LES TRAVERSES AU CENTRE DE L'INSTRUCTION JUDICIAIRE SNCB : LA DIRECTION SUR LA SELLETTE

TELLIER,DIDIER

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Jeudi 23 décembre 1993

Les traverses toujours au centre de l'instruction judiciaire

SNCB: la direction sur la sellette

Connaîtra-t-on bientôt le fin mot de l'affaire dite des «traverses» qui, depuis plusieurs mois, trouble singulièrement l'image de la SNCB? Hier, en tout cas, le juge Bulté, chargé d'instruire l'affaire, aura enfin reçu les éclaircissements attendus dans des dossiers où se mêlent inextricablement une guerre des fournisseurs de la SNCB pour le marché des traverses en béton destinées au futur TGV dans notre pays, d'inquiétantes rumeurs concernant la sécurité du réseau et de multiples plaintes à l'encontre du conseil d'administration de la SNCB.

Une dizaine de hauts responsables de la société (dont le directeur de l'infrastructure et celui du service des achats) ont en effet été convoqués simultanément, mercredi après-midi, pour être entendus par les collaborateurs du juge d'instruction. Les milieux judiciaires brûlent manifestement de confronter leurs réponses.

En tout cas, le juge Bulté ne cache pas sa détermination à transmettre rapidement au parquet un dossier dont les implications (notamment financières) sont à l'évidence considérables: plus de 58O millions pour l'ensemble du marché des traverses en 1995. Il aurait, en outre, fort peu goûté que certaines des pièces qu'on lui ait transmises précédemment aient été falsifiées...

Etienne Schouppe, le président du conseil d'administration, sera entendu aujourd'hui. Déjà, face à l'accusation d'avoir contourné les règles d'attribution des marchés publics (plainte déposée par la société Betonkonstruktie), Etienne Schouppe se trouve en mauvaise posture, notamment depuis qu'est connu un avis rendu par un auditeur du Conseil d'État, et qui donne raison à la société requérante.

Mais d'autres plaintes sont tout aussi embarrassantes: celle de l'ancien courtier Bétonac pour sabotage, qui est à l'origine de l'instruction en cours, et surtout celle déposée par un rival CVP du président du CA pour avoir persisté à faire circuler des trains sur des voies dont on connaissait la défectuosité des traverses...

Par ailleurs, la CGSP soulevait, hier, un nouveau lièvre. Où il apparaît que le CA qui se réunit aujourd'hui s'apprête à commander à la société privée des «Wagons-lits», pour quelque 75 millions, les travaux d'aménagement de quatre voitures en restaurant. Il s'agit de travaux parfaitement réalisables dans les ateliers de la SNCB, tonne José Damilot. D'autant que ceux-ci disposent de personnel excédentaire. En des temps difficiles pour la société, qui accuse, pour rappel, un déficit d'exploitation de l'ordre de 5 milliards pour 1993, l'économie d'une soixantaine de millions aurait pu être la bienvenue. Encore faudrait-il, explique la CGSP, que l'on ne place pas les ateliers de la société dans l'impossibilité matérielle de donner satisfaction en raccourcissant à l'extrême les délais...

DIDIER TELLIER