Les « Wallons » s’agitent à la FGTB

COPPI,DAVID

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Mardi 29 juin 2010

Politique Des métallos FGTB poussent à la régionalisation, Baudson recadre…

C’est l’un des effets de la poussée de la N-VA aux élections du 13 juin en Flandre : raviver l’esprit régionaliste wallon. Ce n’est pas vraiment le cas au sein des partis francophones, sinon quelques voix éparses au PS, comme celle du député régional Christophe Collignon. Rien de fracassant. En revanche, ça bouillonne dans le mouvement syndical, à la FGTB en l’occurrence, historiquement protagoniste du « combat fédéraliste », jadis avec André Renard (lire ci-contre), et aujourd’hui à nouveau en questionnement intérieur.

Le phénomène reste circonscrit, et seuls les métallos liégeois du syndicat socialiste se sont fait entendre jusqu’à présent, mais le vent pourrait tourner si d’aventure le fédéral devait s’enfoncer dans une nouvelle crise politique Nord-Sud, ou les négociations s’éterniser.

Qu’en est-il à ce stade ? Francis Gomez et la FGTB-Métal Liège-Luxembourg ont appelé à un « régionalisme accru » (lire ci-contre), désigné à cet égard l’impôt des sociétés et la concertation sociale, et lancé une vaste « campagne de sensibilisation » auprès des 30.000 affiliés. L’idée : « Les Flamands veulent plus d’autonomie ? Eh bien oui, allons-y ! » .

Charleroi freine Liège

Une option que ne partagent cependant pas les métallos de Hainaut-Namur qui l’ont fait savoir lundi soir dans un communiqué où ils appellent au maintien des mécanismes fédéraux pour la sécurité sociale, l’impôt, la dette, le code du travail et les commissions paritaires. Les mêmes invitent les politiques à ne pas « se laisser intoxiquer par tous ces courants sous-régionalistes ». Bref, entre Liège et Charleroi, de belles différences.

Reste que la sortie des métallos liégeois est un petit pavé dans la mare, qui fait un peu désordre côté francophone alors que l’état-major syndical est attendu chez Bart De Wever mercredi, et que les présidents de partis défileront à leur tour chez l’« informateur » jeudi et vendredi. Président de la FGTB wallonne, Thierry Baudson recadre pour nous : « Le Liégeois Francis Gomez parle concrètement de régionaliser l’impôt des sociétés et la concertation sociale et moi, je dis que ces deux choses n’ont pas été débattues en bureau au sein de notre organisation syndicale et qu’en plus, ces problèmes ne vont pas se poser prioritairement. Plus urgent : quid du marché du travail ? Quid aussi de la loi de financement des Régions et Communautés ? Ces deux dossiers viendront très vite sur la table. Planchons là-dessus avant tout. De même que sur une série d’autres choses, comme l’endettement de la Région wallonne et notre capacité à y faire face. »

En d’autres termes : ce n’est pas l’heure, ni l’essentiel, mais Francis Gomez n’a pas tout faux. Thierry Baudson s’ouvre même : « Je trouve que nous, Wallons et francophones, nous devrions être, ensemble, plus proactifs dans certains cas face aux revendications flamandes et dans la situation politique que nous vivons. Nous devrions élaborer nos propres demandes de régionalisation. Peut-être ce travail a-t-il lieu en coulisses ? Je ne sais pas. En tout cas, je crois qu’il faudrait oser nous avancer parfois. »

Jadis, André Renard

Figure

du mouvement syndical wallon, leader de la FGTB après la guerre, André Renard avait été l’un des grands « meneurs » des grèves de soixante, contre la « loi unique » d’économies budgétaires et sociales. Après la suspension de la grève, il quittera la FGTB pour créer le « Mouvement populaire wallon ». Son engagement inspirera celui des régionalistes wallons dans les années septante et quatre-vingt.

Gomez, l’agitateur

Gomez, l’agitateur

Président de la FGTB Métal Liège-Luxembourg (30.000 affiliés), Francis Gomez pousse à la régionalisation de compétences tous azimuts, notamment l’impôt des sociétés ou la concertation sociale.