LES VERTS PLAIDENT: TOUT DE SUITE, A TOUT LE MONDE, SANS CONDITION

LEMAL,ISABELLE

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Jeudi 26 juin 1997

Les Verts plaident : tout de suite, à tout le monde, sans condition

Les Verts sont déçus. Déçus du compromis intervenu en commission pour la révision de l'article 8 de la Constitution, permettant d'élargir le droit de vote des étrangers européens (à la majorité simple) et non-européens (à la majorité des deux tiers). Pour eux, le droit de vote devrait être accordé tout de suite et sans condition aussi bien aux Européens qu'aux non-Européens. Voilà pourquoi ils ont voté contre le texte.

Ecolo et Agalev ont également décidé de partir en guerre contre ceux qui s'opposent encore au droit de vote des étrangers.

Première arme dans cette bataille : convier les journalistes à une conférence de presse, avec pour cerise sur le gâteau, l'écologiste européen par excellence, Daniel Cohn-Bendit. Succès assuré.

L'ancien leader de Mai 1968 dénonce le danger de voir se créer un nouveau tiers état et des castes différentes de citoyens. Il faut éviter qu'il y ait des degrés différents de citoyenneté, ajoute-t-il, arguant que tous les habitants d'un pays qui payent des impôts doivent avoir le droit de vote au niveau local.

Il a surtout insisté sur le fait que le droit de vote ne représente aucun danger pour la démocratie.

LE RECUL FLAMAND

Le vote des immigrés ne changent rien, explique-t-il, prenant en exemple sa ville de Francfort où les Européens ont déjà voté, ce qui n'a pas modifié la situation politique. Amsterdam, les villes du Danemark, de Suède, tiennent toujours. Ce n'est pas le chaos ni la barbarie.

Quant à ceux qui accusent les Verts de mener ce combat par opportunisme, Cohn-Bendit rétorque : Si tous les Turcs votaient verts, on immigrerait en Turquie où il n'y a que des Turcs.

Ecolo et Agalev ont aussi l'intention de relancer le débat parlementaire. Sans trop d'espoir. Martine Schütringer et Franz Lozie, députés fédéraux, ont expliqué les difficultés rencontrées en commission pour tenter de faire accepter la majorité simple pour le vote des non-Européens.

Et le retour éventuel du débat en commission ? Avec mon optimisme habituel, je pensais que cela nous permettrait peut-être de faire sauter le verrou des deux tiers. Mais il semble plutôt qu'on assiste à un recul des partis néerlandophones, regrette Martine Schüttringer. Le mouvement flamand a en effet repris le combat pour souligner les dangers que pourrait représenter le vote des Européens pour le représentation flamande à Bruxelles et dans la périphérie bruxelloise.

30 % DE BRUXELLOIS NON BELGES

Pour tenter de relancer le débat au fédéral, les députés bruxellois André Drouart et Mostafa Ouezekhti ont déposé au parlement bruxellois une proposition de résolution dont le but est d'inviter le gouvernement fédéral à élargir les conditions d'accès au droit de vote et d'éligibilité à tous les étrangers.

Les Bruxellois sont d'autant plus concernés que la capitale compte 30 % d'étrangers. 15 % viennent d'un pays membre de l'Union européenne. Les 15 % restants sont des ressortissants de pays non membres de la CEE.

Ces actions politiques ne seront sans doute pas suffisantes. Frans Lozie s'est dit pessimiste.

Cependant, Ecolo et Agalev ne désarment pas et, avec le soutien de la FGTB bruxelloise, ont organisé hier soir une veillée d'arme. Aujourd'hui en effet, le parlement devrait adopter le nouvel article 8. Un forum politique et un forum associatif auront permis à des politiques de la majorité comme de l'opposition, à des associations contre le racisme, des comités blancs, etc., tous partisans du droit de vote pour tous les étrangers, de s'exprimer.

I. L.