La place « pirate » de la SNCB Holding

BODEUX,PHILIPPE

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Mercredi 8 septembre 2010

Liège Devant la gare, pelouse et tarmac illégaux

C’était il y a un peu plus d’un an. En pleine course contre la montre pour l’inauguration de la gare, la SNCB Holding aménageait à la hâte l’espace situé devant « sa » gare. Sous la casquette, des pavés en grès « made in Wallonia » et, devant, des bandes de tarmac entrecoupées de pelouse et des panneaux publicitaires.

Si la pose des pavés a fait l’objet d’une autorisation définitive en bonne et due forme – grâce à la modification du permis pour la place –, la pose du tarmac, des panneaux et de la pelouse a été permise à titre « provisoire » par le fonctionnaire-délégué de la Région wallonne.

Or, la SNCB Holding entend maintenir ces aménagements transitoires quitte à ne pas respecter le permis accordé à la Ville pour la place devant la gare et à maintenir à l’écart la zone d’arrêt de bus et, plus tard, de tram.

« Les aménagements prennent un caractère définitif, sans aucun permis d’urbanisme. Cette situation est irrégulière sur le plan de l’urbanisme », constate le fonctionnaire-délégué dans une lettre envoyée à la SNCB Holding en date du 24 août, comme l’a révélé un confrère de la RTBF ce mardi.

« Si les aménagements pouvaient être admis au vu de l’urgence et dans la perspective de la réalisation définitive de l’esplanade pour laquelle un permis a été délivré en avril 2009, on ne peut considérer qu’ils sont à la hauteur de l’œuvre architecturale de Calatrava », signale encore le fonctionnaire-délégué.

Bref, alors que la Ville entend réaliser la place – pour laquelle elle dispose d’un permis – et que la SNCB Holding refuse de céder son terrain, une réalité s’impose : les aménagements actuels sont illégaux. D’où la question du fonctionnaire-délégué, garant du respect de la loi qui se fait menaçant : « Avant de faire un constat, je vous demande comment vous envisagez de remédier à cet état de fait et de droit ? » Réponse de Vincent Bourlard, directeur du patrimoine à la SNCB : « Tout cela fait partie des discussions que nous allons avoir le plus rapidement possible avec la Ville ».

La marge de manœuvre semble étroite pour la SNCB Holding : si elle veut légaliser sa place « pirate », elle doit introduire une demande de permis qui respecte les procédures officielles déjà entamées à savoir le Plan communal d’aménagement et le Périmètre de remembrement urbain. Or, jusqu’à présent, seul le permis accordé à la Ville en 2009 respecte la loi. La SNCB Holding peut toujours s’asseoir sur son terrain et introduire un permis. Un choix lourd de conséquences pour le projet de la Ville qui bénéfice de fonds européens.