuses initiatives existent déjà en Belgique. Depuis la cohabitation de personnes âgées avec d’autres profils (étudiants malades…) à l’intégration d’un marché au sein de la maison en passant par des cours de philosophie.

Les autres alternatives. Le développement des soins à domicile est une nécessité pour l’avenir. D’autres formules à imaginer : des résidences-services ou des formules temporaires pour l’accueil de crise.