LES WALLONS ONT MOINS SOUFFERT DE L'"ANNUS HORRIBILIS" LE POUVOIR D'ACHAT A BAISSE EN 1993

EVENS,THIERRY; HANNAERT,PIERRE

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Jeudi 24 août 1995

Les Wallons ont moins souffert de l'«annus horribilis»

Le pouvoir d'achat a baissé en 1993

Crise économique, rafale d'impôts : les Belges ont perdu près de 1,5 % de pouvoir d'achat en 1993. Les riches ont le plus souffert.

L'Institut national des statistiques vient de publier son analyse des déclarations d'impôts de 1994, concernant les revenus de 1993. Les chiffres confirment, de façon spectaculaire, la rigueur de l'austérité imposée par le gouvernement Dehaene. En 1992, dernière année où le budget était l'oeuvre de Martens-Moureaux, le revenu disponible des ménages avait augmenté de plus de 5 %. En 1993, il s'est contracté de près de 1,5 %.

C'est le résultat de trois facteurs. D'abord, les revenus nets imposables (3.528,7 milliards) n'ont augmenté que de 3,2 %. C'est la faute à la récession. Ensuite, les impôts prélevés (891,1 milliards ou 25,25 % des revenus) ont augmenté, eux, de 7,7 %. C'est la «rage taxatoire». Enfin, l'inflation a, en 1993, dépassé de peu les 3 %. C'est l'effet, notamment, de certaines hausses d'impôts indirects. Si l'on combine ces trois éléments, on peut conclure que le revenu disponible des ménages (2.637,6 milliards) a augmenté de 1,76 %, soit nettement moins que l'inflation.

Précisons cependant que ne sont pris en compte que les revenus déclarés. Le «noir» échappe bien entendu, de même que les revenus mobiliers soumis à un précompte libératoire. Autrement dit, les montants analysés sont les revenus professionnels au sens large (99,2 %, y compris les revenus de remplacement), le solde étant constitué surtout des revenus fonciers.

Sur les 4.097.444 déclarations rentrées, l'INS élimine les 12.538 qui renseignent un revenu nul. Sur le reste, on constate que 10 % des Belges déclarent moins de 294.070 F, et 30 % moins de 504.789 F. Ces chiffres sont en augmentation de 21,6 % et 10,1 % en un an; ce qui démontre que les mesures d'austérité ont largement épargné les moins bien lotis.

UNE AUSTÉRITÉ «SOCIALE»

À l'autre extrémité, 10 % des déclarations portent sur plus de 1.570.333 F; et les 40.849 plus riches (1 %) ont été taxés sur 5.290.000 F de moyenne. Ce chiffre est en léger recul. Les plus riches ont davantage souffert de la récession, avant même de porter le poids des hausses d'impôts.

Puisque les plus riches ont (relativement) moins bien vécu 1993 que les plus pauvres, l'évolution est aussi (relativement) favorable à la Wallonie. Le revenu moyen par déclaration y a grimpé de 3,5 %, pour 2,8 % en Flandre et 2,1 % à Bruxelles. Il reste cependant nettement inférieur : 826.500 F contre 881.100 F en Flandre et 852.900 F à Bruxelles. La part relative wallonne dans les impôts payés est donc en hausse. C'est important car ce chiffre sera la clé de la répartition des moyens budgétaires entre Régions à partir de 1999. Les 32,7 % de Wallons ont versé 29,07 % des impôts (+ 0,17 %); les 57,8 % de Flamands ont payé 61,05 % (- 0,5 %). L'évolution bruxelloise est inquiétante : 9,87 % des impôts (- 0,13 %) avec 9,5 % de la population.

Par rapport aux deux autres Régions, les chiffres de Bruxelles présentent une importante particularité. Ainsi, alors que le revenu moyen est supérieur de 26.000 F au revenu moyen wallon, le revenu médian (50 % au-dessus, 50 % au-dessous) est inférieur de 15.000 F. C'est le reflet d'une plus grande inégalité. Les Bruxellois les plus pauvres déclarent en moyenne moins que les Wallons les plus pauvres. Les plus riches sont plus riches. Aux extrêmes, la différence est claire. Le premier décile (10 % les plus pauvres) déclare 154.000 F de moyenne à Bruxelles et 167.000 F en Wallonie (8,4 % de différence). À l'inverse, le pour cent le plus riche déclare 6,5 millions à Bruxelles, 4,8 millions en Wallonie.

Th. E.